UN NOUVEAU SIÈCLE
Nous ne nous sommes pas battus pour voir l'Etat français soumis à des puissances financières. Nous nous sommes battus pour cesser d'être les hommes vaincus en 1870 et pour nous libérer d'une ploutocratie qui était déjà trop puissante en 1914. En prenant les armes, au 2 août 1914, nous avons eu le sentiment de la naïssance d'un nouveau siècle, où les Français, quels qu'ils fussent, retrouveraient leurs chefs naturels, ceux de leur sang. En quatre ans de guerre, après Ja victoire des armes, ce sentiment nous a conquis tout entiers. Lorsque nous voyons la France, que nous avons relevée, humilice, abaissée parce que des financiers la conduisent,
parce que les générations de la défaite obéissent aux financiers, parce que, dans presque tous les lieux où pourrait s'organiser la résistance, de vieux hommes de la défaite sont sans force devant les politiciens, nous appelons nos camarades au rassemblement, nous, combattants.
Depuis le 11 mai, les combattants, qui s'étaient dispersés, ou qui avaient oublié leur loi de guerre, se recherchent et se rassemblent. Chacun dit à l'autre : ce n'est pas cela que nous avons voulu : ce n'est pas pour cela que nous nous sommes battus. Il y a eu ainsi des milliers et des milliers de conversations en France, entre combattants de tous partis, qui se sont de nouveau regardés comme des frères, quel que soit leur sentiment sur la Constitution.
Dans le désordre des esprits, l'esprit du combattant s'est affirmé de nouveau. Le combattant était un homme qui avait acquis, pendant la guerre, le dégoût de la basse politique. On l'avait réincorporé dans les partis après la guerre. Il s'en évade aujourd'hui. Il veut se replacer dans les conditions où 1l a combattu pour saisir la victoire. Il se fait une politique, celle qui était la sienne pendant la guerre : un chef, et la fraternité entre tous les soldats de tous partis. C'est ainsi qu'il a triomphé deux fois sur la Marne et à Verdun.
Voilà sa loi. C'est pour la formuler, pour la proclamer, qu'une jeune équipe de combattants et de civils qui ont l'esprit de la victoire ont fondé le Nouveau Siecle. Fondation par quoi s'exprime l'esprit du combattant tel qu'il se cherche et se trouve depuis quelques mois. À l'entrée de cette maison nouvelle, où j'ai l'honneur de travailler avec d'ardents camarades, on ne demande pas au camarade qui se présente sil est partisan de la constitution actuelle ou d'une constitution révisée. On lui demande s'il veut rentrer dans la famille des Français qui mettent la victoire au-dessus de tout, et qui en veulent les conditions.
Rien n'est plus significatif que ce rassemblement, en dehors des partis, d'hommes chez qui est demeuré vivant l'esprit de la guerre. C'est une condition, non suffisante, mais nécessaire, du salut national, car c'est dans ce rassemblement que se cultiveront les sentiments, les vertus qui sont le grand capital moral d'une nation. Les financiers, et, avec eux, les générations de la défaite, avaient rendu la France à la loi de l'argent. Cela devient éclatant après le 11 mai. C'est alors qu’un rassemblement se forme, et que d'innombrables voix proclament, au nom de la victoire, que l'argent n'est point le vrai capital d’une nation. Le vrai capital, c'est ce trésor de vertus qui ont fait que des millions d'hommes ont donné leur sang pour cinq sous par Jour. Que ce capital soit honoré, remis à sa place, la première, dans la nation, que l'opération se fasse sous le commandement d'un chef national, et le reste nous sera donné par surcroît.