LES PRÉTENDUS BESOINS DU COMMERCE ET DE L INDUSTRIE
M. Clémentel avait pourtant fait tout le possible pour faire recevoir comme un fait la fable imaginée par le gouvernement.
S'il fallait quatre milliards de billets nouveaux, c était pour les besoins du commerce et de l'industrie : les prix s'étant élevés, le commerce et l'industrie mettent en circulation des traites plus fortes qui, par l'escompte, font sortir une plus grande quantité de billets, et c'est ainsi que, peu à peu, l'on à atteint la limite d'émission de 41 milliards. Les billets nouveaux ne sortiront que par la voie de l'escompte ; ce ne sera donc pas de l'inflation, c'est-à-dire la remise de billets à l'Etat sans contre-partie en marchandises ; ce sera une aug-
mentation de la circulation garantie par des marchandises, c'est-à-dire une valeur-or.
Cette démonstration du gouvernement, qui fut publiée dans le communiqué officiel, et reproduite par M. Clémentel, vous à un petit air sérieux tout à fait rassurant. Chose remarquable, elle inquiéta tout le monde. Chacun soupçonna un piège dans ce communiqué savant. Et l'on avait raison.
Sil est parfaitement exact qu'une augmentation de la circulation pour les besoins du commerce ne constituerait pas de l'inflation,
Il est absolument faux que les besoins du commerce et de l'industrie exigent actuellement une augmentation de la circulation.
En 1922, avec le dollar à 14 francs, moyenne hebdomadaire, le portefeuille de la Banque de France était de 2 milliards.
En octobre 1923, avec le dollar à 17 et 18 francs, le portefeuille se tenait aux environs de 3 milliards.
Au dernier bilan, le dollar étant à 19, le portefeuille atteint 6 milliards.
Personne ne pourra dire que, d'octobre 1923 à mars 1925, les prix aient doublé.
On peut admettre une augmentation de 500 millions à l milliard nécessitée par l'augmentation des prix. Il est impossible d'admettre une augmentation de 3 milliards. Il y a donc une sortie de 2 milliards, par le portefeuille, qui n'est pas justifiée par les besoins du commerce et de l'industrie.
Il y a, d'autre part, au bilan de la Banque, une sortie de 3 milliards, par le compte Divers, qui n'est en aucune manière provoquée par les besoins du commerce et de l'industrie.
En d'autres termes, il y a 4 à 5 milliards de billets qui seraient à la disposition du commerce et de l'industrie si des opérations peu connues du grand public ne leur donnaient
chaque semaine une affectation qui n'est ni commerciale ni industrielle.
Ces opérations sont d'une extrême simplicité : l'Etat emprunte de l'argent aux banques qu'il amène à escompter une partie de leur propre portefeuille, au delà de leurs besoins : il leur donne des Bons en échange, et les banques vont escompter ces bons à la Banque de France, ce qui revient à dire que l'Etat fait sortir des billets de la Banque de France sans autre contre-partie que sa signature. Mais l'opération, aulieu d'être directe, par le moyen des avances de la Banque à l'Etat, est indirecte, masquée par les banques, et va s'inscrire au portefeuille.
Et, en d'autres termes, les billets qui devraient être à la disposition du commerce et de l'industrie, sont pris par l'Etat, pér une voie détournée, et, comme les besoins de l'Etat ne dininuent pas, mais augmentent, la quantité de billets nécessares à l’escompte des effets de commerce diminue chaque mas.
C'est un moyen d'inflation déguisée qui a été employé par le ministère Poincaré à la fin de son existence, avant le edressement politique et financier de mars 1924, et que le Cartel a repris systématiquement depuis longtemps. Naturllement, l'étranger a vu les ficelles immédiatement, et c'est @ qui nous explique la baisse continue du franc.
Le gouvernement a agi comme un homme qui signe des bllets à échéance fixe et qui, à chaque échéance, renouvelle
ss effets. Au premier renouvellement, le prêteur fait une p'tite moue. Au deuxième, la grimace. Au troisième, au quatrième, la solvabilité du débiteur est sérieusement mise e1 doute, et la confiance disparaît complètement. La crise de confiance qui atteint l'Etat français s'explique ainsi.