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LA JOURNÉE DES AVEUX

E fut une bien curieuse journée que celle du 2 avril 1925. Au Sénat, qui l'écoute avec stupeur, M. Clémentel avoue que les caisses de l'Etat sont vides : à la Chambre, l'opposition quitte la salle des séances ; un président du Conseil désavoue son ministre des Finances et aggrave les déclarations dont il veut diminuer l'importance ; à la Chambre et au Sénat, comme au sein du gouvernement, c'est le désarroi, cependant que, dans le pays, une magnifique Jeunesse, laissant pour quelques jours les salles de cours, défile sur les places publiques pour affirmer sa volonté de vivre et de travailler hors du joug des politiciens. L'impuissance sénile dans les institutions ; une ardente jeunesse dans le pays ; l'assemblée délibérante d’un côté ; une troupe hiérarchisée de l’autre. Quelle signification dans ce contraste ! Ce fut M. Clémentel qui eut le malheur d'avoir à faire les pénibles aveux. Il paraît que le jeu avait été réglé d'une manière un peu difiérente : cette terrible nouvelle de l'inflation, on ne devait la dire qu'après dimanche, après la journée où

M. Müllerand sera ou ne sera pas élu. Mais les ministres avaient passé une partie de la nuit. À l'angoisse de la situation qui les troublait, s'ajoutait la fatigue d'une veille prolongée ; ils se rappelaient mal la répartition des rôles. Bref, M. Clémentel, croyant bien faire, entra dans la voie des aveux. Il eut beau dire que l'inflation que le gouvernement demandait ne serait pas de l'inflation, parce qu'elle serait faite pour les besoins du commerce et de l'industrie, les sénateurs, sans comprendre du premier coup la combinaison cachée sous ces explications, n'entendirent qu'une chose : augmentation de 4 milliards de billets.

Ce fut de la stupeur. C'est donc la fin de tout, disaient les sénateurs. Inflation, inflation, c'est le mot que l'on ne peut plus prononcer sans provoquer une véritable terreur. M. Clémentel se troubla : à la reprise, il avouait que la trésorerie était intéressée dans l'affaire.

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