‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 263 sur 309 · LE ( GÉNIE » FINANCIER DE JOSEPH CAILLAUX MIS EN DOUTE · texte numérisé non relu

LE ( GÉNIE » FINANCIER DE JOSEPH CAILLAUX MIS EN DOUTE

ÉCIDÉMENT, la maison de la rue de Rivoli, le ministère D des Finances, est une maison mystérieuse.

Il y a eu un premier mystère avec M. de Lasteyrie : mais on croyait quil se passait quelque chose dans la maison, alors qu'il ne s'y passait rien. Lorsque la porte fut ouverte, on découvrit un pauvre homme, affolé par les mouvements du franc, et qui se préparait à signer les décrets que préparait pour lui M. Horace Finaly.

Il y à eu un second mystère avec M. Clémentel : on croyait encore que ce ministre toujours satisfait préparait quelque chose d'étonnant. La porte ouverte, on découvrit quil n'avait rien fait, quil ne préparait rien, sinon une émission de fausse monnaie, déjà commencée, et que, comme sous le règne précédent, M. Horace Finaly anesthésiait tous les services du ministère.

Et il y a un nouveau mystère avec Joseph Caillaux. Mais, cette fois, les Français soupçonnent qu'il ne se passe rien

dans la maison. Et la réputation de grand financier que l’on a faite À Joseph Caillaux est en voie d'évanouissement. On afhrme que beaucoup de bourgeois libéraux et radicaux continuent de croire au génie financier de l'homme de Mamers. Maïs je puis vous dire que, dans les classes sociales extérieures äla bourgeoisie, parmi les travailleurs qui ne peuvent s'intéresser aux coups de Bourse, on fait beaucoup moins d'embarras: si, à la nouvelle de l'arrivée de Caillaux au pouvoir, on a eu un geste de lassitude qui signifiait : « Même celui-là, sil nous tire d'affaire », aujourd'hui on formule, après la déclaration ministérielle, un Jugement sévèrement motivé qui met fin à la légende qui a facilité le retour du condamné de la Haute-Cour.

Et voici ce jugement, tel qu'il m'a été résumé par un courtier de librairie, que Je connais depuis vingt ans, et avec qui j'a le plaisir d'échanger parfois quelques réflexions sur la Ye publique, au guichet de la Nouvelle Librairie Nationale. L'arrivée de Caillaux ne l'avait pas profondément ému et il attendait l'homme à ses déclarations :

— Mais, me dit-il, il n'y a rien dans son discours. Je sais bien que ce n'est pas en trois jours qu on peut faire un programme financier. Mais enfin, puisque Caillaux est spécialiste, puisqu'il se préparait depuis longtemps à revenir aux Finances, il devait avoir son plan tout prêt. Il a eu le temps d'y penser, de faire toutes les études nécessaires! Et lorsqu'il est sur le chantier, il dit qu'il lui faut trois mois pour trouver quelque chose ! Ce n'est pas sérieux. La vérité, c'est qu'il ne sait pas quoi faire. Alors, c'était bien la peine de le faire revenir. Mais, voyez-vous, c'est toujours la même chose, on nous demande de faire des économies, et le gouvernement dépense l'argent comme s'il en avait de trop. La preuve : j'exécute aujourd'hui une commande du gouvernement pour l'Océanie : vous pensez si, là-bas, on attend Michelet et

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Renan, cartonnés toile ! Mais on épuise les crédits. Et dix mille francs ici, et dix mille francs là, et c’est ainsi que l'on gaspille. Ce n'est pas Caillaux qui arrêtera cela.

J'ai reproduit presque mot pour mot le discours qui ma été tenu la semaine dernière par un Français moyen, qui n'a aucune prétention en science financière, qui est plutôt de gauche, et qui a dit sur Caillaux la chose essentielle :

— Caillaux a eu tout le temps d'étudier la situation et de préparer son plan. S'il ne dit rien, c'est qu'il n'a rien. Alors sa réputation de grand financier ne tient pas.

Je ne me serais pas exprimé autrement que mon vieux camarade du Livre. Je vous reproduis son discours, qui exprime la pensée de milliers et de milliers de Français, et Je n y ajoute rien, que ceci : Nous avions dit, il y a quelques mois, que la réputation de Caillaux financier était injustifiée : cette vérité devient populaire.

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