LES MAUVAISES RAISONS
Comment évitera-t-on la catastrophe monétaire aujourd'hui ? Il faudrait, avant juillet, ou au moins à l'automne, un prodigieux redressement que rien ne fait prévoir actuellement.
Caillaux s'enfonce dans son projet de rembourser les bons avec des billets de banque. Il fait défendre cette mesure par ses amis qui lui ont donné le nom de ( plafond unique ?. On sait que la thèse du plafond unique est l'assimilation des billets de banque et des bons de toutes sortes. L'Action française a dit là-dessus tout ce qu'il y a à dire.
Personne ne prend au sérieux la thèse lancée par le ministre des Finances. Tout le monde sait parfaitement que c'est une thèse de circonstance, faite pour obtenir le vote de la loi sans que le mot d'inflation soit prononcé. Mais les amis de Caillaux continuent de soutenir cette thèse sans rire.
Philouze (Hyacinthe), qui l’a présentée aux lecteurs de l'Êre nouvelle, a récidivé le 25 mai. Il m'a d’abord reproché d'avoir écrit que Caillaux ( sait que l’on peut impunément ruiner les rentiers »). Selon Philouze, « il est impossible de faire preuve d'une plus grande mauvaise foi ». Je ne savais pas Philouze et l'Êre nouvelle juges en matière de bonne ou de mauvaise foi. Cette réflexion nous épargnera désormais de tenir Philouze pour un technicien.
L'Ère nouvelle, donc, publie les mauvaises raisons de Joseph Caillaux. Elle tente une nouvelle justification de la théorie du plafond unique. Et puis, dit-elle, 1l ne s'agit pas d'inflation : il s’agit de crédits temporaires comme ceux que l'on accorde aux industriels.
À qui faut-il apprendre que l’on n'accorde de crédits aux industriels que lorsque l’on a la certitude du remboursement, et contre garanties sérieuses ? Où sont les garanties de l'Etat 2 Quelles certitudes de remboursement rapide peut-il donner ? Il n'a rien de ce qui justifie l'ouverture de crédits. Pour rembourser par ses moyens d'État, il faudrait qu'il eût la possibilité d'épargner dix milliards sur ses recettes de cette année. L'autre moyen, c'est l'emprunt ; ce qui revient à dire que, pour le problème des bons de cette année, il n'a d'autre solution que la consolidation.
L'Êre nouvelle déclare stupide l'annonce d’une inflation de cinquante milliards (c'est par nous que cette annonce a été faite), car, dit-elle, les besoins de juillet seront de deux millhards, ceux de septembre de quatre milliards, ceux de décembre d'autant, soit pour l'année 8 à 10 milliards.
Ce serait vrai si l'État disposait de ces 8 à 10 milliards. Mais le fait qu'il devra les prendre à la Banque change l'aspect de l'opération. C’est le déclenchement de l'inflation, dont le développement ne peut plus être prévu. Ce n'est pas 10 milliards qu'il faudra, c'est 10, 20, 30, 50, et nous partons pour les ( au delà ».
Sachez d’ailleurs que ces discussions, où l'on apporte ces mauvaises raisons, ne sont faites que pour le public. Si l'opération prévue par Caillaux était saine, il n'aurait pas besoin de la justifier ainsi ; il la ferait pour en avoir le prestige entier après l'avoir faite. Mais Caillaux et ses arms savent parfaitement, je le dis avec une absolue certitude, que leur projet ouvrirait une période d'inflation à l'allemande.
À leurs mauvaises raisons, il faut répondre par le cri que nous Jlancions à Lastevrie, puis à Clémentel : Alerte ! voila les faux monnayeurs !