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CONCLUSION

Il n’y a pas de solution immédiate au problème de la vie chère. Que l'on pourchasse les accapareurs et les spéculateurs, cela apportera un léger adoucissement à notre condition. Mais c’est tout à fait insuffisant. Les mesures à prendre doivent avoir un objectif beaucoup plus important. Nous avons à prendre quatre sortes de mesures :

Privées, qui tendront à la restriction de notre consommation ;

Économiques, qui tendront à l'augmentation de notre production ;

Financières, qui tendront à la réduction des charges de l'État ;

Politiques, qui tendront à faire passer le plus tôt possible à la charge de l'Allemagne une partie des charges que nous payons aujourd hui.

Si, dans les deux années qui vont suivre, les charges de l'État pouvaient être réduites de moitié, la production doublée, nos ventes à l'étranger accrues tant par notre production que par nos restrictions, le problème de la vie chère serait résolu et nous pourrions résumer la situation ainsi :

Charges de RÉTRERRSUTe MÉCES A r 10 Mons ras delalproduction 70 Totale nr SEE 80

Ces 80 milliards représentant non plus les 40 milliards d'objets, de fractions d'objets ou de quantités de denrées de 1914, ni les 35 milliards de 1919, mais les 80 milliards d'unités d'une production doublée, l’unité qui nous a servi de base pour 1914 coûterait sensiblement | franc. Ce serait une situation extraordinairement brillante, puisque, les salaires

demeurant doubles, l'homme qui avait 500 francs par mois en 1914 et qui en aurait 1.000 à cette époque pourrait acheter 1.000 objets, fractions d'objets ou quantités de denrées contre 500 en 1914. Son pouvoir d'achat aurait doublé. Nous ne pouvons espérer une pareille situation ; mais, en travaillant avec énergie et en augmentant notre production actuelle de 30 à 50 2/6, nous serions bien près de toucher

le port avant deux ans d'ici. Après quoi nous partirions pour la prospérité.

Moyens et conditions de la réalisation

Dans l'économie privée, c'est relativement facile. Restrictions volontaires. Les Français les feront. Encore, faut-il le leur demander, leur expliquer quel sera le résultat de ces restrictions. [l faut que chacun comprenne que, présentement, à quelque rang social qu'il vive, son train de vie ne peut être celui de 1914. I] faut le réduire d'au moins 25 %. Naturellement, que les restrictions portent plus sur les objets manufacturés que sur les denrées. Vous achetiez six paires de chaussures par an : vous n'en achèterez que quatre. Les chaussures que vous n’achèterez pas seront vendues à l'étrange. Il faut que nous consommions moins et que nous vendions plus, beaucoup plus à l'étranger. Chaque objet que nous exportons nous vaut un droit sur les produits étrangers dont nous manquons, et fait payer à l'étranger une partie de nos frais de guerre, C'est justice, puisque nous ayons sauvé le monde. Restrictions. Restrictions. Il faut le dire, le répéter, et en démontrer la nécessité. On atrop cru que, au jour même de la paix, ce serait l'abondance. Pas d'illusions : c’est la gêne. Supportons la gêne. Si nous voulons vivre cette année sur le pied de 1914, il est inutile d'essayer : c'est impossible. L'objet de notre effort, ce n'est pas la recherche de la majo-

ration de salaires par cherté de vie, c’est le travail pour faire baisser le prix de la vie.

Dans l’économie des entreprises, c’est plus difficile. Mais il faut que les chefs d'entreprise, les patrons, se mettent au travail avec acharnement. Secoués comme ils viennent de l'être par la loi de huit heures, ils sont dans d'excellentes dispositions d'esprit pour rénover matériel et méthodes, afin de produire deux où ils produisaient un en 1914. Les méthodes, c'est l'affaire d'un an d’études et de mise au point. Le matériel, ce sera plus long. Dans deux ans, il est probable qu'un large renouvellement aura été fait. Mais il faut aussi enseigner les patrons, les arracher à la paresse d'esprit qui les enlise dans les conceptions de l'économie libérale, il faut les amener à renoncer définitivement à l'individualisme qui les condamnerait à être battus à plate couture par l'Allemagne et par nos alliés et associés. Syndicats d'achat, de vente, d'exportation, de publicité, d'assurances, unification des types de fabrication, des types de machine, donc règle et discipline corporatives, voilà ce qui s'impose à eux. S'ils veulent produire, mettre en valeur toutes nos ressources, il faut qu'ils renoncent au dogme mortel de Ja liberté. Politiquement? Politiquement, il faut agir de telle manière que l'Allemagne paie le plus possible et le plus vite possible, et, s'il se peut que le traité de paix, pourvu d’un ou plusieurs avenants, diminue les charges de l'État français, notre pouvoir d'achat s’en ressentira fortement.

Evidemment, il y a plus. Le programme que nous indiquons suppose l'ordre en France, une vie politique sans heurts et sans à-coup. Ce n'est pas chose aisée dans le régime des partis où nous sommes.

Si, comme le demande M. Fayol, l'État était administré comme une bonne compagnie privée, la remise en ordre serait rapide. Meis nous sommes en société anonyme et

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chacun sait que les sociétés anonymes ne marchent bien que lorsqu'elles sont entre les mains d'un homme. Quand les conseils dirigent, c'est médiocre. Soviets de patrons et soviets d'ouvriers, cela se vaut. Or, la société anonyme où nous sommes est de la forme la plus détestable ; elle est perpétuelle et elle est gérée par une assemblée de mandataires dont les intérêts sont opposés à ceux des actionnaires que nous sommes tous. Société anonyme perpétuelle gérée par des hommes qui changent sans cesse et qui touchent de gros Jetons de présence, que la Société soit prospère ou non. Mauvaises conditions pour liquider la situation difaile où nous sommes. Îl est hors de doute que notre pouvoir d'achat augmenterat plus rapidement si nous avions une autre forme de Société nationale. Nous avons gagné la guerre dès que nous avons eu un seul chef des armées. Nous gagnerons la paix dès que nous aurons un seul patron pour les affaires du pays. Politique d'abord. C'est aussi vrai pour le problème de la vie chère que pour le problème militaire et tout autre problème national.

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