INTRODUCTION XIII
traînaient pas nécessairement des troubles monétaires. Le flot qui coule de la source peut diminuer : le litre demeure le litre : la route peut être détruite : la distance d'un point à un autre sera mesurée par le mètre. Que le trésor possède peu ou beaucoup d'or, l'unité monétaire doit demeurer un poids déterminé de métal. L'État pouvait être en défait : le franc devait demeurer le franc.
Les désordres monétaires se sont produits parce que les assemblées élues, redoutant leurs électeurs, ont toujours caché leurs difficultés financières aux électeurs et à ellesmêmes. Incapables de prévisions, elles ont toujours été saisies à la gorge par ces difficultés, et, à ce moment, n'ayant pas le temps ni le goût ni la possibilité de demander à l'impôt ou à l'emprunt les quatre sous qu'il leur fallait dans la journée ou dans la semaine, elles ont adopté la solution paresseuse, la multiplication des signes monétaires de papier, forme moderne de l’altération des monnaies. Dans tous les pays touchés par la guerre, c'est du régime des assemblées que vient tout le mal.
Il faut ajouter que la naissance et le développement du mal ont été favorisés par l'ignorance affreuse où l'Europe était tombée en ce qui touche les problèmes monétaires. Les vérités les plus simples, les vérités élémentaires, étaient complètement oubliées. Il semble que, en 1918 et 1919, les États qui firent de l'inflation ne savaient pas ce qu'ils faisaient ; | en 1920, les Alliés réunirent leurs experts à Bruxelles avec mission de définir la situation et de trouver des remèdes à la maladie déclarée : il sortit de cette réunion une chose qui fut nommée : Mémorandum des Alliés et qui révélait l'inintelligence totale de la situation. De 1919 à 1921, les ministres des principaux pays, les experts patentés, publièrent des énormités pour expliquer la baisse continue du franc, du mark, de la lire, du leu, de la couronne : on expliquait com-
munément la baisse de ces monnaies par la loi de l'offre et de la demande, par le déficit de la balance commerciale et autres balançoires. Et les ministres continuaïent de tirer sur les banques d'État, d’escompter des Bons du Trésor sur les différentes places, sans se rendre compte que c'était là la forme moderne de l'affaiblissement des monnaies.
Cette ignorance fantastique, cela pose aussi le problème de l'État, car elle est le propre de l'État libéral, qui a bu le lait falsifié de la fausse science de l'Économie libérale, et qui a mis les peuples dans un désordre sans nom, depuis 1918, par ignorance.
L'État libéral, tête, cœur et membres, a été prodigieusement inférieur à sa tâche. Son ignorance, sa bêtise ont été telles que l'on se demandait parfois si elles n'étaient pas feintes. L'insondable bêtise et l'incurable ignorance de l'Etat hbéral ont fait, depuis 1919, beaucoup plus de dégâts que la guerre, et c'est par leur faute que d'innombrables épargnants ont été ruinés, que les luttes sociales ont été d'une terrible âpreté dans toute l'Europe, et que le Pouvoir s'est trouvé affaibli dans un grand nombre d'États. L'État libéral est devenu Catoblépas.