‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 4 sur 309 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

secret redoutable bien lancé dans le domaine public, il devrait s'en suivre rapidement un mouvement énorme de ce que l'on nomme l'opinion publique.

Or, avec l'expérience que nous avons acquise ensemble depuis cette année 1921, nous pouvons dire qu'il est prodigieusement difficile de faire pénétrer les vérités monétaires dans le public, et que l'intelligence du problème monétaire engendre diffcilement des actes. Le bourgeois, en particulier, est d'une extraordinaire timidité devant l'État lorsqu'il s’agit du mal des monnaies. Le bourgeois crie, hurle, s’agite, fait des tumultes lorsqu'il s'agit de protester contre l'impôt. Il proteste aussi contre l’affaiblissement et l’altération des monnaies, mais avec une extrême prudence, avec circonspection. Le bourgeois pousse des cris de putois si vous lui prenez dix sous de trop par l'impôt, mais si vous le dépouillez de toute sa fortune par l’une des dix voies de l'affaiblissement monétaire, 1l se tait, il se terre, il se bouche les oreilles pour ne pas entendre la vérité que vous lui apportez, et, s'il l'entend, il se fâche, non contre l'État, mais contre vous.

Cela veut dire que le bourgeois se rend compte obscurément que la Monnaie est chose de Prince, de Souverain, et non la sienne. Si nous lui disons que l'instrument de mesure contenu dans la monnaie est sa chose, à lui, producteur, marchand, transporteur, comptable, 1l le veut, mais il recule effrayé devant les obligations que lui confère la propriété que nous lui reconnaissons : car il voit que la garantie de cette mesure est le sceau frappé sur la monnaie, que le sceau est celui du souverain, que, pour donner une garantie à une monnaie, il faut faire acte de souverain, c'est-à-dire, en fin de compte, tirer l'épée.

Alors, il a beau être démocrate, il se rend compte qu'il n'est pas souverain, et, lorsque nous lui proposons de frapper une monnale pour son usage, monnaie effective où monnaie

idéale, 1] se dérobe ; l'honneur que nous lui faisons lui pareît redoutable. Son instinct l'avertit que battre monnaie est affaire de prince, de souverain, de combattant. Il devine que, dans cette affaire nous sommes plus combattants que techniciens, et que, lorsque nous luttons contre l’avilissement de la monnaie, nous sous-entendons que l'État est indigne de la souveraineté, etque nous mettons cette souveraineté en cause.

Eh bien! reconnaissons-le, le bourgeois a parfaitement raison. Et c'est nous qui nous méprenons lorsque nous croyions agir en techniciens. En fait, depuis 1919, nous nous conduisons en combattants, et la question que nous avons soulevée en posant le problème monétaire est celle de l'indignité de l'État libéral, qui, battant monnaie dans toute l'Europe, a laissé s'effondrer presque toutes les finances et les monnaies.

Oui, par le problème monétaire, nous posons le problème de l'État. Oui, nous contestons absolument la débile souveraineté qui est devenue incapable de mettre son sceau sur des pièces d'or, et qui ne peut que reproduire son image sur des francs-papier. Cela sigmifie-t-1l que nous opposons une souveraineté à une autre ? Nécessairement : au pouvoir des assemblées, masque du pouvoir ploutocratique, qui est en faillite, et qui a mis les nations en faillite dans presque toute l'Europe, nous opposons le pouvoir du combattant, grâce à qui le sceau de l'État est respecté, grâce à qui la monnaie portant ce sceau circule dans la nation et, mesure invariable des choses, permet Ja justice dans les échanges.

C'est bien le problème de l'État qui est posé.

Pourquoi y at-il d'effroyables désordres monétaires depuis la Etre dans Presque toute l'Europe? Ce n’est pas parce qu'il y a eu de grandes difhcultés financières, lesquelles n en-

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