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REMÈDES

Naturellement, j'ai simplifié l'opération pour la rendre sensible. Et je répète que j'ai négligé les autres causes, innombrables, de la vie chère. Nous aurons l'occasion de parler des unes et des autres. Mais on pourra les analyser toutes, on arrivera à trouver, au cœur des choses, la cause politique.

En ce qui concerne la grande cause que je viens de faire apparaître, l'exposé que j'ai fait donne tout d'abord le sentiment qu'il n'y a rien à faire. On se dit que l'on est bien obligé d'en passer par là : Il faut bien nourrir les veuves, les orphelins et les mutilés : il faut bien reconstruire les régions dévastées ; il n'y a donc pas de remède contre cette cause de vie chère,

Si, il y en a. Tout d'abord, il faudrait sortir d'un système qui, pour faire entrer l'argent dans les caisses de l'État, pousse les pro-

ducteurs aux super-bénéfces (illusoires, mais réels), car ce Système facilite tous les abus, fait naître le mercanti, permet l'explortation du consommateur par le fait que la notion du juste prix se dissout. .

Ensuite, il faut se dire que le remède suprême ne peut être trouvé que dans une augmentation de la production, mais de la production utile. Mais cette augmentation ne pourra être acquise que par une organisation et une discipline de la production. Ce n'est pas le libéralisme qui nous fournira nos directions. La liberté économique nous donne depuis quatre ans un développement ahurissant du cinéma, à la ville et à la campagne, et un développement d'industries de luxe au moment où nous avons besoindeblé, de pommes de terre, de briques, de poutres et de chevrons. Depuis la guerre, officiellement, nous vivons « à rebours », comme le Des Esseintes de Huysmans. Nous sommes devenus pauvres, et nos gouvernements nous ont invités à vivre comme des riches. Ils ont diminué la durée du travail, et nous ont amenés à consommer plus, ce qui est évidemment la plus grande absurdité. Et nos gouvernements ont réalisé l'absurde dans la gestion de leurs affaires : ils n’ont jamais été si gaspilleurs que depuis la guerre. :

Il faut remettre les particuliers dans l’ordre d'où on les a fait sortir ; mais si l'on veut qu'ils travaillent plus, qu'ils consomment moins ; si l'on veut mettre en prison les pirates qui exploitent Ja situation, 1] faut commencer par la tête, l'État. En Italie, en Espagne, Mussolini et Primo de Rivera ont commencé par là ; leurs premiers actes ont été pour une vigoureuse compression des dépenses publiques ; après, ils ont eu l'autorité nécessaire pour

agir sur les producteurs, et pour atteindre les mercantis qui se multiplient dans ces périodes d’instabilité.

COORDONNONS NOS EFFORTS

On n'’obtiendra pas grand’chose, ou rien, si chacun travaille de son côté, sans s'occuper de ce que fait le voisin. Mais nous posons que, même dans les difhcultés actuelles, l'État pourrait CE de sérieuses améliorations s’il était capable d’unir les efforts des

différentes corporations, et s'il voulait faire avec elles un plan d'ensemble de réorganisation de la production et d'aménagement de l'économie nationale en vue de rendre aisé le prélèvement annuel qu'il est bien obligé de faire. Et, en même temps, il donnerait aux corporations la charge et le pouvoir de faire leur police elle-même pour rendre impuissante la pègre qui pille actuellement le consommateur. Conclusion : il faut réunir les États généraux.

Ce programme de coordination des forces nationales, on sait que le Comité des États généraux l’a exposé à l'assemblée du 18 octobre. Il a paru en librairie et fait son tour de France. Le voici dans le domaine public. Le gouvernement en tirera-t-il parti? Qu'il se hâte. Sinon, il sera devancé par le pays.

Il n'y a qu'un vrai remède aux maux dont nous souffrons : la coordination des forces économiques sous la présidence de l'État. On ne fera pas disparaître la vie chère en faisant des sermons À l'épicier ou au boucher, ou en coffrant quelques spéculateurs. Mais si l'on unit organiquement les efforts de tous, on aura en mains Jes moyens de surmonter les difficultés actuelles et de rendre impossible l'action du mercanti. On n'agit pas autrement quand il s’agit d'une entreprise. L'État est-il capable de le faire pour la nation?

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