‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 52 sur 309 · troisième partie du présent volume · texte numérisé non relu

troisième partie du présent volume

ce qui paraît signifier, à première vue, que l'ensemble de nos bénéfices annuels, entièrement disponibles, atteint cette somme. Or, si vous voulez bien considérer qu'avant la guerre, étant en bonne santé, produisant beaucoup, nous ne donnions guère à l'État plus de 15 milliards par an (en valeur actuelle), plus 2 ou 3 petits miliards de temps à autre, vous vous rendrez compte que nous donnons actuellement à l'État beaucoup plus que notre capacité d'épargne ne nous le permet. Nous lui donnons ou lui prêtons environ 30 milliards de plus, annuellement, qu'avant la guerre. Cette somme dépasse très largement notre capacité d'épargne, dans un temps où notre production a diminué. Il faut donc que nous nous privions pour fournir à l'État son nécessaire. Le tour de génie de l'État (qu'il a fait sans y penser) a été de nous amener à nous priver en nous donnant le sentiment que nous augmentions nos revenus. j Nous verrons tout à l'heure comment : mais, auparavant, je vais essayer de vous figurer la situation par quelques chiffres : Avant la guerre :

Supposé que nous produisions, nous tous, Français, une masse de production que nous chiffrons 300 :

Nous donnions à l'État une part de 5 2/0, soit 15 unités ; et il nous restait à consommer 285 unités :

Aujourd'hui :

Dans les conditions où nous sommes, nous produisons moins ; mettons seulement 5 % de moins. Au lieu de produire 300, nous produisons une masse de 285.

Sur cette masse, nous donnons à l'État 20 par Mare Nous prêtons à l'État par plusieurs voies, annuellement . HÉrestes re Rene 2

L'État nous rend, par le paiement des coupons de rente,

des intérêts des Bons, etc., pour l’ensemble de sa dette aux seuls Français .

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Nous disposons de . . . . aise 245

Ce qui revient à dire que nous avons à nous partager entre nou? 245 unités contre 285 avant la guerre, les 40 qui manquent pas

sant à nourrir tous les étrangers que nous avons installés chez nous pour la reconstruction, à payer des intérêts à l'étranger, à nourir des invalides, etc., etc. Et, du coup, du fait qu'il nous manque 40, la vie est chère, puisque, avec une même somme de travail, nous ayons une moindre somme de produits.

Mais comment sommes-nous amenés à nous priver ainsi, sans nous en rendre compte? Par une opération assez subtile.

L'État, à qui il manque 30 milliards par an, veut les trouver. Ii s'adresse nécessairement à ceux qui produisent, et leur promet des avantages extraordinaires pour les prêts qu’ils lui feront. Il donnait 3 °/o avant la guerre; il donne 6; en comptant bien, cela fait 7. Il excite, 1l surexcite le goût du placement. L'agriculteur, le commerçant, l'industriel, le patron, l'ouvrier majorent tous leurs pnx, et prélèvent ainsi sur la consommation un impôt considérable. Chacun a l'illusion qu'il le prélève pour son compte : mais il est prélevé pour le compte de l'État. Le boucher, qui a gonflé ses prix pour prendre des Bons, va chez le cordonnier, qui a fait la même chose ; si bien, qu'en fin de compte, le boucher et le cordonnier, l'un à l'égard de l’autre, voient leur pouvoir d'achat diminuer. C'est par ce moyen que, bon an mal an, l'État prend à la consommation 30, et rend 1,5 sous forme d'intérêts.

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