‹ L'état, les finances et la monnaieChapitre 65 sur 309 · D 7 ROSE DR ME D ON · texte numérisé non relu

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que les sociétés humaines se mettent à l'abri des catastrophes naturelles qui stérilisent provisoirement un sol fertile. Sans épargne, les groupes humains seraient à la merci d'une saison mauvaise ruinant les récoltes et subiraient les famines qui les obligeraient aux migrations périodiques, c'est-à-dire au régime des hordes. Grâce à l'épargne, les sociétés humaines se gardent de ces périls. En cas de famine, ou de quelque catastrophe, une nation qui a épargné est en mesure de recourir à l'aide d'une nation qui n’a pas souffert des mêmes maux. Sans cette possibilité, il ne lui resterait qu à mourir ou à faire la guerre. L'épargne est ainsi une des grandes garanties des nations, non seulement contre les fléaux naturels, mais contre la guerre. Il n’est pas exagéré de dire qu'elle est une des colonnes de la civilisation. C’est pourquoi un État bien constitué et conscient de ses devoirs fait tout ce quil peut pour favoriser le sens de l'épargne.

Chez qui vit et se développe le sens de l'épargne? Chez le rentier ou chez tout homme qui tend à le devenir. Le rentier, le rentier qualifié ou le rentier en puissance, est donc, à cet égard, un fonctionnaire social d'une importance capitale. Il peut, parfois, n être pas sympathique : il est une nécessité sociale. Supprimez-le, vous portez un coup terrible à une nation et aux assises de la civilisation elle-même, parce que, enlevant tout objet au sens de l'épargne, vous empêchez ce sens d'agir au profit de la communauté.

Or, qu'a-t-on fait en avilissant la monnaie par les procédés que l'on connait? Non seulement on a fabriqué de la faussemonnaie, mais on a bafoué le sens de l'épargne auquel on a retiré une grande partie du profit qu'il s’était assuré. Par la dépréciation monétaire, en effet, tous ceux qui vivent de revenus fixes ont vu leurs ressources diminuer d’un tiers, de deux tiers, et ceci dans l'ordre des placements dits de père de famille. Cela ne vous fait pas pleurer de voir tel gros ren-

tier réduit à diminuer son train de maison, supprimer un domestique ou une automobile. Mais remarquez bien que ceux des rentiers qui ont le plus souffert sont les petits rentiers, ceux qui faisaient des placements prudents et dont presque tous les capitaux étaient placés en fonds d'État. C'est par là que vous avez atteint le sens de l'épargne, au cœur même de la nation : par l'inflation, par la dépréciation monétaire, l'État a dit à cette énorme masse de petits rentiers que l'épargne était une duperie. Vous admettez que, dans une époque comme la nôtre, c'est un accident regrettable, mais après tout réparable, que la disparition de ces rentiers ? Raisonnement cruel, mais qui pourrait être soutenu. Il est certain qu il n'est pas plus pémible de voir disparaître des rentiers que de voir mourir les jeunes hommes qui sont morts pour que la nation vive. Mais il y a des conséquences secondaires qu'il faut voir.

Au point de vue social, les rentiers en puissance sont peutêtre plus utiles que les rentiers arrivés. Ne vous rendez-vous pas compte que, si vous frustrez les rentiers arrivés de leurs rentes, vous détruisez le sens de l'épargne chez les rentiers en puissance? S1 vous ne le détruisez pas complètement, vous © en diminuez singulièrement la valeur. Du moment où il est connu, par l'aventure des rentiers frustrés, que l'épargne est, en partie au moins, une duperie, l'épargne ne jouera plus. L'homme sera porté à consommer tout ce qu'il produit. Et si, par surcroît, 1l n'a comme moyen d'échange qu'un papier-monnaie dont la thésaurisation est elle aussi une duperie (comme c était le cas dans la période d'inflation), d'épargnant il devient un aventurier que la dépréciation monétaire lance dans les combinaisons rapides d'échanges fructueux en apparence, mais ruineux pour tous. Le producteur devient un spéculateur ; l'épargnant tend à disparaître. Et ceci jusqu'au jour où tout saute, ou bien jusqu'au jour où produc-

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teurs et épargnants inventent pour leur usage des moyens d'échange sur lesquels l'État n'a plus de prise.

Voilà un des grands maux, un des plus grands maux de inflation. L'inflation ruine les assises des nations. Un État qui en use et en abuse se donne à lui-même des difhcultés innombrables. Quand on a transformé tous les citoyens d'une nation en spéculateurs et en aventuriers, il n'est guère facile de revenir à l'ordre et au travail. La Russie en fait la sombre expérience, et bien d'autres pays avec elle. L'Allemagne paiera quelque jour son inflation systématique, malgré toutes les mesures qu'elle prend pour se garantir de ses effets, qu elle connaît mieux que personne.

Encore une fois, remercions M. François-Marsal d'avoir eu le courage de nous faire sortir de l'inflation où des ministres imprévoyants nous avaient engagés. La secousse a été rude ; elle aurait été beaucoup plus violente si l’on avait attendu plus longtemps. Mais il reste, aujourd'hui, à chercher nos garanties pendant la déflation, jusqu'à ce que nous atteignions la stabilisation.

Il est très facile d'entrer dans l'inflation. Il est très difficile d'en sortir. Et la déflation engendre des difficultés qu'il n'est pas aisé de surmonter. Nous les avons d:jà énumérées et analys£es. Il suffit de rappeler que, dans la déflation, nous avons à effectuer, à l'envers cette fois, l'ajustement des salaires et des prix, pour faire apparaître le monde de difficultés que nous allons connaître et que nous connaissons déjà. Il est possible de diminuer le nombre et l'importance de ces difficultés ; il est également possible de réduire la durée de la période où nous en souffrirons. Sur ces points, les rapporteurs et les adhérents de la Semaine

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de la Monnaie apporteront des informations de première utilité. C'est la partie positive de la Semaine, pour laquelle les organisateurs feront appel aussi bien aux hommes les plus qualifiés par leurs études et leurs travaux qu'aux hommes qui, sans préparation spéciale, ont cherché, pour leur compte, des palliatifs, des remèdes provisoires. Un des objets des organisateurs de la Semaine est de créer un centre où aboutiront et d'où partiront les informations.

On n'ignore point qu'il a été cherché, de tous côtés, des moyens de surmonter les difhcultés que créait l'instabilité monétaire. Les producteurs, les commerçants, les avocats, les notaires ont travaillé, individuellement ou collectivement, à chercher, en particulier, des garanties pour les contrats à | longue échéance, pour les contrats avec l'étranger à monnaie instable. La Semaine de la Monnaie, qui est d'intérêt national au premier chef doit être le point de départ de recherches, de travaux méthociques qui nous conduisent à un régime monétaire parfaitement sain.

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