CHAPITRE VI
20 mars 1922.
isolés et s'ignorant les uns les autres, ont commencé de publier que le problème monétaire dominait tout le Pro” blème économique. C'était là une vérité simple, si simple, Si évidente, que ces écrivains furent étonnés, scandalisés de n'être pas compris du premier coup. Ils étaient ardents ; ils voulurent entreprendre une action immédiate. En 1920, cette action tombait dans le vide. Pour ma part, la première fois que je demandai des mesures pratiques à mon syndicat, €n janvier 1920, je dus battre en retraite, devant l'indifférence et même l'hostilité : je crois bien que l’on me regarda comme u? mauvais Français. Mais les vérités ont la vie dure. Les Rom mes qui possédaient la vérité sur la monnaie finirent par $° rencontrer, et, comme ils étaient de bonne compagnie ils unirent leurs efforts, bien qu'ils eussent des idées très différentes sur la constitution de l'État et sur l'origine du monce: Mais un même amour pour le pays, une même passion pour la vérité, une même volonté d'action furent leurs liens. C'est ainsi que M. Lucien Romier, qui était alors rédac”
É y à près de trois ans que quelques écrivains, d'abord
teur en chef de la Journée industrielle, M. Peschier, conseiller du commerce extérieur, M. Georges Bonnet, auditeur au Conseil d'État, auteur d'un livre sur les Finances de la France, M. Jacques Arthuys, auteur de ces deux livres de premier ordre, le Problème monétaire et Comment éviter la bangueroute, et l'auteur de cette chronique sont à l'origine du mouvement qui aboutit à la Semaine de la Monnaie. Largement couverts par l'autorité d'hommes comme M. Raphaël-Georges Lévy, qui fut un des premiers à publier des vérités oubliées, ou accueillis, non sans critiques (mais amicales), par des hommes d'une information sûre comme M. Jules Décamps, le très distingué directeur des Études économiques de la Banque de France, ils ont pu être introduits, puis écoutés dans les assemblées de producteurs et, finalement, proposer une action. C'est à ce moment que, une fois de plus, l'utilité et l'efficacité de nos méthodes sont apparues. La Confédération de l'Intelligence et de la Production française a pris l'initiative de proposer de traiter le problème de la Monnaie selon les méthodes qu'elle a appliquées dans les Semaines d'organisation qu'elle a lancées et qui ont eu une Jolie fortune depuis la Semaine du Livre, première du genre. Après la réussite de ladite Semaine du Livre, de la Semaine du Commerce extérieur, de la Semame du Bâtiment, de la Semaine des Transports, de la Semaine du Vin, l'hésitation n'était pas possible : le problème monétaire est un problème d'État, et ne peut être résolu finalement que par l'État, mais l'État le résoudra d'autant mieux, et d'autant plus rapidement, qu'il sera plus éclairé par les corporations sur les conséquences de l'instabilité monétaire, tant en ce qui concerne la production qu'en ce qui concerne les échanges. La solution sera hâtée si l'on obtient un mouvement d'ensemble des corporations, qui facilitera la tâche de l'État. Ceci étant donné, on voit quels services pourra rendre
160 LES INTRIGUES INFLATIONNISTES (1921-1922)
une assemblée des corporations s'informant, s'éclairant les unes les autres, et recherchant, de concert avec l'État, les moyens de traverser la crise monétaire avec le moins de dommages possible, et cherchant à réaliser ce mouvement d'ensemble qui hâtera les solutions définitives. Les méthodes élaborées par la Confédération de l'Intelligence et de la Production française valent donc pour ces problèmes généraux comme elles valent pour l'organisation professionnelle. La preuve en avait déjà été donnée par la Semaine du Commerce extérieur. Le comité exécutif de la Semaine du Commerce extérieur, étant saisi, accepta donc l'idée d'une Semaine de la Monnaie, en considération du fait que le problème monétaire domine tout le commerce extérieur, et, dans Ja suite, toutes les associations générales de producteurs ont travaillé avec Jui à l'organisation de la Semaine de la Monnaie.
La Semaine de la Monnaie a donc un objet positif ; mais elle a également à accomplir une tâche de simple défense, qui n'est pas moins importante que sa tâche de créa tion. Elle doit coaliser tous les producteurs contre l'inflation, contre toute nouvelle tentative d'inflation. :
Nous sommes sortis de l'inflation, et je doute que l'on trouve, aujourd'hui, beaucoup d'hommes qui oseralent Se dire ouvertement inflationnistes. Mais les partisans de | inflation n'ont pas désarmé, et l’on voit éclore, chaque semaine ou chaque mois, quelque nouveau projet d'inflation déguisée: Des journaux, parfois les plus grands (par leur tirage), font à ces projets une publicité indécente. Nous ne sommes Pas encore à l'abri d'un-retour des inflationnistes. Jlfaut faire
tout le possible pour les réduire à l'impuissance. Le moment est venu où l'on peut réaliser une coalition effective des partisans de la saine monnaie. I] y a dix-huit mois, cela n'aurait pas été si facile : les Français subissaient à contrecœur la crise qui était le premier signe de la guérison. M. François-Marsal avait arrêté l'inflation : je ne crois pas que, alors, cet acte courageux ait servi sa popularité. Mais le temps vient où l’on rendra pleine justice à l'ancien ministre des Finances : ils sont nombreux aujourd'hui ceux qui, après avoir protesté avec violence contre les mesures prises en 1920, reconnaissent que M. François-Marsal est le premier auteur du mouvement qui nous conduit à l'assainissement monétaire. Mais il ne manque pas de gens qui voudraient annuler ce bienfait. Il est nécessaire que le pays, parfaitement informé, puisse réagir contre eux et avec vigueur, le cas échéant. On attend de la Semaine de la Monnaie qu'elle donne aux Français toutes les informations utiles.
Nous avons à peu près tout dit, dans l'Action française, sur les conséquences de l'inflation. Mais, à l'occasion de la Semaine de la Monnaie, nous voudrions revenir sur un des aspects du problème monétaire sur lequel nous n'avons jusqu'ici présenté que quelques brèves réflexions. Il faut montrer que ce problème n'est pas un simple problème de techniciens et qu'il intéresse toute la nation.
Nous pensons que l’avilissement de la monnaie est un des moyens les plus violents de dislocation des sociétés humaines, et qu'il tend à détruire une des colonnes de la civilisation.
Qu'est-ce qui différencie une société civilisée d'une horde barbare? Ceci : la première épargne, capitalise ; la seconde vit au jour le jour. C'est par l'épargne, c'est-à-dire en ne consommant pas en une saison tout ce qu'elles produisent,