‹ L'état mental des hystériquesChapitre 104 sur 290 · Gilles de la Tourette, op. Cl/., p. •j · texte numérisé non relu

Gilles de la Tourette, op. Cl/., p. •j

it?6 ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES

procher de son ventre. Le souvenir. 1 imago d'une clouleui' ancienne, semble t^tre associée avec une sensation partioulitMi' et se reproduire dès que ce signal est donné.

On objectera qu'il n'en est pas ainsi toujours et que bien des points hvperesthésiques siègent sur des régions indemnes de toute douleur antérieure ou de tout' traumatisme. Sans doute, il y a des points dont la formation est dilliciie à e\pli(]uer dans tel ou tel cas particulier; mais, si je ne me trompe, ces points byperestbésiques rentreront facilement dans l'une ou l'autre des catégories suivantes.il ne faut pas oublier que beaucoup d'hystériques arrivent à localiser leurs souffrances d'abord très vagues, soit par l'imitation des autres malades, soit à la suite des investigations médicales. D'autre part, certains organes sont naturellement sensibles et deviennent très facilement le point de départ de douleurs, comme l'estomac, les testicules, les ovaires. Ces derniers organes sont presque toujours douloureux pendant la grossesse, ils le sont fréquemment pendant les règles, est-il invraisemblable qu'une de ces douleurs plus ou moins passagère ait frappé l'esprit de la malade comme un accident sérieux? Ajoutons d'ailleurs, comme M. Charcot l'a remarqué autrefois', qu'il y a souvent dans l'hystérie une congestion, une turgescence de beaucoup d'organes vasculaires qui peut augmenter la sensibilité de l'ovaire. Nous avons plusieurs fois observé ce fait sur le corj)s thyroïde, beaucoup d'hystériques ont un goitre qui augmente dans les émotions et les attaques, et dont la surface est particulièrement sensible. Enfin, il ne faut pas oublier combien sont fréquentes chez les hystériques les associations d'idées et de sensations même les plus étranges. MM. Breuer et Freud qui ont constaté comme nous le rôle des idées fixes dans les phénomènes hystériques, remarquent que la plus petite douleur tout à fait insignifiante et accidentelle survenant pendant le repas peut être le point de départ d'une gastralgie tenace, que « le rapport entre la provocation et l'accident peut être symbolique; une douleur morale peut donner naissance à une névralgie, un dégoût moral, à un vomissement^ ». Ces auteurs citent comme exemple l'observation d'un homme très intelligent qui assiste à une opération faite sur la hanche ankvlosée de son frère. Au moment où l'arti-

I. Charcot, Maladies du système nerueux, (, p. V^-y. u. Hrcucr et Freud, op. cit., p. .3.

LES IDÉES FIXES fCT

ciilation craqiio, il ressent une violente doulenr dans sa propre hanche, douleur cjul persiste depuis un an. Je citerai dans le même sens l'observation suivante que j'ai |)rise sui' une malade du service de M. Gharcot. Faidh. se plaintdune douleur dansles jambes et je constate une hyperesthésic cutanée intense à la face interne des cuisses. Cette hypereslhésie se orefl'ait sur un état hvstérique indiscutable, mais semblait dillicile à explifjucr en elle-m^me. En irrterrogeant la malade et en l'examinant, je constate avec surprise quelle est vierge, quoique mariée depuis 3 ans. La confession ne fut pas difficile à obtenir, simplement à l'état de veille. La malade a toujours eu horreur de son mari et n'a jamais pu se résoudre ii tolérer ses approches. L'horreur morale s'est traduite par une hyperesthésic de la région des adducteurs, les custodes. Les hyperesthésies qui ne dépendent pas nettement d'un accident initial rentreront toujours dans l'une des catégories précédentes, et peuvent donc encore être considérées comme des formes particulières d'idées fixes.

Non seulement nous pouvons constater l'idée fixe au début de la maladie, mais nous pouvons quelquefois montrer qu'elle existe encore maintenant dans l'esprit du sujet, quoiqu'il ne puisse pas toujours en rendre compte. Je ne citerai que deux cas, car ils demandent quelques développements pour être compris.

Colinm. (observation prise dans le service de M. llanot) était chaufleur sur une locomotive, quand il fut victime d'un grave accident de chemin de fer ; ramassé sous les décombres, il avait une assez grave blessure à l'abdomen qui ne fut guérie qu'après six mois de séjour à l'hôpital. Cependant il ne présente aucun accident nerveux et se rétablit complètement. Six ans plus tard il éprouve de violentes et terribles émotions, il voit sa femme mourir dans son lit à ses côtés d'hémorragie cérébrale, et peu après il perd un enfant de la diphtérie. Le voici triste, déprimé, rêveur, il soufl're d'une manière vague, et enfin il vient à Ihôpital se faire soigner, car il doit avoir une maladie dans le ventre. L'abdomen en effet est extrêmement météorisé, et il est le siège d'une hyperesthésic intense.

Eh bien, je n'hésite pas à dire que cette hyperesthésic abdominale survenue six ans après l'accident de chemin de fer est due à l'idée fixe persistante de cet accident. Col... s'est bien porté pendant ces six années, mais il a été obligé de renoncer à d'anciennes habitudes d'intempérance à cause d'un fait singulier.

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Autrefois, qiiaïul il se laissait cntraiiier ii hoiic avec îles amis un peu plus (juil ne convenait, il avait l'ivresse (oit gaie. Depuis son accident, il a remarqué qu'il ne pouvait pas s'enivrer, l'ivresse le rendait lugubre et lui donnait des terreurs, il ne parlait que d'une locomotive se précipitant sur lui et « ii chaque ivresse il sou (Vrai t cruellement de sa blessure pourtant bien cicatrisée ». Aujourd'hui, si on appuie sur la cicatrice, on provo(jue une attaque d'hvstérie. Dans cette attaque, il ne songe [)as un instant à ses chagrins récents, il ne parle que du chemin de (er. il ouvre des veux terriliés en voyant le train qui se précipite sur lui. et tombe ii la renverse écrasé. Cet homme soudre consciemment de ses chagrins actuels, mais cet état de dépression a permis le développement d'une ancienne idée fixe datant de six ans et qui n'apparaissait autrefois que dans les ivresses.

Maria, que j'observe depuis plus de trois ans, n'a jamais j)iésenté d'accidents hvstériques du cùfé de l'abdomen, elle n'a même pas eu d ovarie. Cependant elle est atteinte d'une métrite assez grave compliquée de salpingite légère. Il y a quelques mois, inquiété par certains symptômes, j'ai conduit cette malade à M. Térillon pour un examen gynécologique. M. Térillon a eu l'obligeance non seulement d'examiner avec soin la malade queje lui présentais, mais encore de me donner quelques explications sur les svmptômes que j'avais obsei-vés, il nous a parlé des grosseurs que l'on appréciait par le toucher, de leur peu d'importance, et il a déclaré que cette malade n'avait aucunement besoin dune opération. C^uelque tem|)s après, Maria vient me dire qu'elle soufTre horriblement du ventre et qu'elle désire savoir si elle est enceinte. En réalité, son ventre était météorisé d'une façon surprenante, et présentait dans la partie inférieure une plaque d'hyperesthésie. Elle ne se rendait aucun compte de l'accident, puisqu'elle parlait de grossesse, et cependant, dès qu'elle fut mise en somnambulisme, elle nous donna l'explication du phénomène : <( c'est la tumeur dont M. Térillon a parlé ». L'idée fixe complètement subconsciente, absolument ignorée par la malade éveillée, était des plus faciles ii constater et à modifier.

Peu à peu, nous avons pénétré la nature psvchologique de ces hvperesthésies hvstériques ; ce ne sont pas des exagérations de la sensation tactile, ni même de la sensation de douleur provoquée par le contact, ce sont des hv{)eresthésies fausses, uniquement

'lues ;iux idées réveillées par associations ii pi'opos de ee coiifact. Aussitôt que le snjet'.sv/// que la peau de 1 endroit malade a été touchée, soit qu il I apprenne par la vue, soit (|U il le sache par la sensation tactile resiée normale, il éprouve non pas une douleur proprement dite et localisée, mais une émotion générale, une angoisse, une terreur épouvantahle. (^cs émotions amènent des troubles respiratoires, et des mouvements de délense, des spasmes et des attacpies complètes. Enfin le sujet a souvent . ;ui même moment, l'esprit envahi par des hallucinations plus ou moins nettes, par des souveniis pénibles ou lerriliants. Tout cet ensemble de phénomènes psychologiques se reproduit régulièrement à l'occasion du contact d'une certaine région du corps. La sensation n'est pas douloureuse en elle-même par son intensité, mais par sa qualité, ses caractères, elle est devenue le signal au({uel se rattachent par associations d'idées un ensemble de phénomènes extrômenienl pénibles, et dont le malade redoute à juste titre la reproduction. Ce sont, comme je le disais, des hvperesthésies par idée fixe.

s^ 3. — Les tics f.t les mouvements chohéiqi es.

Les troubles du mouvement (jui se prt)duis(;nt accidentellement chez les hystériques sont innombrables, et je n'ai aucunement la prétention de les énumérer tous ; je désire seulement montrer par l'étude de quelques observations le rôle impcutant que les idées fixes peuvent jouer dans ces accidents; je commencerai par examiner quelques mouvements involontaires dans lesquels la pensée consciente ou subconsciente est la plus évidente.

Beaucoup d'hvstériques, tout en restant en apparence dans leur état normal, sans perdre conscience, exécutent avec leurs membres, involontairement et quelquefois à leur insu, une quantité de mouvements quelles sont inca|)ablcs d'arrêter; suivant que ces mouvements sont petits et séparés par des intervalles, ou bien petits et continuels, ou, au contraire, assez grands et fréquents, on les désigne sous les noms de tics, de tremblements, de chorées.

Les tics, comme beaucoup d'autres symptômes à propos desquels nous avons déjà fait la même remarque, ne sont pas propres aux hystériques, ils peuvent existcrdans beaucoup de mala-

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4.1ies mentales beaucoup plus graves, et ils pouvont alors présenter un tout autre pronostic, mais il est ineontestabie qu'ils sont également fréquents cliez les hystériques'. M. Chareot signale chez des hystériques des tics de la face-, sous le nom de spasmes rythmiques et de spasmes respiratoires. M. Pitres décrit un grand nt)mbre de phénomènes du même genre \ On connaît bien la belle description de la toux hystérique par Lasègue\Une des malades que nous avons étudiées, Mich., présentait un bel exemple de ce spasme, qui nous semble pouvoir être rangé parmi les tics. Pendant plus de six mois, elle a toussé toute la journée, elle ne s'interrompait que la nuit dans le sommeil le plus profond; sa toux est d'une régularité merveilleuse, il y a toujours une grande toux suivie de deux petites, on pouvait représenter ce rythme par un dactyle (-^^^). Le hoquet-', le rire, le sanglot sont trop connus pour que j'en rapporte des exjemples. M. Pitres décrit des phénomènes voisins de ceux-ci sous le nom de logospasmes choréiformes''. Quant aux tics du langage, ils sont encore plus nombreux, M. Jollv, dans un travail intéressant sur l'hystérie des enfants, en signale bien des exemples; les malades se mettent à bégayer, ii zézayer, à parler comme des petits enfants, etc. ' ; quand je vois Berthe adopter pendant des mois une expression bizarre et absurde, et, malgré elle, interrompre à chaque instant sa conversation pour s'écrier « Ah gaga ! Ah massacre! », je crois que l'on peut assimiler cette mauvaise habitude à un véritable tic du langage.

Les tremblements hystériques ont été trop bien étudiés par M. Dutil", pour (jue je revienne sur leur description, je me contente de rappeler les conclusions de son étude. « Le tremblement, dit-il, est un symptôme assez fréquent de la grande névrose... Si parfois il apparaît comme un phénomène éphémère, comme un accident insignifant à côté des manifestations habituelles de l'hvstérie, il est des cas où il constitue le symptôme le plus mar-

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