I. D'après (juinon, Afjrnts provocateurs, p. S
LLS IDÉtS FI\ES 305
les problèmes dilliciles qu'ils souli-veiit, ef nous sommes bini loin de les avoir résolus. Cependant il semble (|u'en empruntant au\ dillérents auteurs leurs eoncej»lions les |)lus justes, en les complétant l'une par I autre au lieu de les contredire, nous avons pu indi(iuer comment les paralysies et les contractures se rapprochaient des autres accidents. L'épuisement local au début de l'accident, lépuisement général pendant toute la duiée de la malailie qui engendre la suggestibilité et les idées fixes, le développement de certains stigmates, comme l'anivosthénie et la diathèse de contracture, et surtout les idées fixes qui altèrent les mouvements d'une lacon directe ou indirecte, permettent de résumer au moins une |»artie des faits.
,^ ."). — Effets généraux des idées fixf.s. Mohification des
stigmates.
Nous venons de passer en revue quelques-uns des eflets particuliers, que Ton pourrait appeler locaux, des idées fixes, et nous avons vu qu'elles peuvent produire sur tel ou tel j)oint du corps des hvperesthésie, des mouvements choréiques, des paralvsies, des C()ntractures, etc. Mais leur action est encore plus étendue, elles ne se bornent pas à modifier isolément un phénomène ou une fonction, elles ont une influence des ]>lus graves sur tous les autres phénomènes psychcdogiques et tranforment l'ensemble de la pensée.
Cette opinion a déjà été exprimée en partie par ceux qui ont prétendu expliquer les stigmates mêmes de l'hystérie par des idées fixes. Certains malades semblent en effet avoir une pensée plus ou moins nette se rapportant à leurs amnésies ou à leur faiblesse motrice. Marcelle, d(»nt l'aboulie était si caractéristique, rêvait qu elle était paralysée. Certains autres, on l'a remarqué assez vite, ne présentent leurs stigmates qu'au moment où ils paraissent y faire attention et ne les présentent plus quand ils sont distraits. On croit les prendre en défaut quand ils ne pensent plus à jouer la comédie de l'insensibilité ou de l'amnésie et on en conclut facilement que ces stigmates sont des sortes d idées fixes survenues par accident.
Cette explication serait simple: le sujet ne sentirait pas, ne se souviendrait pas parce qu'il se serait suggéré la pensée de ne pas J.v.NET. — Ilvslirie. 20
906 ACCIDENTE MENTAUX DLIS 11YSTER1(^)L ES
sentir, de ne pas se souvenir. Malheureusement, nous n'avons pas vu une inHuence aussi directe des idées fixes sur les stigmates ; l'observation d'un grand nombre de laits très rétiuliers et faciles à constater nous empt^che d'assimiler les stigmates, l'anesthésie par exemple, aux symptômes accidentels. i° Il y a toujours un événement précis au début de l'accident par idée fixe ; ici, nou& ne voyons rien dans l'histoire des malades qui ait pu leur mettre en tète la pensée de ne pas sentir du côté gauche et celle d'avoir le champ visuel rétréci. 2" Les accidents par idée lixe sont connus par les malades ; les stigmates sont tellement indifierents au malade que le plus souvent ils sont ignorés. 3° 11 est vrai que certaines idées fixes sont subsconscientes, mais on en retrouve la pensée dans des états somnambuliques ou par les procédés qui permettent de constater les phénomènes subconscients ; jamais aucun de ces procédés ne nous a permis de constater une idée fixe relative aux stigmates, i" La pensée de l'accident détermine la nature du symptôme en d'autres termes", le malade réalise un svmptôme comme il le pense. Au contraire, nous trouvons dans le stigmate des caractères compliqués dont le sujet n'a aucune idée. Soupçonne-t-il les troubles bizarres des mouvements qu'amène avec elle l'anesthésie musculaire ? Avait-il la notion de ce syndrome de Lasègue que nous constatons quelquefois chez lui dès qu'il arrive à l'hôpital ? 5" Les idées fixes étant accidentelles et personnelles sont très variables ; on ne peut énumérer les tics bizarres que l'on rencontre et on peut toujours s'attendre à en voir de nombreux que Ton n'avait pas prévus. Les stigmates sont parfaitement réguliers et sont restés les mêmes depuis le moven âge jusqu'à aujourd hui dans tous les pays où on les a observés. 6" Enfin nous avons déjà remarqué autrefois que les idées fixes ne se développent d'ordinaire, sauf des cas tout particuliers, qu'à une époque déjii assez avancée de la maladie. Cette disposition à la suggestibilité, à la division de la conscience, n'est pas complète dès le début ; or les stigmates se montrent souvent très tôt à une période où les idées fixes ne pouvaient avoir cette force et cette persistance.
Sans doute, dans certains cas, des caractères partiellement analogues aux stigmates, des anesthésies ou des troubles du mouvement pourront être déterminés par suggestion. Mais nous, crovons que ce n'est pas la formation naluiellc de ces symptômes. Le plus souvent, ils ne sont pas accidentels, mais ils sont
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J'expression d'uno faihlesse cérébrale, (l'un rétrécissement du champ de conscicnre dont nous avons essayé d'indiquor los lois généi'ales.
L'iniluence des idées fixes sur les sti{Tmates est d'une autre nature; elle est indirecte. Une idée quelcon(|ue qui semble n'av<»ir aucun rapport avec la sensibilité ou la mémoire détermine par sa seule présence un all'aiblissement de la perception personnelle qui se traduit extérieurement par une augmentation des stigmates. Le lait est très évident et très simple si l'on considère des idées fixes conscientes, c'est-à-dire connues et avouées par le sujet et leur iiilliience sur la volonté et l'attention. Nous ne signalerons qu'un e\em|)le d'aboulie intense entretenue par une idée fixe chez une hystérique. Ger... exerçait depuis dix ans les fonctions de concierge dans la m^me maison et elle avait toujours montré beaucoup d'activité et d'attention, quoicju'elle ait eu déjà quelques crises d'hvstérie, très rares, à propos d'émotions violentes. Depuis six mois, son caractère et sa conduite ont complètement changé : elle a peu à peu renoncé à tout travail, elle reste presque toujours couchée, même dans la journée, elle paraît souflVir énormément dès qu on lui demande le plus petit service. D'ailleurs elle se trompe sans cesse, répond tout de travers et semble ne plus comprendre ce qu'on lui dit, encore moins ce qu'on lui écrit, elle en arrive même à négliger complètement son enfant et à ne plus le reconnaître. Naturellement on a parlé de toutes les maladies possibles, un médecin a môme attribué cette dilTiculté des mouvements à du rhumatisme et expliquait tout par l'humidité de la cour. Quand j'ai essavé de me rendre compte de ce qui provoquait un état d'aboulie aussi intense, j'ai facilement lemarqué que la malade cherchait à cacher quelque chose. En la prenant à part, en insistant un peu, la confession ne fut pas difficile à obtenir. Ger... avait fait la rencontre d'un chevalier d'industrie qui l'avait complètement dominée. Soit par des procédés hypnotiques, comme elle le prétend sans preuves, soit par des moyens beaucoup plus naturels, il s'était rendu facilement maître de cet esprit très faible d'hystérique; peu à peu, sous dilVércnts prétextes, il s'était fait confier toutes les économies de la pauvre femme, puis il avait disparu, Ger... rêvait jour et nuit à son voleur, se crovant sous sa dépendance, et quoique volée, s'attendait sans cesse à être arrêtée par les gendarmes. Cette préoccupation continuelle avait amené une foule d'accidents nerveux e4
308 ACCIDENTS MENTAl \ DES HYSTÉRIQUES
en particulier 1 aboulie complète. J ai hypnotisé cette malade, moins pour connaître Titlce ii\e qui était bien consciente que pour me rendre compte de ce que le voleur avait [)u faire autrefois. Cette femme est en réalité très hvpnotisable, mais je ne crois pas qu'elle ait été réellement endormie par le voleur. D'ailleurs elle est tellement suo-^estible îi l'état de veille que tout procédé compliqué était parfaitement inutile. Il sullît de (pielques suggestions et surtout de (juelques conseils piaticpies pour tout mettre en ordre. Le pro})riétaire de la maison voulut bien se
charger de poursuivre le voleur et Ger renonça immédiatement
à toute préoccupation. Aussilôt, la paresse, la fatigue, les troubles de l'esprit et même le prétendu rhumatisme disparurent comme par enchantement. Ger... se remit i\ soigner son enfant et sa
maison et retrouva toutes les vertus d une excellente concierge.
La même remarque est beaucoup plus difficile à faire quand les iilées fixes ne sont pas connues |)ar le malade, mais restent subconscientes. En voici un exemple assez curieux qui montre en même temps l'un des dangers de la suggestion posthypnotique. Marceline est venue un soir pour se plaindre de divers malaises, c'est après l'avoir fait passer dans cet état second que j'ai causé avec elle et que je lui ai donné quelques conseils, puis je l'ai réveillée sans songer à lui répéter ces mêmes conseils pendant l'état de veille. Quelques jouis après, elle m'écrit la lettre suivante : « Je ne puis m'expliquer l'état où je me trouve, je dois être très drôle, je comprends tout dillîcilement et il me semble que tout le monde me regarde, c'est peut-être que je m'explique mal. Je ne sens absolument rien, je laisse tombera peu près tout, ce qui me dt)nne un air très bête, je ne peux plus travailler et, si on s'en aperçoit dans la maison, ce serait ma perte — Je ne sais pas si je fais erreur, mais j'ai le vague souvenir que j'ai quelque chose à faire. Depuis deux jours, j'ai longuement cherché ce que
ce pouvait être je ne trouve ])as, je me suis probablement
trompée » 11 suflit, comme on le devine, de la rendormir, de
lui enlever cette suggestion mal faite pour lui rendre la tranquillité et la libre disposition de son attention. L'idée fixe appartenait uniquement à la seconde conscience, puisque M... éveillée ne pouvait pas la retrouver, et provoquait cependant une aboulie générale. D'ailleurs, dans tous les cas d'idée fixe subconsciente que nous avons déjà décrits, on retrouvait cette même perturbation de la volonté et de l'altenlion.
Les idées fixes ont un ed'ct analogue sur la sensibilité, nous ne croyons pas que, sauf clans des cas très rares, l'idée fixe provoque directement raïK'stln'sie, mais elle la provoque souvent dune manière iiidiii'cic. .Iiistnif ii a pas d ofdinairt' d anesthésie l)ien nett(; ni de létrccisscmcnt du champ visucd; elle arrive un jour la ligure sombre et méchante, elle répond mal aux questions et elle ne réagit pas quand on la pi(|ue. .le m'aperçois qu'elle est anesthésique totale et qu'elle a le champ visuel rétréci à 20 degrés. Je ne puis obtenir que j)eu de renseignements sur ce qui s'est passé, car elle me déclai-e seulement qu'elle est en colère contre son mari et (|u elle a voulu le Irapper avec un couteau; elle est honteuse de son acte et ne s'expli([ue pas comment elle a pu se laisser allei à cette violence, (^uaiid elle est endormie profondément, elle raconte que hier matin, pendant (|u"elle attendait pour prendre sa douche, elle a entendu parler d'une malade qui venait d'ordinaire avec elle et (jui a été enfermée dans un asile parce qu'elle voulait tuer son mari. « et moi aussi, dit-elle, je suis folle et je veux tuer, etc. ». L'idée fixe du rêve somnambulique fut détruite; au réveil .lustine était tranquille et en même temps avait retrouvé la sensibilité complète et le champ visuel normal, .le n'avais cependant, j en suis sûr, fait aucune allusion ii I anesthésie, mais elle était disparue spontanément en même temps (jue le rêve. Cette observation se répète exactement de la même manière chez d'autres malades, en particulier sur Maria, avec cette dilFérence que chez elle, c'est toujours la même idée fixe qui réapparaît. Quand on la rencontre anesthésique, on peut allîrmer qu'elle rêve plus ou moins consciemment ;i boire de l'éther. L idée fixe est chez beaucoup de malades une grande cause de lanesthésie, surtout chez celles qui ne sont pas régulièiement et constamment anestliésiques, mais ((ui ne le deviennent que par accident et à la suite d'une émotion.
Lntin l'idée fixe joue un rôle encore plus curieux dans la formation d'un autre stigmate, l'amnésie, et surtout celte variété que j'ai appelée l'amnésie continue. J'avais remarqué depuis longtemps que toutes les malades qui présentaient d une manière bien nette cet oubli complet des événements récents au fur et à mesure de leur production, Marcelle par exemple, Justine ou Nhiria',
I . L'amiu'sio continue, Communication au Congrès de psvcliologie expérimentale de Londres, i**" août, i^(j2. lievue yénérale des sciences, i8((.H, p. i()-j.
aiii ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES
étaient en môme temps obsédées par des Idées (ixes le j)lus souvent latentes et je me demandais quelle Inlluencc ces deux phénomènes avaient l'un sur l'autre. L'étude d une malade extrêmement remarquable à oe point de vue et que nous avons déjà décrite sous le nom de Mme D...', est venue trancher nos hésitations; nous résumerons ces recherches en quelques mots pour compléter une observation importante. Mme D..., au bout de 9 mois de maladie, oubliait encore tous les événements récents quelques minutes à peine apiès leur production. D'autre pai't, elle prétendait, quand on l'interrogeait sur ce point, n'être troublée par aucun rêve, par aucune idée et avoir, sauf le manque de mémoire, l'esprit aussi libre que par le passé. J'ai tenu à m'assurer de ce détail et h vérifier si réellement Mme D... avait, à l'inverse des autres malades, cette amnésie continue sans idées fixes. Je n'ai pas tardé ii constater chez elle des obsessions très graves, ignorées par la malade elle-même et t|ui cependant troublaient complètement le fonctionnement cérébral. Ces idées fixes, ainsi que nous l'avons déjà dit, se manifestaient chez elles pendant l'attaque, pendant le somnambulisme et par des actes subconscients pendant la veille.
Comment déterminer linfluence de ces idées fixes sur l'amnésie elle-même? En essayant de les supprimer et en examinant ce (}ue deviendrait alors la mémoire. Les suggestions directes, c'està-dire les suggestions portant directement sur la mémoire, faites, soit pendant la veille, soit pendant le somnambulisme, étaient à peine parvenues à lui faire conserver quelques mots dans sa mémoire; les souvenirs personnels et conscients de Mme D... s arrêtaient toujours exactement au lA juillet 1891. Voyons l'efï'et d'une thérapeutique en quelque sorte indirecte portant non plus sur la mémoire, mais sur l'idée fixe que nous supposons importante. Je ne raconte pas comment j'ai essayé de lutter contre l'idée fixe subconsciente, ce sont des études en dehors de notre sujet. Toujours est-il que, en quelques jours, j'avais modifié cette idée fixe. La malade rêvait toujours, mais l'homme qui lui apparaissait l'effrayait beaucoup moins maintenant, car il était transformé. Il avait pris ma propre figure et, au lieu de sa phrase terrifiante, il disait simplement: m Madame D.,., préparez un lit, car je désire coucher chez vous à C... ». Cette modification de