I. Hli(jmales mentaux de l'hystérie, p
LES IDÉES FIXES ;tU
rhalIucinalioM lut dillicile, mais elle eut un résultat inattendu. Mme D..., tout éveillée et consciemment, eut des souvenirs values <Je son passe, elle put dire spontanément : « C'est une peur qui m'a rendue malade, on m'a annoncé une mauvaise nouvelle ». En quel([ues jours, elle retrouva le souvenir des mois de juillet, îioùt et septembre, c'est-à-dire des périodes les plus anciennes sur lesquelles s'étendait l'amnésie. En m(^me temps les souvenirs du présent persistèrent plus lonnrtenips, un quart d heuie, puis tine heure, puis une demi-jouinéc, une journée entière. 11 est impossible d étudier ici ce traitement et les dillicultés c[u'il présenta, je fais seulement remarquer que, chez cette malade et chez toutes les autres d'ailleurs, on constatait un rapport étroit entre l'amnésie continue et les idées fixes; quand celles-ci diminuaient la mémoire se rétablissait; quand les idées fixes grandissaient de nouveau, ce qui était malheureusement trop fréquent, l'amnésie continue se rétablissait complètement. Ce nouveau stigmate peut donc, comme les premiers, être une conséquence indirecte de l'existence des idées fixes dans l'esprit.
Comment interpréter des faits de ce genre? D'une façon bien simple si l'on veut se souvenir de ce que nous avons supposé en étudiant la nature des stigmates. Ils étaient simplement pour nous la manifestation dune grande distraction, d'un rétrécissement du champ de la conscience incapable de contenir tous les phénomènes psychologiques. Or les idées (i\es sont, on en conviendra, une des grandes causes de distraction. Il est bien ■évident, même chez l'homme normal, qu'un esprit absorbé par une pensée obsédante est moins apte à percevoir les sensations et les images nouvelles. Chez des hystériques dont la force de pensée et de perception est déjà réduite, une idée fixe va devenir encore plus gênante, elle absorbe le peu d'attention disponible et laisse le sujet plus distrait, plus anesthésique et amnésique <jue jamais.
Ajoutons que souvent ces idées fixes privent les malades de sommeil, ce qui est loin d'être insignifiant dans les maladies par affaiblissement de la synthèse psychologique. « La mémoire, disait le physiologiste Lesage, de Genève', est la faculté intellectuelle que la privation de sommeil affecte le plus. » Ajoutons
I. Cité dans les noies di; la traduction de Diigald-Stowart par Prévost. Genève if^o8. II, p. '^M.
aussi que souvent les lilées fixes comme les sug<;estious sont envahissantes. (|u elles semblent prendre et attirer certaines sensations et certaines images enlevées à la conscience normale, et et nous comprendrons quelles augmentent les stigmates de l'hystérie. Cette influence des idées fixes peut être considérée comme une vérification des hypothèses que nous avions présentées sur la nature des stigmates. Quant à la lorme pai'ticulicrt' (jue cet afTaiblissement de la perception prend suivant les cas, nous ne pouvons pas 1 expliquer. Nous remar(iuer()ns seulement (jue l'efl'et orénéral des Idées fixes est chez toutes les malades ;i peu près semblalde. Au moment où les idées fixes se dévehqipent d une façon plus ou moins subconsciente, toutes deviennent abouliques, anesthésiques et amnésiques. Mme D... est absolument anesthésique pendant les rêves que j'ai décrits et Maria devient amnésique (juand elle pense à l'éther. Mais, outre cet etlet général, il y a une localisation spéciale de la faiblesse de perception sur les images motrices, sur les images du souvenir ou sur les sensations, qui lait que d'ordinaire Marcelle est plus aboulique, Mme D... plus amnésique et Maria plus anesthési(jue. Ces dillérences tiennent à des conditions particulières que nous ne pouvons toujours expliquer.
COXCLLSIOX.
« Beaucoup d'accidents de Thystérie, disait autrefois M. Chaicot, sont des accidents d'ordre [)sychologique et sont dus aux pensées des malades. » Cette conception a été adoptée et répétée par la plupart des auteurs.
Nous avons cherché à confirmer ces hypothèses en analysant l'état mental des malades qui présentaient des accidents hystériques, en montrant que les idées fixes étaient quehjuefois méconnues parce quelles se dissimulaient, mais quelles jouaient toujours un rôle capital. Enfin nous avons montré (|ue de tels phénomènes intervenaient même dans les stigmates hystériques et qu ils les pi'oduisaient dune manière indirecte en diminuant la force de la perception personnelle. Avant d'étudier les lois de ces idées fixes et les conditions de leur formation, il nous faut examiner un autre de leurs eflets, une de leurs conséquences les plus remarquables, l'attaque d'hystérie ; pour le moment, nous nous contentons d'avoir étudié leui- fréquence et leur importance.
ClIAl'ITllK III Li:s ATi"\ni i:s
« Les hvsléiiques, disait Briquet, sont sujets à t^tre saisis de temps en temps d'un ensemble d'accidents spéciaux et graves qui apparaissent d'une manière soudaine, et après une durée ordinairement courte, disparaissent aussi brusquement qu ils sont apparus. Cet ensemble d'accidents est ce que l'on nomme une atta([ue d'hystérie'. » Les accidents hystériques (juiont l'ait l'objet (lu précédent chapitre étaient ordinairement d'une intensité modérée, ils n'altéraient pas la conscience du malade jusqu'à la supprimer complètement; ces accidents étaient durables et se j)rolongeaient sans grande modification pendant un temps assez long, mais une lois terminés, ils pouvaient disparaître pendant tort longtemps. On donne le nom d'a/faques à des accidents, ou mieux à des groupes, à des systèmes d'accidents qui ont précisément les caractères inverses ; ils sont aigus et souvent bouleversent assez l'esprit pour faire disparaître la conscience que le malade avait de sa propre personnalité ; ils sont momeiUancs et, il moins de transformations, leur durée ne dépasse guère quelques heures ; enfin ils sont périodiques et manifestent une tendance très nette à se reproduire régulièrement de temps en temps avec les mômes caractères.
Les attaques sont l'un des phénomènes les plus connus de Ihystérie : elles ont toujours attiré l'attention par leur caractère étrange et quel(|uelois elTravant ; on les considérait comme des possessions diaboliques, comme des accidents terribles capables de mettre la vie du sujet en danger. Plus tard, on apprit à distinguer mieux les attaques proprement hystériques des convulsions dues aune lésion cérébrale ou des accès épileptiques, et l'on, vit que cette attaque est rarement très dangereuse en elle-même^ au moins pour la vie des sujets". M. Pitres a étudié avec soin ces