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CHAPITRE IV

LES SOMNAMliLLlSMES

La psychologie du soinnainlnilismc a été l'objet de bien des éludes : nous avims nons-mônie, dans un précédent travail, exposé quelques considérations qui nous semblent encore assez exactes. En outre, M. Georges Guinon doit publier prochainement dans la collection Charcot-Debove un travail d'ensemble sur les soninambulismos. Il est donc impossible et inutile de recommencer ici cette étude d une manière complète. Cependant le somnambulisme joue un rôle considérable dans la pathologie de l'hystérique, il est le terme et la conclusion du ne grande quantité d'idées fixes subconscientes et d'attaques, et il ne peut être entièrement passé sous silence. Nous nous bornerons ii une description rapide des principales variétés de somnambulisme, et sans insister sur la théorie psychologique de ces états, nous signalerons seulement leur importance médicale en montrant leurs rapports avec les autres accidents de l'hystérie.

§ I. — Caractères généraux des somxambulismes.

C'est un fait d'observation populaire que les hystériques peuvent entrer à de certains moments dans des états psychologiques anormaux, dont le premier caractère est d'être étranges, extraordinaires, très diflerents de l'état psychologique normal du sujet. Naturellement, les médecins ont essayé de préciser ce qui constituait le caractère anormal de ces états, quel était le phénomène précis pouvant servir à caractériser et à diagnostiquer l'état somnambulique. Il ne nous semble pas que cette recherche ait abouti, ni que l'on ait découvert, dans l'attitude du sujet, dans l'état des fonctions organiques, dans les modifications de la sensibilité, du mouvcinent ou de la volonté, un caractère toujours le môme qui Jankt. — Hystérie. a3

pût séparer le somnanibulisine de la veille. Tous les caractères proposés sont loin tlôtre constants dans le somnambulisme el se retrouvent très fréquemment pendant la veille'. Nous sommes obligé de revenir à la remarque populaire et de nous bornei- à la préciser; le somnambulisme n'a pas de caraclèi-es (|ui lui soient propres, il est simplement un clat (inorwal, dintincl de lu s'io normale du sujet. Etant donnée une personne que Ton ne |)('ut examiner que dans un seul moment de son existence, il est impossible de déterminer dans quel état elle se trouve; Lucie, M., Berthe et bien d'autres peuvent être examinées pendant leur somnambulisme sans que l'on puisse s'apercevoir de leur état. 11 faut, pour le reconnaître, pouvoir comparer cet état avec leur vie normale et constater qu'il y a dans ces deux moments une autre répartition, un autre équilibre des phénomènes psychologiques. Le somnambulisme est une existence seconde qui n'a d'autre caractère général que d'être la seconde.

Cette difierence des deux états peut être très grossière et très visible; certains sujets anesthésiques, paralytiques, contractures à l'état de veille, n'ont plus aucune trace de leur maladie en somnambulisme; mais ces cas sont rares et le plus souvent la différence psvchologique est légère. Elle serait fort difficile à apprécier et passerait le plus souvent inaperçue si elle n'amenait avec elle un phénomène psychologique bien apparent. La mémoire est une faculté délicate qui est troublée par des modifications même légères et peu perceptibles de la conscience. Cette différence des deux états psychologiques suffit pour provoquer une scission dans la continuité des souvenirs, au moins des souvenirs réfléchis et personnels. Au réveil de l'état second, le malade ne peut retrouver le souvenir des événements qui ont eu lieu pendant cette période; il ne retrouve ces souvenirs que s'il rentre dans le même état qui leur a donné naissance. Les modifications des états psychologiques, bien que réelles, ne méritent pas pour nous le nom de somnambulismes, tant qu'elles ne sont pas assez fortes pour amener naturellement ce trouble de la mémoire, et nous réservons, le nom de somnambulismes pour des états dans lesquels le sujet possède des souvenirs particuliers qu'il ne retrouve plus quand il rentre dans son état normal.

I. Discussion des caractères proposés pour diagnostiquer le somnamtulismc, AulornàlUme psyclioloyique, p. (J7.

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Ce premier caractère soulève évidemment des difficultés; il sera peu net dans bien des cas intermédiaires où les souvenirs ne sont ollacés au réveil que d'une fat^on incomplète et passagère. Devons-nous considérer comme somnambulismes ces états dans l('S(juels entre- Justine à la suite de ces idées fixes? Elle semble en avoir perdu la mémoii'C au moment du réveil, et cependant elle retrouve spontanément ces souvenirs au bout de quelques jours. Faut-il également appeler somnambulisme cet état de Ba. {ju'il a oublié au réveil, mais dont il retrouve régulièrement le souvenir le lendemain matin après en avoir rêvé pendant la nuit? Ces cas et d'autres peuvent être embarrassants, mais nous sommes obligés de lormuler les définitions d'après les cas les plus tvpiques sans tenir compte dos variétés intermédiaires'. L'oubli au réveil reste le caractère essentiel du somnambulisme proprement dit.

Nous n'ajouterons qu'un seul caractère pour préciser cette définition et distinguer le somnambulisme des attaques, des extases dont le sujet ne garde pas non plus le souvenir. Dans ces atta- (|ues, le sujet se borne à rêver et à exprimer son rêve; il ne perçoit pas le monde extérieur, il ne s'y adapte pas. Dans le somnambulisme, on constate un développement intellectuel plus considérable qui permet au malade de voir et d'entendre d'une façon consciente, de percevoir les impressions qui frappaient ses sens et d'adapter sa conduite aux phénomènes environnants.

Un exemple éclaircira cette remarque. Une jeune fille de dixsept ans, llah., présentant déjà, surtout au moment de ses règles, quclcjues symptômes hystériques, était servante chez un individu qui, suivant la mode actuelle, prétendait s'occuper d'hvpnotisme. Ce personnage cherche à hvpnotiser sa domestique dans l'intention de profiter du sommeil pour la violer. Il réussit à provoquer des attaques convulsives dans lesquelles la jeune fille put se défendre. Ces attaques se rapprochaient beaucoup d'un état somnambulique, car au réveil, Rah. ne savait absolument pas les tentatives dont elle avait été l'objet. Cependant, quelques jours plus tard, cette jeune fille fut obligée de rentrer chez ses paients à cause d'une maladie bizarre. Elle était d'abord distraite, anesthésique, elle perdait la mémoire des faits récents; elle était

I. Nous ne pouvons reproduire ici nos études sur la vérification de l'oubli au r6veil et sur ses irrégularités. Automatisme psycJiologique. pp. 7^ et 17^.

3o6 ACCIDENTS MENTAIX DES HYSTERIQUES

incapable et de laire aucun travail et île eonij)!! lulre ee (|u On lui disait. C'est là l'étal d'aboulie résultant, eoninie on le sait, du développement d une idée subconseiente. Mn outre, au milieu de la nuit, elle s'agitait dans s»)n lit, jtleiiiait. appelait au secours, se débattait convulsivement et, dressée sur son séant, restait les veux fixes et les bras tendus comme si elle repoussait une personne. Puis elle sautait à bas du lit et courait au travers de la chambre, enfin se j)réei|)itait en dehors. .\ ce nH>ment la scène changeait : elle paraissait se calmer et legardait les objets environnants; elle prenait un objet usuel, comme un balai, et se mettait à balaver tranquillement le parquet. Une nuit, elle sortit de la maison et rencontrant une brouette dans la cour, se mit à la remplir de sable et la porta au fond du jardin. Quelquefois elle se réveillait au milieu de son travail dans le plus grand ahurissement, sans savoir ce qu'elle faisait; le plus souvent elle rentrait se coucher et se rendormait. 11 me semble facile de distinguer dans cet accident deux périodes : l'une dans laquelle le malade rêve à son hvpnotiseur et ne voit pas les objets environnants, l'autre, dans laquelle la malade perçoit les sensations et se laisse môme diriger dans ses actions par l'aspect des objets qui se présentent à elle. Ces deux périodes dépendent évidemment l'une de l'autre, mais on peut au moins, pour la clarté du langage, les distinguer, considérer la première comme une attaque déterminée par un rêve et réserver à la seconde le nom de somnambulisme. Nous admettons donc deux caractères dont dépend l'état somnainbulique, fln certain trouble de la mémoire après l'état anormal, et cependant un certain degré d'intelligence pendant l'état anormal qui permet jusqu'à un certain point la perception des phénomènes extérieurs. Chacun de ces deux caractères est susceptible de variations nombreuses, et c'est pourquoi nous admettons deux classifications des somnambulisnies, l'une déterminée par l'étude des modifications de la mémoire, laulre par la considération du degré de développement intellectuel.

§ 2. — Les variétés de somnaxbulisme caractérisées par les modifications de la mémoire,

Les somnambulisnies sont très nombreux et très variés, et il est nécessaire de les classer. Peut on prendre comme principe

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de cette classification la durée pendant la(|iiclIo se prolongent ces états anormaux? Nous ne le pensons pas, car toutes ou presque foutes les formes du somnambulisme sont susceptibles de se prolonf;er Tort longtemps ; leur durée peut varier depuis quelques minutes jusqu'à, plusieurs mois. Une classification plus intéressante distinguait ces états anormaux, d'après leur origine, en somnambulismes naturels et somnambulismes artificiels. Cette distinction peut, dans certains cas, avoir une grande utilité pratique ; elle ne nous semble pas èlie cependant très exacte. 11 ne liiut pas croire que les somnambulismes (»rov(»qués chez un sujet restent, en nature, différents des somnambulismes de cette même personne, ils sont le plus souvent absolument identiques. On a remarqué que, dans certains cas, le sujet présentait, pendant le somnambulisme provoqué, une plus grande docilité, semblait dépourvu de spontanéité. Cela est loin d être général : certaines somnambules comme Lucie, Berthe et bien d'autres, sont moins suggestibles pendant leur état de somnambulisme provoqué que pendant la veille. ï/'indépendancc et la spontanéité des malades pemlant le somnambulisme naturel sont plus apparentes que réelles ; si on connaît bien les malades, si on parvient à attirer leur attention, h entrer en quelque sorte dans leur rêve, on peut les diriger avec la plus grande facilité. Quelques auteurs ont remarqué, ce qui est fort exact, que le somnambulisme naturel est le plus souvent rempli par un rêve compli(|ué, par des hallucinations, et ils ont cru (|ue ce caractère ne se retrouvait pas dans le soninaml)ulisme provoqué. Nous ne pouvons partager cette opinion. Les sujets qui ont des idées fixes les expriment parfaitement pendant le somnambulisme provoqué, il sulfit de les laisser quelque temps dans cet état sans les diriger, de les abandonner un peu il eux-mêmes. Justine, Mme D..., parmi les malades que nous avons décrites, ont à cha(|ue instant des rêves, des idées fixes, tles imjiulsions en état de somnambidisme provoqué, et il est très souvent dillicile de reprendre la direction de leurs pensées quand on l'a un moment abandonnée. Enfin l'analogie de ces états est telle que le sujet semble passer de 1 m à l'autre avec une extrême facilité ; en réalité, il reste dans le même état psychologique, mais nous prenons plus ou moins la direction de ses pensées.

Une classification vraiment utile nous paraît devoir être tirée des deux caractères psychologiques les plus importants, l'état

3o8 ACCIOEMS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES

de la mémoire et le développement de riiitelligence. Examinons d'abord les somnambulismes au premier point de vue.

On sait (jue la mémoire présente un caractère commun dans tous les somnambulismes, c'est l'oubli au réveil ; si l'on considère, non pas les souvenirs que le sujet peut .avoir au réveil, mais ceux qu'il possède pendant le somnambulisme lui-même, on constate beaucoup de vaiiations.

i" Les soninamhiilismes reciprofjiii's. — Les somnambulismes à mémoire réciproque, ou, pour abréger, les somnambulismes réciprocjues, sont des états tels (jue le souvenir du premier se retrouve dans le second et le souvenir du second dans le premier. Par exemple, Marguerite avait des sortes de délires consécutifs à ses attaques d'hystérie. Avec plus de précision, elle avait à la fin de l'attaque deux périodes de somnambulisme difTérentes. Dans la première, elle reste immobile, les yeux fermés, comme endormie ; elle ne répond pas et paraît ne pas entendre, quoique en réalité elle entende fort bien. Dans la seconde, elle ouvre les yeux, remue et parle d'une manière naturelle, mais ne reconnaît pas les personnes qui l'approchent et semble avoir oublié tous les événements survenus depuis qu'elle est malade. Cette dernière période se termine par quelques convulsions, et la malade se réveille dans son état normal. Quoique les deux somnambulismes soient oubliés aussi bien l'un que l'autre après le réveil, ils ne sont pas identiques et ne sont pas réciproques ; f|u'on interroge la malade quand elle est dans l'un de ces états, qu'elle ait les yeux fermés ou ouverts, on constate qu'elle n'a aucune notion de l'autre état. Au contraire, si nous observons la même malade dans une nouvelle attaque, fût-ce plusieurs mois après la première, nous la verrons reproduire ses deux somnambulismes. Pendant le premier, nous obtiendrons (|uclques paroles en insistant et nous pourrons constater que Marguerite se souvient des personnes qui se sont approchées de son lit et des paroles qu'elles ont prononcées pendant ([u'clle était dans le même état. Quand viendra, naturellement, le second somnambulisme, avec les veux ouverts, nous verrons que Marguerite, bien qu'ayant oublié tout le reste, se souvient exactement de ce qui s'est passé pendiant la période correspondante de son attaque. Elle ne connaît môme à ce moment que certaines personnes, celles qui lui ont parlé pendant cette période des attaques. Les nouveaux somnambulismes ont été réciproques des premiers.

LES SOMNAMBULISMES .ViQ

En général, il en est ainsi quand les somnambulismes se reproduisent régulièrement dans les mêmes conditions ; beaucoup de malades continuent exactement dans un nouveau somnambulisme lin acte conunencé dans le premier, comme cette malade décrite par M. Mesnet, qui allait de nouveau, en somnambulisme, cliercher du poison caché ilans une armoire pendant un premier accès, ou comme ce jeune homme décrit par M. Guinon, qui écrivait une longue histoire en somnambulisme et reprenait régulièrement son récit au point où il avait été interrompu '. Mary Reynolds, la malade de M.Wir Mitchel, était entrée à la suite d'un sommeil dans un état normal. Elle n'avait plus aucune connaissance du passé et dut rapprendre à lire et même à parler ; cet état se termina au bout de (juelques semaines et la malade revint à la vie normale avec oul)li de tout ce qui venait de se passer. Quand l'état second reparut, Mary Reynolds avait conservé les connaissances acquises dans la première période anormale et continua seulement son éducation.

Il en est de même pour les somnambulismes artificiels quand ils sont jirovoqués par la même personne et de la même manière. Mais quclcjuclois, quand l'état somnambulif|ue n'est pas produit de la même manière, il ditlere légèrement, assez pour qu il y ;iit un trouble de la mémoire et que cette réciprocité disparaisse. Marguerite, endormie par M. Dutil, ne retrouvait plus les souvenirs du somnambulisme que j'avais provoqué mt)i-même, et endormie par moi ne retrouvait plus les souvenirs du somnambulisme de M. Dutil. Une malade du service de M. Pitres, Jeanne R..., avait été violée dans un état somnambulicjue ; endormie de nouveau, elle ne pouvait cependant pas retrouver le souvenir de cet incident et disait alors : « Je ne peux pas me rappeler ce qui s'est passé, il me semble que j'étais endormie autrement ». (Communication orale de M. Laurent.) Dans des cas de ce genre, on arrive presque toujours, en modifiant l'état somnambulique de diverses manières, par une sorte de tâtonnement, à retrouver le souvenir réciproque.

Cette réciprocité est surtout intéressante et pratitjuement utile ([uand elle existe entre un état naturel et un état artificiel. C est grâce h ce fait que nous avons pu retrouver pendant des somnam-

1. Georges Guinon, Proijr'es médical, i8yi, n" 20 et sq. Cf. AntomalUme psycholoyique, p. -8.

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bulismes artificiels, le souvenir minutieux des attaques, des délires, des somnambulismes naturels. Si nous continuons à étudier la malade précédente, Marguerite, nous voyons que l'on peut provoquer chez elle artificiellement un état dans lequel elle reste aussi étendue, les yeux fermés, et ne parle aussi que dilficilement. si on insiste. Elle nous raconte ce qui est arrivé pendant la première période de sommeil qui suit la crise, que telle personne est venue près délie, que son père l'a embrassée, -etc. Réciproquement, si je lui dis maintenant quelque chose, elle pourra me le répéter dans sa prochaine crise, pendant la même période de sommeil. Ce sont donc là deux états à mémoire réciproque.

Pendant qu'elle est endormie, forçons-la à ouvrir les yeux ; il arrive alors une chose qui est loin d'être ordinaire pendant le somnambulisme, elle change totalement d'état et perd le souvenir de ce qu'elle vient de me dire quand elle avait les yeux fermés. Mais, par contre, elle a ac((uis des souvenirs tout nouveaux, elle me raconte ce qui s'est passé pendant le deuxième somnambulisme de son attaque, et, réciproquement dans cette période de l'atiaque, elle se souvient de ses somnambulismes artificiels les yeux ouverts. Voici encore deux états réciproques.

Des faits de ce genre ont été bien souvent constatés: nous rappellerons seulement que l'on peut, pendant le somnambulisme provoqué, obtenir le récit exact de ces longues fugues, de ces vovages bizarres accomplis d'une façon automatique et dont la malade semble n'avoir gardé aucun souvenir'. C'est là un caractère très important qui réunit un grand nombre d'états somnambuliques.

2" Somnainhiilisines ?-cciprofjues et dominateurs. — A défaut d'une expression plus claire, nous disons (|u un état psychologique B domine un autre état psychologique A quand il se présente avec lui dans la relation suivante. Le sujet placé dans l'état B se souvient de l'état A, mais la réciproque n'est pas vraie : quand il se trouve dans l'état A il ne se souvient pas de l'état B. Ce fait est intéressant, car il caractérise les somnambulismes les plus ordinaires.

I. Pitres, op. cil., fl, p. 277. — Saint-Aubin, Les furjues hystériques, p. i5. — Tissié, Les rêves, p. 84- — Laurent, Les étals seconds, p. 'i^, etc.

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rin effel, il est assez rare de constater des états soninainbuli([ues comme ceux de Mary Reynolds, ou comme le second somnambidisme avec les veux ouverts de Marouoi-ite, dans lesquels le sujet se souvient uni(|iiemeMt des périodes exactement correspondantes et n'a aucun autre souvenir ni de la vie normale, ni de (|uei(jue autre état. Le plus souvent, le sujet placé en somnambulisme conserve non seulement le lanf£a<ie et les habitudes générales, mais encore les souvcniis précis de la veille. Quel<|ues somnambules ne s'attribuent à eux-mêmes ces souvenirs de la veille et en parlent comme s'il s'agissait d'une autre personne, mais ils peuvent néanmoins retrouver et exprimer tous ces souvenirs ; le plus souvent l'état somnambulique domine l'état de veille, on peut dire qu'au point de vue de la mémoire, il est supérieur et l'état de veille inférieur.

3" Les somnanihulisnies en ^radtt/ion . — Dans certains cas, le caractère précédent se complique encore ; il se forme une série d'états variés avant entre eux ces rapports de supériorité et d'infériorité.

L'observation suivante, empruntée à un magnétiseur célèbre, vaut mieux qu'une description : Une jeune fille de treize ou quatorze ans tombait dans dillerents états nerveux distincts de la veille, dans des crises nerveuses, dans le somnambulisme natuiel et dans le somnambulisme artificiel ou magnétique. « Quoique la malade eût le libre exercice de son intelligence dans tous ces diflérents états, elle ne se souvenait dans son état ordinaire de rien de ce qu'elle avait fait ou dit dans chacun deux ; mais ce qui paraîtra étonnant, c'est que, dans le somnambulisme magnétique dominant pour ainsi dire sur toutes les espèces de vies dont elle jouissait, elle se souvenait de tout ce qui était arrivé soit dans le somnambulisme, soit dans les crises nerveuses, soit à l'état de veille. Dans le noctambulisme, elle perdait le souvenir du sommeil magnéli(jue et sa mémoire ne s'étendait que sur les deux états inférieurs. Dans les crises nerveuses, elle avait de moins le souvenir du noctambulisme ; enfin dans l'état de veille, comme au plus bas degré, elle perdait le souvenir de tout ce qui s'était passé en elle dans les états supérieurs^ » Nous avons déjà rapporté nous-mème plusieurs observations du même fait^; les

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