‹ L'état mental des hystériquesChapitre 151 sur 290 · Allaii Ivardec. op. cit., j). 2o · texte numérisé non relu

Allaii Ivardec. op. cit., j). 2o

3f.i ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTERIQUES

noncent. » Le mt^me l'ait était autrefois remarqué chez les petits prophètes cévenols dans la révolte des camisards.

Aujourd'hui nous pouvons assez fréquemment constater des faits de ce genre. Renée se met à vocilérer toutes sortes d'injures et de temps en temps prcWite d une interruption pour dire en gémissant : « Ce n est pas ma faute, ce n'est pas moi, je ne savais pas moi-même tous ces gros mots. « Une malade hystérique dont l'observation recueillie par M. Iluet a été publiée par MM. Séglas et Bezançon, était tourmentée par cette écriture automatique. « Le début de cette affection actuelle remonte à deux ans et demi. A cette épocjue, après avoir lu Allan Kardec et sur la foi d'une voisine, elle se mit à faire tourner des tables... Cet hiver (octobre 1887) elle a fait les écrits; on lui a dit d'essayer, elle a pris une plume et du papier et a écrit de suite. Avant d'écrire, elle pose une question ; elle sent alors qu'on lui prend la main, elle ressent dedans comme un fluide froid et elle écrit, malgré elle, dit-elle, de la ronde, de la demi-ronde qu'elle ne sait pas, signe la signature de son père, etc.. L'écriture changeait à chaque fois. Quand elle écrit elle-même, elle ne sent pas sa main prise et apprécie la différence. Parfois quand elle écrit à ses parents, l'esprit la prend et elle écrit autre chose. Elle a cru d'abord que l'esprit qui la possède était celui de son frère ; mais elle a reconnu son erreur, quand cet esprit lui a fait écrire de la ronde et de la demi-ronde. C'est un démon, un mauvais esprit, celui d'un homme instruit, ancien professeur de séminaire qui sait sept langues, mais déchu'. »

Parmi nos malades, Lucie, Marguerite et bien d'autres présentent, d une façon complète, l'écriture automatique et feraient la fortune d'un cabinet spirite. Gib., dont M. Dutil nous a communiqué la curieuse observation, a été très bouleversée en apprenant la mort de sa nièce Pauline qui, dans un accès de délire, s'est précipitée par la fenêtre. Depuis cet événement elle est triste, préoccupée, incapable d'aucun travail et d'aucune attention, elle prétend ne pas savoir ce qui l'aniige et ne pas se rendre compte des idées qui l'obsèdent. Cependant quand elle a un crayon entre les mains elle grilloiiiur au hasard sur des morceaux de papier, et dans ces traits informes on peut reconnaître qu'elle

I. J. Séglas et Paul Bezançon, De rantagonismc clos uW-cs déliraiiles cliez les aliénés, extrait des Annales médico-psycholo<jiques , janv. i^Hy, p. 20.

LES SOMNAMBUIJSMES 3Co

a dessiné une fenêtre el qu'elle a érrlt le nom de Pauline. Si on lui retire à temps ces papiers avant (juelle les ait refçardés, elle n'en peut deviner le contenu.

Ce qui caractérise tous ces faits et en parliculier cette écriture, c'est 1° qu'il s"a<^it de mouvements involontaires, inconscients et cependant intelli<;ents, et 2" que ces mouvements se produisent pendant que la pensée et la conscience normale du sujet subsistent à peu près intactes. Les premiers caractères, l'absence de volonté et de conscience seront toujours mis en doute quand on n aura pas observé dirccteinenl cl longuement îles sujets de ce oenic. Il faut voir ces personnes révéler ii leur insu ce qu'elles veulent tenir caché et ce cju'elles croient n avoir dit ii personne ; il lauf coniiaitre les situations et les caractères pour se cojivaincre de ce fait. L'intelligence qui se manifeste ainsi est loin d'être remarquable, mais on constate cependant des perceptions assez nettes du monde extérieur et des jugements simples. Ces écritures automatiques peuvent répondre assez longuement à des questions qui seront posées tout bas pendant que le sujet distrait paraît s'occuper d'autre chose ; c'est une application de la méthode des suggestions par distraction. En outre, on constate dans ces écritures de la mémoire, du jugement et même une certaine unité dans les pensées. Ces messages sont souvent signés par un nom, comme s'il se formait là un rudiment de personnalité.

Quant à la persistance de la conscience normale pendant que s'accomplissent ces phénomènes automatiques, c'est le caractère le plus curieux et le plus discuté de l'hénii-somnambulisme. Il est clair que cette conscience sera toujours fort restreinte, car on sait que le développement des idées fixes subconscientes réduit toujours considérablement la perception normale. Le sujet comprend moins et retient moins ce qu On lui dit pendant l'écriture automatique que pendant la vie normale. Cependant certains sujets, comme Marguerite, sont capables de lire tout haut, de comprendre ce qu'ils lisent et de s'en souvenir pendant que leur main répond h de tout autres questions. Cette simultanéité, dirat-on, n'est pas absolue, il faudrait montrer par des mesures précises la simultanéité d'un mouvement des lèvres et d'un mouvement de la main. Cette constatation, à notre avis, ne prouverait rien, car nous pouvons faire volontairement deux mouvements simultanés et cette simultanéité peut aussi se produire par le ha-

sard. Ce iiui est vraiment siimiltané et impossible à appiéeier expériinenlalemenl, c'est la simultanéité des ileux séries de pensées. Elles semblent, chez quelques sujets, se développer simultanément, c'est tout ce que l'observation clinique nous permet de constater. Dans d'autres cas, la simultanéité est moin rigoureuse, la main cesse d'écrire un instant pendant que la bouche parle et reprend l'instant suivant, il y a une sorte d'alternance. Mais il est curieux de remarquer que les phénomènes se j;roupent cependant en deux séries très indépendantes, l'une que le sujet connaît bien, l'-autre qu'il parait ignorer. On constate môme quelquefois un désaccord, une contradiction singulière entre ces deux catégories de pensées. Enfin, souvent, même dans les séances spiriliijues, l'écriture automaticjue ne peut se développer qu'en réduisant de plus en plus la conscience normale et même en la faisant disparaître. L'hémi-somnambnlisme se transforme alors en somnambulisme proprement dit.

2° Somnambulisme à forme léthargique. — Les malades perdent conscience, c'est-à-dire que la première série de phénomènes psychologiques qui forme leur personnalité normale est arrêtée, ils restent immobiles et semblent profondément endormis. Si on soulève leurs membres, on constate qu'ils sont flasques et retombent par leur propre poids. Des états de ce genre, soit naturels, soit artificiels, ont été souvent décrits sous le nom de sommeil hystérique, de léthargie, de syncope, de mort aj)parente, de somnambulisme mort ou passif, de mort-extase ((/er///< trance). Nous n'avons pas à étudier les caractères physiques d'un semblable état, nous constatons seulement que les phénomènes psychologiques sont loin d'être entièrement effacés. Les sensations existent encore, le sujet entend, il faut en être convaincu et ne pas exprimer devant lui des suggestions imprudentes, qu'il exécutera plus tard. Quand le sujet rentre dans un somnambulisme plus lucide, il peut souvent raconter tout ce qui a été dit devant lui pendant son état léthargique. Les sensations de tact subsistent encore et elles deviennent des points de repère, des signes il la suite desquels certains mouvements préalablement suggérés peuvent être exécutés. Quelquefois d'autres phénomènes psychologiques plus compliqués, des rêves par exemple, remplissent l'esprit du sujet sans se manifester à l'extérieur ; mais le plus

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