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LES SOMNAMRULISMES ,173
tour de certaines sensations, de certaines idées ruTinc (|iie le sujet ne sait plus percevoir.
Celte explication nous scniMc claire si Ton considère certains états comme les somiiaiiibulisiiu's coiuplcls ; elle reste encoif vi'aisemblahlc poui- les autres somnambulismcs. Considér<Mis un sujet comme Lucie ou W'ittm. en somnambulisme complet ; ce sont alors des personnes absolument normales qui ne présentent j'Ius aucune tare byslérique. Elles ont une sensibilité tactile, musculaire et visuelle absolument complète, elles marchent et écrivent sans refijarcler ni leurs pieds ni leurs mains, elles ne sont aucuiKMiient modilif-es pai' rocchision des veux. N"esl-il |»as naturel de supposer que ces images tactiles, musculaiies, ces mouvements exécutés au movcn de ces images jouent un rôle dans leur |)ensée, se rattachent par svnthèse aux idées qu'elles entendent exprimer actuellement, s associent avec tous les événements qui se produisent? Vovons maintenant ces mômes sujets quand ils sont sortis de leur somnambulisme. Au bout d'un temps plus ou moins long, une demi-heure chez Lucie, plusieurs heures chez Wittm., ces malades se plaignent de nudaise. de fatigue ; si on les laisse sans intervenir, on voit leur sensibilité diminuer peu ii peu, puis tous les stigmates hvslériques se reconstituer. Les voici anesthésiques totales, incapables d ellectuer la perception personnelle des sensations tactiles ou musculaires. Ce trouble porte aussi sur les images, puisque les voici incapables de remuer leurs membres sans les regarder et (ju'elles présentent tous les troubles du svndrome de Lasègue. Le svstènie de sensations et dimages qui constitue leur personnalité n'est donc plus le même (pie tout il l'heure. Est-il étonnant (jue, prédisposées comme elles le sont aux amnésies localisées, elles ne puissent retrouver consciemment les souvenirs du somnambulisme précédent? Ces souvenirs sont surtout formés d'images tactiles et musculaires qu'elles ne savent plus maintenant percevoir et d'idées associées avec ces images. N'est-il pas naturel qu'elles oublient le tout en bloc ? L'amnésie dépend ici de 1 anesthésie et de l état subconscient de certaines sensations et de certaines images.
La même interprétation peut s'appliquer Ix d'autres somnambulismes moins complets dans lesquels les stigmates ne sont pas supprimés, mais seulement modifiés. A chaque répartition de la sensibilité correspond, à un état général de conscience, une cœnesthésie ii laquelle s'associent tous les souvenirs, et la mé-
iiuiire de relto pci ioclo ne peut rtio retrouvée facilement sans sutrtvestion spéciale et sans ell'ort d'attention (luc si le sujet se retrouve exactement dans le même état'. Si Ion veut bien observer ce détail avec soin, on constatera, comme je lai lait souvent, (jne, dans tout somnambulisme naturel et incontestable des bvstériques, il y a des modilications presque toujours très appréciables dans la répartition des anesthésies, et ces modilications jouent, il notre avis, un rôle considérabl(> dans les amnésies consécutives.
Passons à des somnambulismes encoie jdus rudimentaires, ces états mono-idéiques dans lesquels le sujet cherche à se tuer ou emporte son oreiller sur les toits. Comment j)eut-on comprendre que le malade au réveil ait tout oublié, même les choses qu'il a semblé percevoir nettement? Quelques expériences peuvent être rapprochées de ces faits. Je suggère à Léonie ([u'ellc a sur »'lle une belle robe de velours noir. Cette suggestion ne modifie en rien Tétat général, ne change pas la répartition de la sensibilité, elle provoque seulement une hallucination et Iransi'orme légèrement l'attitude du sujet : Léonie s'est redressée sur son fauteuil, elle a un visage sérieux et un sourire composé, elle m'entend et me répond avec une gravité affectée, en un mot, ellejoue la grande dame. Peu à peu rhalluciiiation s'efface et Léonie reprend son attitude plus simple et sa parole plus familière ; si, a ce moment, je fais allusion à la conversation précédente, avec la grande dame, je m'aperçois qu'elle a tout oublié. Si plus tard, plusieurs jours après, je recommence cette hallucination de la robe de velours, Léonie reprend la conversation au point où elle l'avait laissée et retrouve tous les souvenirs. Voici une expérience d'amnésie et de mémoire alternante produite sans somnambulisme proprement dit et que l'on peut reproduire de la même manière soit pendant la veille, soit pendant un somnambulisme. Comment la conijH'endre ? A mon avis, les souvenirs de la conversation sont « cristallisés « autour d'un centre qui est l'hallucination de la robe de velours et la comédie de la grande dame ; le centre enlevé, tout est disparu; qu'on le rétablisse et tout s'agrège de nouveau. (^)uand Marguerite est de mauvaise humeur contre moi, elle a des souvenirs qu'elle ne retrouve plus le lendemain quand elle est réconciliée, et qui réapparaîtront à la prochaine colère. Cette dispo-