I. Aulomalisrne psycliologUjue, pp. 66!t, 34o, /Jio
LES SOMNAMUULISMES 377
mal, ou pendant un somnioil déterminé par sugp^esti<»n, pendant le sommeil piovoqué par le chloroloinie ou par léllier'. On l'cd)tient, chez les sujets prédisposi-s, bien entendu, en latij^iiaiil l'altentioii par la lixalioii eonliiuic ; les hvstéricpies sont, eomme on sait, ineapahles d un eil'ort |>rolongé ilattenlion, elles s't'puisenl vite et deviennent ineapables de eonserver la pereeplion personnelle des phénomènes les plus simples. I'"nlin |»Iusieuis auteurs ont insisté sur un lait des |)lus instruetifs. Nous savons (pie beaucoup d hvstéri(pies sont troublées (piand on leur lait fermer les yeux, bnirs mouvements volonldircs sont altérés, la station vertieale devient impossible, etc. Chez quelques-unes, ce trouble va bien loin : non seulement les mouvements des membres mais ceux de la face deviennent imj)ossibles, le sujet par exemple ne peut plus tirer la langue (signe de Baillit); en outre, les pensées sont confuses et la parole est embarrassée". Pwilin, chez certaines, l'occlusion des yeux ou des oreilles semble supprimer tous les phénomènes psychologiques. MjNI. Strumpell, Liégeois, Ileyne, Ziemmsen, Raymond', ont rappelé des faits de ce genre. T^e phénomène se produit chez quelques malades complètement anesthésicpies (piaïul on leur ferme les seuls sens par lesquels ils étaient encore en communication avec le monde extérieur. A notre avis, l'état qui se produit alors nest pas un simple sommeil, il peut présenter des phénomènes psychologiques plus ou moins compliqués qui seront oubliés plus tard, c'est un état somnambulique. Nous voyons que le somnambulisme se développe quand, pour une raison quelconque, la conscience normale, la première svnthèse des phénomènes psychologicpies est supprimée.
Le somnambulisme peut être développé d'une autre manière. Quand on provoque par le procédé de la suggestion, par distraction, des actes subconscients, (piand on détermine tout simplement des hallucinations suggérées, le sujet entre en hémisomnambulisme et peu à peu en somnambulisme complet. On
1. Jules Janet, Revue scirnlifiqne. i8J^8, 1, p. (Vio. — Cf. Laurent. Etats seconils,
2. Pick, i eber die sotienannie « conscience musculaire », Zeilsrhrijl Jiir Psyi-hologie tiiul Physiologie der Sinnesorqnne, if^ga, p. iJ^ii.
3. I\aymond, De l'ancsthésie culance et musculaire généralisée dans ses rapports avec le sommeil provoqué et avec les troubles du mouvement. Revue de médecine, 1891, p. 38g, et Bulletin médical, 22 février i8(j3.
378 Ar.nntMs mentalx des uystéukh es
peut aussi luire naitie tlans l'espiit un des phénomènes ijui sont assoeiés avec le groupe des faits (jui constituent le sonuiainhulisnie, appeler un malade du nom (ju'on lui a donné pendant un somnambulisme précédent, lui montrer un des ol)|ets auipiel il rêve pendant son somnambulisme, provoquei' une sensation qui, comme un signal, un point de repère, éveille les pensées du somnambulisme et plus ou moins rapidement cet état second va se développer et Taire disparaître la conscience normale. On voit de même le somnambulisme se développer fréquemment à la suite des rêves, des idées fixes subconscientes ou des attaijues. Ces faits montrent donc encore l'existence de deux séries de phénomènes dans 1 esprit dont l'alteiiiance produit le somnambulisme et la veille.
Jusqu à présent nous n avons considéré (pie la loiine extérieure du somnambulisme, les lois générales qui règlent les sensations et les souvenirs. Il faut aussi tenir compte de contenu du somnanibulisme, des actes et des paroles du sujet, ici nons ne crovons pas pouvoir exprimer une règle générale, l'attitude, la conduite des sujets, sont des choses éminemment variables, il faut se garder de prendre une allure propre à un sujet pour une loi générale. Un hypnotiseur n'a-t-il pas déclaré que les sujets mis en somnambulisme le tutovaient toujours et que le fait de dire « tu » à un hvpnotiseur était une marque de la réalité du somnambulisme !
Pour nous convaincre de cette diversité des somnambules nous demandons la permission de rapjxder quel(|ues descriptions. Grâce à nos recherches et à 1 oblitreance de nos amis, nous avons pu voir une collection assez variée de tvpes somnambuliques dont 'quelques-uns étaient fort curieux. Voici d'abord la somnambule médecin, M"" Eugénie, que JNI. Ch. Richet a eu l'obligeance de nous faire connaître. Nous allons à la campagne dans une petite maison aux environs de l'aris, où nous trouvons M"*" Eugénie, une jolie jeune fille de 22 ans, très occu[)ée aux humbles fonctions du ménage. Elle est partie toute la journée donner des consultations dans un cabinet en renom, assistée d'un docteur qui signe ses ordonnances. Elle vient à peine de rentrer, elle est très fatiguée, mais ne se souvient pas de ce qu'elle a pu faire pendant la journée ; elle a complètement perdu la mémoire de tout ce qui s'est passé depuis ce matin, mais cela ne l'inquiète guère, car elle est pressée de préparer la soupe pour ses vieux
LES SOMNAMBULISMES 379
prrents. Nous obtenons qu'elle consente à se laisser endormir encore un instant. Aussitôt dans l'état somnambulique, tout se transfornne ; la tête redressée, la parole cassante, elle a tout à lait le lanfifajTe de I omplai : u Fi<rur<'z-voiis, inmi cher monsieur, 3l consultali<»ns aujourd'hui... Ft des cas très intéressants... J'avais bien dit (|ne cette damo était enceinte de deux jumeaux et son docteur ne voulait pas le croire... tous ces médecins sont des ânes. »
Voici maintenant la somnambule des anciens â<Tes qui nous montre le souvenir tlu vieux magnétisme de Deleuzeet de Dupotet. C'est une dame âgée ii qui M. (iibert a eu l'obligeance de nous présenter; elle a eu autrefois des accidents hystériques dans sa jeunesse et a été traitée par le magnétisme. L'hvstérie et le somnambulisme ont semble disparaître pendant longtemps, mais, à l'occasion de la ménopause, quelques accidents nerveux réapparaissent et avec eux la disposition au somnambulisme. M"'" I*... nous permet de l'endormir. Quelle gravité et quelle dignité dans son somnambulisme ! Elle est immobile, les yeux levés au ciel, elle parle toujours d'elle-même et de nous aussi h la troisième personne, au lieu de dire: « je vous aime bien » M"* P... dit: « F^lle l'aime bien, il a de bons sentiments ». Elle obéit aux suggestions de mouvement, mais non aux suggestions d'hallucinations. « Il est maître de son corps, non de son âme. » C'est une dignité sacerdotale.
11 ne faut pas oublier le somnambule scientifique : nous avions rencontré dans le service de Powilewicz un homme hystérique qui avait traîné dans divers hôpitaux de Paris et qui était venu échouer au Havre. Nous 1 avions endormi et nous examinions un peu trop longuement peut-être une contracture qui s'était développée pendant l'état somnambulique. S... parut impatienté et murmura entre ses dents: « Ces élèves de province, ils ne savent même pas qu'on enlève une contracture en frappant les muscles antagonistes... Monsieur, voulez-vous que je vous donne des leçons sur la paralysie hystérique? — Merci, mon ami. »
Il est bien clair que, dans ces cas et dans bien d'autres, les circonstances environnantes, les paroles des personnes présentes, plus sans doute que les suggestions proprement dites, ont formé peu à peu une véritable éducation du somnambule. La suggestion ne crée pas plus le somnambulisme que l'anesthésie, mais elle peut le tiaiisformer et modifier son aspect extérieur. « La préparation morale est tout en pareil cas, disait déjà Briquet : si on
:m ACCIDENTS MKMAl \ OKS IlVSTl' KIOUES
les prépare aux ciuivulsions, les soniiiainl)ules ont des convulsions ; si on les prépare aux extases, elles ont des extases et, maintenant qu'il est d'usage de produire le soninanibulisnic, les magnétisés convenablement disposés n Oui (jiie le somnambulisme'. » M. llack. Tuke, en i88i-, expliquait bien des laits de la même manière, la plupart des auteurs modernes ont exprimé la même opinion.
Cette éducation ne l'ait que développer et modeler un phénomène psychologique qui existait déjii chez les malades. Nous crovons que l'on peut encore, non pas expliquer, mais résumer un grand nombre de faits par cette formule que nous proposions autrefois : « Si on laisse de côté, comme cela est naturel, les somnolences, les sommeils légers, etc., produits par la fatigue ou pai- l'ennui, dans lesquels on peut rencontrer de la suggestibilité comme pendant la veille, mais qui n'ont que peu de rapports avec l'état somnambulique, le somnambulisme est avant tout un état anormal pendant lequel se développe une nouvelle forme d'existence psychologique avec des sensations, des images, des souvenirs qui lui sont propres, capable dans certain cas de persister au second plan après le réveil et de se continuer sous la première existence la plus ordinaire'. » Le dédoublement de la personnalité, si manifeste dans certaines grandes observations de double existence, existe en réalité dans le plus simple des somnambulismes.
, § 5. — Rapi'outs du somnamblusme avec les autres
puénomènes de lhystérie. * ^
Le somnambulisme n'est pas seulement intéressant en luimême, il se rattache si intimement à tous les autres symptômes de l'hystérie qu'il permet de les mieux comprendre.
Si on considère le somn;imbulisnie proprement dit, il est facile de remar(|uer qu'il se produit presque toujours chez des sujets présentant déjii tout un ensemble de symptômes ap[)arlenant ii l'hystérie. Les magnétiseurs fjui connaissaient bien le somnam-