I. ïabaraiid, op. cit.. p
a. Annales médico-psycholoijiques, 1892, II, p. i43.
durer qu'elle est folle. Cependant elle est en plein délire ; depuis sa dernière attaque, elle rêve continuellement que sa mère du haut du ciel l'invite à venir la rejoindre et lui commande de mourir de faim le plus \M possible, et c'est uniquement ce délire qui provoque le vomissement. Mais ce délire est séparé de la conscience normale ; il est subconscient, ignoré par les assistants et par le sujet lui-même. « Les hystériques, disent MM. Breuer et Freud, st)nt raisonnables dans leur état éveillé et aliénées dans leur état hvpnoïde'. » C'est cette séparation nette des |)hénomènes psvchologiques que l'on peut exprimer d'une manière schématique en disant que, dans l'hystérie, il y a formation de deux personnalités indépendantes ; la désagrégation prend la forme de dédoublement de la personnalité.
Il en est tout autrement chez les psychasthéniques, la désagrégation mentale ne s'est pas faite de la même manière : il semble que la personnalité ne se soit pas résignée aux sacrifices nécessaires et qu'elle n'abandonne qu'en partie les phénomènes à leur développement automatique. Il n'y a plus d'anesthésie et et d'amnésie bien nettes, elles sont toujours incomplètes et prennent la forme d'une distraction et d'un doute continuel. Au lieu de passer d'une idée à une autre avec une facilité extrême, en oubliant totalement l'idée précédente, le psychasthénique reste toujours indécis entre les différentes idées. Les délires, malheureusement pour le malade, ne restent pas subconscients, ils envahissent à chaque instant la conscience, se mêlent avec les autres pensées et produisent un trouble général de la pensée beaucoup plus considérable. Aussi cette malade, qui vient se plaindre en gémissant parce qu'elle pense malgré elle à tromper son mari et qu'elle est obsédée par cette idée continuelle, nous paraît beaucoup plus folle que l'hystérique qui vomit. Le sujet luimême se sent beaucoup plus malade et n'a jamais la belle indifférence des hystériques. Quelquefois, quoique plus rarement, la désagrégation va chez ce malade jusqu'à la formation de personnalités différentes, mais elles ne sont jamais indépendantes comme chez l'hystérique. Le malade sent ce développement d'une autre personnalité en lui-même, et il parle sans cesse de possession, tandis que l'hystérique la plus dédoublée, la plus possédée en réalité, ignore le plus souvent cette division de son esprit.