‹ L'état mental des hystériquesChapitre 20 sur 290 · Aulomalisiiic psychologique, p. l\'.i!i · texte numérisé non relu

Aulomalisiiic psychologique, p. l\'.i!i

LES ANESTHflSIES ',;{

ment et du mouvcnifMit (tu de rii;illuciii;iti(»ii. On v |);ii\ienl fort bien quand nti dispose d un (■tat si)ninainl)idl(|uo ou aulrt-, dans lequel le sujet récupère pour un nioinent ses sensijjilitt's. j.a su<^geslion doit être laite dans cet état; plus tard, lassoeiation étant organisée, le pincement amènera I halluciuati<»n, m<*'me après le retour de l'anesthésie. Quand un état de ce genre ne peut pas être produit, cette suggestion est plus diflTicile ; ({uoiqu'elle puisse réussir encore, elle échoue souvent. C'est pourquoi il est très intéressant de se servir, jtour cette expérience, des associations anciennes déjà organisées tlans l'esprit du sujet avant la maladie. Or, il existe, comme la montré M. Binet ', une association naturelle et très fréquente entre certaines sensations tactiles et musculaires de nos membres et des images visuelles. Si on essaye de toucher un objet dans l'obscurité, on se convaincra que l'on n'a pas seulement dans l'esprit la sensation tactile, mais encore que l'on croit voir devant soi la forme cjue prend notre main et l'objet qu'elle tient. Or, cette association existe chez les hystériques comme chez nous; et on constate qu'elle se produit encore, même quand l'anesthésie leur a enlevé la perception personnelle des sensations tactiles. Quelques-unes savent, par exemple, les mouvements imprimés à leurs membres anesthésiques: « Je ne sens pas, mais je crois voir mon bras devant moi avec telle position. » Justine, anesthésique h droite, peut écrire, quoique assez mal, les yeux fermés: « Je vois, dit-elle, ma main qui écrit. » Limage visuelle est ici, comme dans les hallucinations précédentes, déterminée par l'association préétablie avec la sensation tactile. Mais pour que ce mécanisme fonctionne il faut bien que la sensation tactile soit réelle de quelque façon.

Enfin, les sensations se manifestent aussi par des soin'cnirs, et Ton peut se servir encore de cette nouvelle manifestation pour montrer l'existence des sensations sur les régions anesthésiques". Voici une expérience de ce genre effectuée sur Marguerite qui a perdu complètement toute sensibilité tactile et musculaire du côté droit ; elle est tellement anesthésique qu'elle est incapable d'effectuer aucun mouvement volontaire avec son bras droit quand elle ne le regarde pas. Pour étudier les sensations musculaires,

I. Binet, Sur les alléralioiis de la conscience chez les hvslénqucs. Reme philosophique, 1889, I, 163.

a. Aulomalisme psycholo(jique, p. agS.

U LES Sïir.MATKS MKNTAIX

M. Jean Charcdt. iii'tMiu' îles hôpitaux', a coiisliiiit un pclit appareil que l'ont peut employer ici. C'est surtout une longue tige suspendue à la Cardan et mobile dans tous les sens. Le sujet tient la tige par son milieu, comme il tiendrait un porte-plume, et a[)rès lui avoir détourné la tète, je prends celle même tige par la partie inférieure, et je suis, avec la pointe, un mol tracé sur le papier. La main du sujet, si elle était sensible, aurait senti tous les mouvements délicats nécessaires pour écrire ce mot; lappareil m'a permis de lui faire éprouver avec précision toutes ces petites sensations délicates et d'en conserver pour ainsi dire le graphique dans le mol que j'ai écrit. Mais Marguerite nous déclare qu'elle n a rien senti du tout. Nous savons ce que cela veut dire, elle n'a eu la perception personnelle de rien ; n'a-t-elle eu aucune sensation élémentaire ? Pour le vérifier, je mets un crayon dans la main droite complètement insensible, et je détourne la tête du sujet. On voit les doigts entourer le crayon, comme nous l'avons déjà remarqué, et la main écrire. Comment ce mouvement délicat peut-il se faire, tandis que tout à l'heure le sujet ne pou\ ait pas remuer sans regarder. Ce phénomène ne peut être étudié maintenant, il suffit de constater les résultats. La main a écrit le nom de Jean, et c'était ce même mot avec les mêmes formes de lettres que j'avais écrit moi-même. N'est-ce pas une bonne preuve de la persistance du souvenir, et ce souvenir lui-même ne montre-t-il pas rpie la sensation musculaire avait existé réellement?

Ce souvenir peut réapparaître autrement: il suffit (juelquefois de suggérer au sujet de se souvenir, de le forcer à faire grande attention aux impressions qu'il a éprouvées pour qu'il retrouve quelquefois le souvenir de ces sensations qu'il n'avait pas éprouvées consciemment. C'est un des points que M. Onanoff, dont nous regrettons la mort si cruelle, avait bien mis en lumière dans un travail « sur la perception inconsciente- ». Quand le souvenir ne peut pas réapparaître par ce procédé, ce qui est très fréquent, on peut endormir le sujet, le mettre dans un de ces étals où, comme je l'ai montré, l'anesthésie disparaît. I^e retour delà sensibilité amène le retour de la mémoire et non seulement le

t. .I.-H. Charcot, Sur un appareil destiné à évotiuor les images motrices graphirpies. Progrès médical, 1 8 juin 189:4, p. ^78.

2. OnanolT, La perception inconsciente. Archives de neurolorjie, 1890, p. S^S.

LES ANESTIIÉSIES iS

iujetsciil iictiii'lltiiiciit CI' (|iii fst mis dans sa iiiaiii, mais il se souviont do ce (jiii v a rtr mis j)cn(lant la veille :i un mnmeiil où il était en apparence aneslliésiquc. Il est inutile de continuer l'ériunu'i aliitn de ces expériences <[ne Ton priil vaiici' iiidclininient, mais (|ui se ramènent toujours ii l'un des trois types précédents. Concluons sur le premier point avec llei-zen : « Une idée ([ui disparait de la conscience ne cesse pas jiour cela d'exister, elle peut continuer ii agir ii l'étal latent et pour iiinsi dire s<»iis l'horizon de la conscience... dans cet état suhsconscfenl, elle peut avoir encore des elFets moteurs et influer sur d'autres idées'. »

Pour étudier maintenant la façon dunl le sujet laisse de côté ces sensations parlaitement réelles, il laut laiie quelques remarques sur le développement de l'hystérie. Cette maladie n'est pas toujours la même à tous les moments, ni ;i tous les âges, et l'hystérie d'une petite fille de i-a ans nest pas celle d'une l'enuiie de /jo ans. Je crois que l'on peut distinguei' trois formes de la maladie dont la distinction se manifestera de plus en plus dans cet ouvrage : i" Vliystérie en lornidlion; 2" Ylivslcrie en ei'olution; 3" \ hystérie constituée.

i" Pour étudier l'hystérie en formation, je me suis attaché cette année surtout, dans le service de M. Charcot, ii étudier les malades très jeunes qui commencent leur maladie. J ai observé sur elles bien des troubles mentaux qui seront exposés successivement, il ne s'agit ici que île la sensation. Les malades, au début, n'ont pas d'anesthésic, cela a été remarqué j)ar tous les auteurs^ Il est toujours assez facile, en attirant leur attention successivement sur chacun de leur sens, de leur laii-e éprouver consciemment toutes les sensations. Mais on constate une indifférence et une distraction remarquables pour les phénomènes de sensibilité. Elles ne distinguent (jue les impressions lortes, bizarres ou très agréables, comme si ces impressions produisaient une sensation d une nuance particulière, inattendue, qui attire l'attention. Quelquefois elles sendjient au piemier abord insensibles, puis s'aperçoivent de ce qu'on leur fait, si on renouvelle l'impression et si on insiste sur l'interrogation. Elles ont surtout de la peine à distinguer deux sensations simultanées, et si on

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