UN TROUBLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION HINOCULAIRE
conditions, l'accoMunoilation ;i la ilisUuife est très défectueuse et surtout tiès instable. Le malade rliangc sans cesse de lunettes, espéiant voir mieux avec des verres dill'érenls; on ofTet, elle voit mieux un instant, mais tout devient trouble immédiatement, car l'accommodation ne se maintient pas. Cette instabilité dans la vision de près ne peut s'expliquer complètement par l'hypermétropie movenne, augmentée de presbytie dont est atteinte cette malade. Enfin, elle n'a pendant cette vision binoculaire aucune amplitude d'accommodation ; dès que Ton avance ou que l'on recule l'objet, il cesse d'être vu. Au contraire, si pour un moment on isole l'o-il droit de l'o'il gauche, en le plaçant dans les conditions de la vision monoculaire, en le faisant regarder à travers un tube, par exemple, cet «'il se fixe et regarde une position sans bouger, la pupille reste immobile pour une lumière donnée et enfin, comme le vérifiait encore dernièrement M. Valude, l'accommodation bien meilleure augmente beaucoup d'amplitude. Les choses se passent, en un mot, comme si les troubles do l'œil oauche réagissaient sur l'œil droit dans la vision binoculaire, tandis qu'ils ne réagissent pas sur lui dans la vision monoculaire ; cette réaction fâcheuse est d'ordinaire presque constante parce que le sujet cherche constamment à exercer la vision binoculaire.
Quant à la forme particulière que prend le trouble de la vision il n'est pas facile de l'expliquer entièrement. Le nuage est dû probablement au défaut d'accommodation, son caractère mouvant dépend peut-être de cette instabilité de la fixation et de l'accommodation. Comment expliquer ces points brillants qui font penser ii des phosphènes lumineux? Je lisais dans le travail très intéressant de M. Louis Dor sur le surmenage visuel que des spasmes des muscles extrinsèques pouvaient comprimer assez fortement le globe oculaire pour faire naître des phosphènes. Si le fait était admis par les oculistes, on pourrait supposer ici des spasmes de ce genre survenant dans la vision binoculaire et ne survenant pas dans l'autre. Peut-on penser également que le nerf optique gauche irrité par la cicatrice donne naissance à un fourmillement lumineux qui devient conscient dans la vision binoculaire et qui reste inconscient dans l'autre : il est difRcile de conclure. Ce nuage vient toujours du côté gauche, il recouvre la partie du champ visuel qui d'ordinaire participe le plus à la vision binoculaire. Il est probable que cette partie du champ visuel Janet. — Hvstérie. 3i
est la plus associée avec les sensations de l'cvil gauche et en ressent plus vite le contre-coup. Il est impossible de prétendre interpréter avec précision tous les détails.
Quelques essais thérapeutiques peuvent apporter une vérification intéressante à ces hypothèses sur la pathogénie. Nous avons fait faire à M'"* Z... une paire de lunettes bi/.anes. Sur le cerch^ de la monture de l'œil droit était enchâssé un petit tube métallique aussi large que l'orbite et d'une hauteur de .5 centimètres. Au travers de ce tube la malade retrouvait facilement la vision distincte ; aussi peu à peu nous avons pu réduire la hauteur du tube qui est devenue inutile dans la partie externe et qui n'a plus dans la partie interne qu'une hauteur de i centimère et demi. Ainsi réduit, ce tube n'entraînerait pas nécessairement la vision monoculaire, mais il devient comme un excitant, une condition favorable pour reprendre cette vision qui s'exerçait déjà dans le tube d'une lorgnette ou dans l'acte de la visée. Ce tube très court ou plutôt ce petit écran placé dans l'angle interne de l'œil suffît actuellement non seulement pour que la malade puisse se conduire très correctement, mais pour qu'elle puisse lire facilement pendant plus d'une heure. 11 est vrai que la lecture dans ces conditions détermine une grande fatigue. Au bout d'un certain temps l'œ'il gauche ne reste plus tranquille, « il voudrait voir lui aussi, dit M"' Z..., je le sens qui travaille, il fait des efforts pour voir que je ne puis pas empêcher, il se remue pour voir en dessous comme un lapin dans son terrier », et alors il ne tarde pas à agir sur le droit et le nuage brillant revient par intervalle. C'est-à-dire que cette vision monoculaire non habituelle devient pénible et que ce petit écran de i centimètre n'est plus suffisant pour la maintenir ; la malade tend à revenir au mode de vision habituel qui est impossible chez elle et qui ramène les troubles.
Nous espérons que peu à peu malgré l'âge de la malade et malgré ses antécédents névropathiques, l'habitude de la vision monoculaire se développera et qu'elle pourra s'effectuer même en l'absence de tout appareil spécial. La thérapeutique des troubles nerveux consiste bien souvent, comme on l'a dit, dans une rééducation, mais encore est-il nécessaire de déterminer exactement par l'analyse psychologique le point sur lequel doit porter cette rééducation.
Cette observation nous paraît intéressante pour ajouter un détail aux études si curieuses relatives à la vision binoculaire.