‹ L'état mental des hystériquesChapitre 201 sur 290 · UN TROUBLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION BINOCULAIRE · texte numérisé non relu

UN TROUBLE DE LA VISION PAR ASSOCIATION BINOCULAIRE

font une de ces actions dans lesquelles nous sommes habitués à faire fonctionner un o'il isolé. En un mot, quoicjue cela semble paradoxal, les observalions précédentes me conduisent à supposer qu'un borj^ne peut conserver le nu-cîmisme cérébial de la vision binoculaire quand il lit avec attention, ce que I on peut vérifier d'ailleurs en observant les mouvements de convergcjice conservés par son œil aveugle ou son moignon et qu'il n'adopte le mécanisme cérébi'al de la vision monoculaire qu'en visant avec un pistolet ou en regardant au microscope. D'ordinaire, la conservation de cette association des deux yeux ne le gêne guère, soit parce (juo l'iril aveugle suit très bien I<>s mouvements de l'œil sain, soit parce (|ue le sujet s inquiète peu des mouvements incorrects de l'u-il aveugle. Peu à peu, dans ce dernier cas surtout, le borgne j)erdra l'habitude de cette vision binoculaire inutile, mais s'il est âgé et surtout s'il est névropathe il aura beaucoup de peine à renoncer à cette habitude.

Si nous appliquons à notre cas cette supposition, il est vraisemblable que M""' /..., jualgré la section de son nerf optique gauche, cherche encore toutes les fois qu'elle est bien réveillée, qu'elle fait attention, qu elle veut suivre une ligne à exercer la vision binoculaire. Elle essaie encore de faire converger ses deux yeux, de les accommoder l'un et l'autre de la même manière et elle ne se borne pas à faire le travail de la fixation et de l'accommodation avec l'œil droit seul.

De quoi dépendrait cette sorte d'entêtement à exercer la vision binoculaire malgré la perte d'un œil? On pourrait dire d'abord qu'il y a là une de ces idées fixes, ou, si l'on préfère, un de ces états psychologiques devenus fixes, tels qu'on les observe perpétuellement chez les hystériques. Depuis son hémorragie rétinienne survenue il y a plus de deux ans, M'"* Z... a la préoccupation constante de son œil gauche : elle a eu de si fortes émotions a propos de cet a'il, elle a si souvent essayé de voir avec l'œil gauche, puis elle a suivi avec tant de terreur les progrès de sa cécité croissante, elle a tellement soulfert quand il était traversé par les éclairs, puis quand il a été opéré, qu'il lui est impossible de l'oublier. Sans revenir ici sur l'étude de ce mécanisme, je rappelle que l'émotion rend suggestible, quelle fixe dans l'esprit et transforme en phénomènes automatiques les phénomènes mentaux qui ont coïncidé avec elle. M™* Z... a gardé fixes dans l'esprit les sensations relatives à l'œil gauche. Un an

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après Topération, elle soutient encore (|u'elle voit la lumière par cet œil crauche : elle en est si préoccupée que pai- moments elle croit voir cet omI devant elle et elle en reconnaît par une sorte dh'allucination la forme et la couleur. Bien entendu, la vision rappelle plus que toute autre opération psychologique les sensations et les images relatives h l'œil gauche et cette personne moins (|ue tout autre borgne ne peut plus voir sans penser ;t son o-il • •auche, sans le mettre en jeu et sans essayer par conséquent la vision binoculaire. Comme il arrive chez des hystériques, les ellorts de la volonté ou de l'attention, les émotions, les excitations quelconques qui ne peuvent aboutir complètement déterminent des dérivations et ramènent plus violemment l'état automatique. Enffn on peut ajouter que M""' Z..., âgée et névropathe, est moins capable que tout autre de changer ses habitudes visuelles ; l'épuisement de ses centres visuels déterminé par tous les accidents précédents se manifeste ici par le défaut d adaptation à une situation nouvelle, et c'est là une raison de plus pour que la malade persévère dans la recherche de la vision binoculaire.

Eh bien, cette vision binoculaire est précisément devenue impossible. Non seulement l'œil gauche est aveugle, mais ses mouvements mêmes ne peuvent pas s'exécuter comme ceux de l'œil droit. On a vu que l'opération l'a laissé en état de strabisme divergent ; on a noté aussi que sa pupille peu mobile ne présente pas correctement le réflexe consensuel. 11 est bien probable que cet œil présente des modifications du même genre du côté du cristallin. Enfin, on peut admettre que tous les nerfs sensitifs de l'œil et de l'orbite étant conservés, ce strabisme, cette accommodation incomplète de l'œil gauche sont sentis plus ou moins consciemment.

Je suis disposé à croire que c'est ce sentiment plus ou moins confus du défaut de convergence et du défaut d'accommodation de l'œ'il gauche qui, chez un sujet très névropathe et entêté à chercher -une vision binoculaire impossible, vient troubler la fixation et l'accommodation de l'œil droit.

On peut faire à ce propos quelques remarques intéressantes. Dans la vision dite binoculaire de M""" Z. . . , l'œil droit ne parvient pas à rester fixe, il oscille sans cesse; la pupille également, après avoir réagi à la lumière, ne garde pas le même degré de contraction, elle oscille et présente du hippus. De même dans ces

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