‹ L'état mental des hystériquesChapitre 22 sur 290 · I.ES ANESTHf.SIES · texte numérisé non relu

I.ES ANESTHf.SIES

variations des soiisalioiis luiak's, Iciiis lesseinljlauces el leurs didérences, les niillo inllucnces qui sont intervenues, pour comprendre les raisons de oes répartitions bizarres. Mille circonstances, en clFct, les exemples, certaines habitudes, les suggestions, les investigations médicales m^mes peuvent avoir la plus grande influence pour fixer ici ou l;i, la répartition de ranosthésie. Le phénomène de l'insensibilité dans son ensemble est loin de dépendre de la suggestion, mais sa localisation en dépend quelquefois.

Ce qui est surtout caractéristique, ce sont les faits dt-ja signalés de mobilité et de disparition partielle de l'anesthésie. Non seulement la sensation persiste inconsciemment, comme on la vu, mais elle peut monientanément redevenir consciente, soit par une excitation qui agrant^lit le champ de conscience, soit parce que l'attention est fortement dirigée de ce côté. Si on met des verres, des prismes, devant l'œil anesthésique, si on provocjue des sensations visuelles bizarres, inaccoutumées, on peut forcer le sujet il en avoir conscience. Enfin, les sensations de ces parties anestlîésiques peu\ent rentrer dans la conscience si, puni- une raison quelconcjue, elles sont très fortement associées à d autres sensations que le sujet sait encore percevoir. Forcez-les ii penser i» une imaffe visuelle ordinairement liée à une image tactile, dites à Marie qu'une chenille se promène sur son bras et voilii tout le bras qui redevient sensible. Le fait est surtout net dans ce cas vraiment curieux de l'amaurose unilatérale qui mérite bien l'intérêt qui lui a été attaché. Si je suis à la dioite de Marie et si je lui parle, les personnes qui s ap|)rochent à gauche ne sont pas vues, et elle reste vraiment amaurotique de son œil gauche même dans la vision binoculaire. Mais si je passe doucement à sa gauche en continuant à attirer son attention, elle continue ii me voir même de l'œil eauche. Les sensations visuelles commencées à droite ont attiré, si je |)uis ainsi dire, dans le champ de conscience les sensations de l'œil gauche. Une expérience de M. Pitres qu'il a répétée est très instructive sur ce point. « Pratiquons maintenant, dit-il, l'expérience de l'écran. .l'écris sur le tableau une ligne de lettres : une lame de carton est |)lacée verticalement devant le milieu du visage de la malade et celle-ci est assise en face du tableau. L'œil gauche fermé, elle lit sans hésitation les lettres placées à droite de l'écran. Les deux yeux ouverts, elle lit toutes les lettres aussi bien celles qui sont à gauche

Je l'écran (jiie celles qui sont à droite'. » Cette expérience réussit surtout bien. ;» mon avis, si les lettres écrites au tableau forment par leur ensemble un seul mot. Si petite que soit la force de perception pei'sonnelle de ces malades, si grande que soit leur habitude de négliger les sensations de l'o'il gauche, elles ne peuvent pourtant pas s'arrêter à la moitié dun mot, quand la sensation voisine qui est bien réelle dans leur esprit forme le mot complet. Les sensations de l'œil droit qui sont conservées au centre du petit champ de perception comme utiles et indispensables, amènent la perception des images fournies par To-il gauche, dès qu'il y a une raison quelconque pour les reprendre, comme l'image d'une chenille sur le bras amène le sens tactile du bras. Mais qu il n'y ait plus, dans le champ restreint de la perception, d'image évocatrice, que l'œil droit soit fermé, ou même que l'u'il droit regarde un objet disposé de manière a être vu tout entier par un seul œil, et les sensations fournies par l'œil gauche trop négligées par la perception ne sont pas reprises^. M. Parinaud avait donc raison de diie (pi'il y a un mécanisme spécial pour la vision binoculaire. Il y a des associations fonctionnelles, répondant probablement à des localisations anatoraiques, qui modifient l'anesthésie hystérique. Mais ces modifications ne sont possibles que parce que toutes ces anesthésies n'étaient que des formes complexes de la distraction.

3" Signalons seulement ici pour y revenir plus tard l'hystérie constituée. L'état mental de l'hystérique, bouleversé et très réduit par la maladie, s'est réorganisé définitivement sur un ty|)e particulier. Tout les symptômes ou seulement quelques-uns sont devenus immuables. Il y a des habitudes qui deviennent une seconde nature et qu'on ne change pas en quelques instants par les faibles moyens dont nous dis|)OSons. Les anesthésies sont alors régulières, elles ne disparaissent à peu près jamais et surtout elles ne se modifient plus par les efforts momentanés et faibles de l'attention. Chez ces malades, on ne [)ourra pas toujours répéter facilement les expériences précédentes. Elles pourront réussir si, autrefois, dans la période de mobilité, il s'est déjà produit

Page 1