Pitres, o[j. cit., I, p
2. L'étude de certains cas de diplopie hystérique, qui sera fait plus tard dans la seconde section de cet ouvrage, nous montrera peut-être un peu mieux comment se forme cette négligence des sensations fournies par un œil qui devient peu à peu l'amaurose unilatérale.
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des [)hénomènes analofrues, si les sensations tactiles du côté gauche ont déjii été associées :i des niouveriieiits ou ii des images. Si une association de ce genre n'existe pas, nous ne saurons pas la créer aujourd hui et ces aneslliésies paraîtiont (|uel(jueiois absolues.
Faudra-t-il dire que ces malades sont absolument diderents des autres, et que leur anesthésie est tlevenue analogue :i l'anesthésie organi(jue ? Peut-être, dans ceitains cas, les sensations (jui ne sont jamais |)erçues, qui cessent de plus en plus d'ôlre utilisées peuvent-elles disparaître complètement et donner lieii ii ces aneslhésies graves dont parle M. Onanoll"'. J'avous (jue je doute un peu de la réalité de celte supposition. Cette anesthésie ancienne a passé par les formes précédentes ; elle a conservé des caractères bien spécifiques, sa répartition intelligente, l'indiflerence complète avec laquelle le sujet la supporte, la conservation des réflexes, etc. Jaime mieux croire que, dans la pratique de la vie, cette anesthésie se comj)orte comme les précédentes, mais qu elle est seulement moins modifiable par nos procédés expérimentaux.
La conclusion restera donc la même malgré cette diflficulté, et la formule proposée semble avoir été justifiée dans ses deux parties principales : l'anesthésie hystérique ne semble pas être une maladie organique ; j'entends seulement par ce mot une maladie des terminaisons nerveuses, des nerfs ou des centres inférieurs; c'est une maladie mentale, une maladie psvchologique ; elle existe non dans les membres, ni dans la moelle, ni dans les centres basilaires, mais dans l'esprit. Il est bien entendu, une fois pour toutes, que le mot « esprit» représente les fonctions les plus élevées du cerveau et probablement les fonctions de l'écorce. C'est par respect pour la méthode scientifique que nous emj)Ioyons le mot « esprit » et (|ue nous ne voulons pas nous perznettre des spéculations métaphysiques sur les altérations inconnues des cellules cérébrales. Dans l'esprit lui-môme, cette maladie porte sur un phénomène tout particulier ; ce n'est que rarement une altération des sensations élémentaires, qui restent ce qu'elles doivent être et qui conservent toutes leurs propriétés. Elle porte sur une opération très spéciale, sur la perception personnelle qui nous permet à chaque moment de la vie de rattacher entre elles et de
I. Onanoff, Perceptions inconscientes. Archives de neurokxjif. 1890, p. ^77. Jaxet. — Hvstérie. 4
rattacher à la notion de la personnalité les sensations nouvelles. Elle est due à une faiblesse de cette synthèse des éléments psycholoo-iques que j ai appelés autrefois la désagrégation psycholofi(|ue. L'anesthésie hystéri(|ue est une maladie de la personna-
lité
^5. — Quelques anesthésies particulières.
En étudiant les caractères généraux de l'anesthésie hystérique, nous avons été obligé de passer sous silence (juelques détails importants relatifs à telle ou telle insensibilité particulière. 11 est impossible de les oublier entièrement, car quelques-uns d'entre eux sont devenus le point de départ de phénomènes fort embarrassants. Passons en revue les différents sens, en signalant à propos de chacun les remarques indispensables.
i" Analgésie. — L'insensibilité à la douleur apparaît de très bonne heure; elle est très fréquente et très profonde. Ce qui nous arrête, c'est quelle paraît à peu près complètement en contradiction avec les théories générales qui ont été présentées. Non seulement les malades alFirment qu'ils ne sentent aucune douleur quaïid on les pique, quand on les brûle, mais ils ne présentent même pas les manifestations ordinaires de la sensation subconsciente. Ils ne réagissent pas, n'ont pas de ces tressaillements que la douleur même subconsciente devrait provoquei'. Il est vrai que M. Binet a noté (juel(|iiefois de ces tressaillements pour une douleur que le sujet prétendait ne pas ressentir; il a vu aussi le sujet avoir une émotion désagréable, comme si la douleur physique se transformait en douleur morale'. Mais à mon avis, cela est bien vague et bien rare. \
Une observation recueillie par Jules Janet sur Witm. mcMitre bien (jue ces sensations subconscientes de la douleur jouent un très faible rôle. Witm., ayant les pieds absolument anesthésiques, les place dans un lit sur une boule d'eau trop chaude et le lendemain on. trouve à la plante des pieds des brûlures assez étendues. Cette observation semble montrer que la douleur n'avait pas existé même d'une manière subconsciente. Cette ma-
I. Bin(;t, Altérations de la conscience chez les liysli ricjucs, Reoue pliilosophique, i88ij, 1, p. 162.
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lade peut «Mre mise dans un état de somnanibiilisnie coin|)let, dans lequel elle retrouve non seulement toutes les sensations, mais encore, comme cela a été dit, le souvenir des sensations subconscientes de la veille. Dans cet état on lui demanda : « As-tu soulTert aux pieds pendant qu'ils brûlaient ? — Mais oui, dit-elle. — Alors pourquoi ne les as-tu pas retirés un pou? — Je ne sais pas. » Je suis disposé à croire (jue la malade retrouvant la sensibilité dans un état plus complet, se figurait avoir souH'ert. En tout cas, ce phénomène de soulTrance subconsciente a dû être minime, puisqu'il n'a pas pu provoquer un léger dé|)lacement des jambes, tandis (|ue de légères sensations tactiles, même subconscientes, amènent chez elle des mouvements complexes. Ce qui rend cette observation particulièrement curieuse, c'est (|ue Witm. peut présenter des exemples très nets de la |)ersistance, à 1 état subconscient, de toutes les autres sensations malo-ré 1 anesthésie. Toutes les expériences (|ue nous avons décrites sur le tact, le sens musculaire, la vue, l'ouïe, etc., ré|)étées sur cette malade, donnent des résultats indiscutables. La douleur semble échapper plus ou moins complètement à la règle générale; il faut savoir le reconnaître. Cette différence entre les sensations de douleur et les sensations tactiles, provoquées sur les parties anesthésiques, j'ai pu la mettre une fois en relief par une petite expérience assez bizarre. M. a une anesthésie très complète qui a même gagné les conjonctives oculaires. Je lui suggère pendant le somnambulisme: « Quand je te toucherai l'a'il, tu lèveras le bras droit. » Après le réveil, je lui promène sur la face un morceau de papier et, à un certain moment non prévu par elle, je fais entrer ce papier dans l'œil de cùté, sans dépasser la cornée pour qu il ne pût être visible. Aussitôt le bras droit se leva en l'air, mais la paupière ne se ferma pas.* Le mouvement suggéré en rapport avec la sensation tactile s'exécutait correctement, mais le mouvement réflexe en rapport avec la douleur ne se manifestait pas.
Il faut, en effet, remarquer ce phénomène important : tandis que la plupart des réflexes dépendant des sensations déterminées, du tact ou de la vue, par exemple, sont conservés, au contraire, la plupart des réflexes sensitifs dépendant de la douleui", sont souvent très diminués. Dans l'œil, les réflexes pupillaires sont conservés, le réflexe palpébral peut disparaître ; au pharynx, le réflexe de déglutition subsiste, mais non le réflexe nau-
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séeux ; le réflexe rotulien est conservé aux jambes anesthésiques, mais le réflexe du chatouillement de la |)lante des pieds est supprimé. Enfin, et surtout, les réflexes qui dépendent de la ("aligue des membres s atténuent jusqu'à dis{)arailre. Le bras anesthési(|ue placé en 1 air peut y rester longtemps, non seulement sans soulfrance apjiarente du sujet, mais même sans troubles respiratoires. En un mot, soit au point de vue des manifestations subconscientes, soit au point de vue des réflexes, la douleur ne se comporte pas comme les autres sensations'.
La conclusion est bien simple, c'est que la douleur n'est pas une sensation comme les autres. Les faits cliniques viennent confirmer une opinion très souvent soutenue parles philosophes. La douleur n'est pas un phénomène simple, isolable, pouvant exister seul, comme une sensation de tact ou de couleur, elle est un état de conscience déjà complexe, une sorte d'émotion. « Nous évaluons l'intensité d'une douleur, disait M. Bergson, à l'intérêt qu'une partie plus ou moins grande de l'organisme veut bien y prendre". » Et si, comme c'est le cas chez l'hvstérique, chaque j)hénomène reste presque isolé sans que l'organisme physique et moral veuille y prendre de l'intérêt, il n'y a pas d'émotion, pas de douleur proprement dite. L'analgésie se rattache donc à la concejjtion précédente du défaut de synthèses des éléments psychfdogiques : la douleur ne reste pas isolée comme les autres sensations, mais elle disparaît quand la synthèse disparaît.
2° Anesthésie organique. — Je donne ce nom à la perte de ces sensations vagues (|ui nous informent sans cesse de la présence et de la vie de nos organes. Certains malades non seulement ne sentent plus l'attouchement de leurs membres, mais perdent la notion de leur existence. « Il me semble, disent-ils, qu'on m'a amputé le bras à l'épaule. » Le cas le plus curieux que j'aie rencontré est celui de Corn. : elle avait conservé quelque sensibilité aux cuisses et au bout des pieds, mais ne sentait rien aux jambes. « .Je suis étrangement raccourcie, disait-elle, on m'a collé mes doigts de pied au bout des genoux. » Quehjuelois le
1. Même n'-flexioii dans un travail récent do Fr. W. Myers. Subliminal consciousness, Procee'Jirujs of Ihe society for psychical resrarch, 1892, p. 323.
2. Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, i88r), p. 2'^. Voir aussi Binet, Contribution à l'étude de la douleur chez les hystériques, Revue plùlosophique. 1889, II, p. 169.
F.ES ANESTHÉSIES 83
phénomène est j)lus conipliciué ; un iniihide dniit M. (Mi;iic(»l r;i[iporte l'observation se plaignait (jue son niemljre était à la lois « douloureux et absent' ». Une autre prenait son bras pour un membre étranger appartenant à une autre personne-. Des illusions variées se surajoult'iit à lanesthésie.
Cette anesthésie est lort rare : je n'en ai observé que deux exemples, et je n'ai pu constater si elle laisse subsister des sensations subconscientes. Quant aux conditions de sa production, j'ai fait une remarque analogue ii celle de M. Pitres '. Cette anesthésie ne dure pas longtemps ; elle dis[)araît sans cjue l'on observe d'autres modifications simultanées dans les autres sensibilités. Ainsi Corn, avait ordinairement son bras droit sensible : ii la suite de petites crises qui eurent lieu pendant la nuit, son bras droit devint subitement complètement anesthési(|ue et paralytique. Elle disait le lendemain matin avoir le bras coupé i» l'épaule. Au bout de (|uelques jours, elle perdit cette illusion et se rendit compte de l'existence de^son bras, quoique je ne pus voir aucune modification appréciable ni dans lanesthésie, ni dans la paralysie. Cette illusion, qui semble être l'inverse de l'illusion célèbre des amputés, se produirait donc, si je me permets de juger d'après ce cas, (juand il y a une modification troj) ra|>ide dans la sensibilité d'un membre et disparaîtrait par l'accoutumance, quand la personnalité s'est habituée à vivre avec ce membre anesthésique.
On sait que d'autres sensations organiques, celles de la faim, de la soif, du besoin d'uriner, etc., peuvent être absolument perdues. jNI. reste plusieurs jours sans rien manger ni rien boire et elle n en éprouve aucune incommodité ; elle se décide à manger et à boire par raison, car elle n'est pas anorexique, mais voici des années qu'elle n'a pas éprouvé le sentiment de la laim ou celui de la soif. Elle a également perdu la sensation de la défécation et de la miction. Son urètre et sa vessie surtout sont complètement insensibles. Quand on la sonde, on peut vider sa vessie ou la remplir de 200 grammes d'eau boriquée sans qu'elle distingue l'un de l'autre. Son anesthésie vésicale est si profonde qu'elle ne s'est pas aperçue d'une cystite développée à la suite
1. Ctiarcot, Maladies du système nerveux. III, pp. 876 et ^58.
2. William .lames, Proced. of the American soc. f. psych. research. I, p. 5^9-