VII. L ABAISSEMENT DE LA TENSION PSYCIIOLOGIQLE. CeS deUX
phénomènes de l'aboulie svstématique et de l'amnésie systématique sont loin d'être indépendants l'un de l'autre : d'abord, en fait, on voit qu'ils se développent presque simultanément, ou l'un à la suite de l'autre. Irène, dès le matin qui suit la mort de sa mère, n'est plus capable d'agir, elle n'est plus du tout adaptée à la situation : elle a encore un peu la mémoire des choses, mais c'est déjà une mémoire purement abstraite, qu'elle est incapable d'exprimer au dehors, et par conséquent d'utiliser. Les jours suivants, l'aboulie va en augmentant, mais, en même temps, les souvenirs sont de moins en moins réels, elle ne peut pas plus se les exprimer à elle-même qu'elle ne pouvait les exprimer à autrui et l'amnésie ne tarde pas à se constituer.
Cette relation entre l'amnésie et l'aboulie que nous constatons en fait peut d'ailleurs parfaitement se comprendre. Sans doute, il y a une certaine mémoire, la seule que l'on étudiait autrefois, qui est à peu près indépendante de l'action. C'est la mémoire abstraite, désintéressée, celle qui récite simplement pour réciter, sans utiliser présentement cette reproduction des événements. Mais cette mémoire là, nous venons justement de voir qu'elle est ^parfaitement conservée chez Irène et chez tous ces malades. Elle constitue précisément les crises : ce n'eçt pas elle qui est troublée dans les cas que nous étudions. A côté de cette mémoire, il y en a une autre qui est la vraie, c'est la mémoire engagée dans l'action présente, utilisée par elle, celle dont M. Berg-
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son ilisail jnsteiiu'iit. ace (jui oaractéiise riiominc dactioii, c'est la promptltiule avec laquelle il appelle au secours il une situation donnée tous les souvenirs qui s'y rapportent, mais c'est aussi la barrière infranchissable que rencontre en lui en se présentant au seuil de la conscience, les souvenirs inutiles ou indifférents'». Nous savons que c'est en rendant un souvenir actif qu'on le fait entrer dans le groupe des états qui constitue à ce moment la personnalité. Ce qui manque à Irène, c'est la conscience personnelle, actuelle des souvenirs, c'est à-dire tout justement cette mémoire qui est liée à l'action. Nous pouvons donc faire un pas de plus dans l'interprétation de ces singuliers états, en disant que la malade a perdu la faculté de faire les actes qui ont un rapport même lointain avec une certaine situation et que c'est là ce qui détermine la difficulté qu'elle rencontre dans l'évocation consciente des souvenirs relatifs à cette même situation.
Dans une étude récente, j'ai essayé de grouper tous les faits qui ont rapport à cette insulEsance de l'action présente. En examinant chez un très grand nombre de malade l'ordre de fréquence et de rapidité avec lequel se perdent les fonctions psychologiques, j'ai pu mettre en évidence cette notion que les phénomènes psychologiques se disposent en une hiérarchie de difficulté et de complexité croissante suivant qu'ils ont un rapport de plus en plus étroit avec la réalité donnée dans le présent. Il se peut que cette série d'opérations correspondent à des organes, à des centres hiérarchiquement superposés et de plus en plus difficiles à mettre en fonction ; il se peut aussi que cette gradation de fonctions dépende d'une modification dans la tension du courant qui doit circuler dans le système nerveux central. Beaucoup de ces études ont mis en évidence ce fait remarquable que la perfection d'un fait psychologique semble dépendre de • l'état général de tout le système nerveux comme si toute la force du courant nerveux jouait un rôle dans chacun de ces faits.
Quoi qu'il en soit, au plus haut degré de la hiérarchie se trouve l'action présente, l'attention présente, la jouissance du présent, au-dessous l'action et la pensée désintéressée, sans préoccupation exacte de la réalité donnée et présente, puis le jeu des images, la mémoire inutilisée du passé, la représentation