L'AMNÉSIE ET LA DISSOCLVTION DES SOUVENIRS PAR L KMOTION
nous vovons disparaître les phénomènes de dérivation ««t de su^gcîstioii (jui n'ont |)lus lieu de se produire puisque les activit«''S supéri(nir«'s fonctionnent et que le champ de la conscience n'est plus aussi rétréci.
Conclusion. — Vouv résumer cette curieuse observation nous pouvons dire que nous avons assisté a une modification remarquable de tout l'esprit sous l'influence d'une émotion. En présence des discussions actuelles sur. le caractère de l'émotion, il était intéressant de constater ces changements et leur évolution. Une théorie qui a longtemps régné admettait comme phénomène essentiel d«' l'émotion des troubles viscéraux ; ceux-ci ont existé probablement au début, ils n'ont pas été bien considérables et ils n'ont pas duré longtemps. A côté d'eux nous voyons beaucoup d'autres phénomènes d'agitation musculaire et mentale, les convulsions et les délires. Mais ce qui a été le principal, ce qui domine toutes ces agitations, c'est l'abaissement du niveau mental, la diminution de toutes les opérations supérieures de volonté, d'attention, d'assimilation personnelle. L'émotion déprimante s est comportée ici, et je suis disposé à croire que c'est la règle générale, comme un épuisement, une fatigue. Elle rentre dans la classe générale de tous ces phénomènes semi-normaux, semi-pathologiques qui comprennent les fatigues, les sommeils, les intoxications, les névroses qui sont toujours caractérisés par l'abaissement des fonctions supérieures d'adaptation et par une exagération due à la dérivation des fonctions inférieures plus on moins automatiques.
Pour comprendre l'émotion, il faut se placer au point de vue de la psychologie objective et voir l'individu du dehors en même temps que le groupe des circonstances dans lequel il est placé, au lieu de donner toute son attention aux sentiments plus ou ' moins incomplelts que l'on éprouve soi-même quand on est ému. Les phénomènes de l'émotion se produisent quand un être vivant et conscient est exposé brusquement à une modification du milieu physique et surtout du milieu social dans lequel il est plongé, quand il n'est pas préparé j)ar une éducation antérieure à s'y adapter automatiquement et quand il n'a pas soit la force vitale nécessaire, soit le temps sulfisant pour s'y adapter lui-même au moment présent. Il y a alors une dépense nerveuse incoordonnée, inutile, qui a tous les caractères de l'épuisement et qui
5W KTIDES SIR UIVLRS SYMI'TOMLIS 11\ S IIIUOI ES
se retrouve exactement la luôiue dans les autres phénomènes d épuisement, les ratii;ues, les sommeils, les intoxications. I/éuKition ne se distingue de ces autres faits (|iie par la brusquerie ilu phénomène et par les circonstances extérieures qui le déterminent '.
Depuis longtemps j'essaie de rattacher ces diverses études sur rémotion aux notions que l'examen des malades nous révèlent sur les oscillations du niveau mental. Peut-être pourra-t-on tirer quelque jour de ces recherches une théorie de l'émotion plus compréhensive que celles (jui sont enseignées aujourd'hui. 11 nous sulllt de signaler ici de quelle manière cette conception de 1 émotion résume notre observation de troubles curieux de la mémoire avec hypermnésie et amnésie déterminées chez une jeune fille par la mort de sa mère.
1. Rapport sur los caractères psychologiques des émotions présenté à la Société de neurologie et à la Société de psychiative le g décembre 1909, Revue neurologique 1909, p. i55i.
CIIAPITRK VII UNE FELIDA ARTIFICIELLE'
Il me semble utile de publier complètemenl une des observations médicales les plus curieuses que j'aie eu l'occasion de recueillir et à laquelle j'ai déjà fait allusion bien souvent dans plusieurs de mes ouvrages'. Cette observation à'anore.rie Iirstcriqne prolongée pendanl plus de dLi-sept ans et de modifications de la personnalité, a été prise d'une manière assez complète, car le sujet a été observé par mon frère d'abord pendant deux ans, puis par moi-même pendant treize années consécutives, presque depuis le début de la maladie jusqu'à la mort du sujet. Pendant cette longue période de temps, les phénomènes observés ont été très remarquables au point de vue psychologique et au point de vue physiologique et, même s'ils ne sont pas tous aisés à interpréter aujourd'hui, ils méritent d'être publiés au moins à titre de document. Le sujet de cette observation est une femme que nous avons connue quand elle était âgée de vingt et un ans et que j'ai suivie jusqu'à sa mort, à làge de trente-cinq ans. Je dois lui conserver le nom de Marceline qui lui a déjà été donné dans plusieurs études, en avertissant que cette malade ne doit pas être confondue avec la Marcelle à laquelle j'ai consacré ici même un article en iîSqS. Un premier paragraphe résumera l'histoire du sujet et l'évolution de sa maladie, ce qui me permettra dans les
1. Etude publiée par la Revue philosophique, 1909, I, p. 3j().
2. J'ai déjà signalé cette malade dans mes divers ouvrages tantôt sous le nom de M., tantôt sous le nom de Marceline. Voici les principaux passages où l'on trouverait des descriptions détaillées de certains symptômes qu'elle a présentés : L'automatisme psychologique. 1889, p. 291 ; Les stigmates mentaux des hystériques, iSyS.p. 61-67, P- l^^l^' P- 176-185, p. 191 ; Les accidents mentaux des hystériques, 189^, p. 112, p. 192, p. 201, p. 2io-ai3, p. 227 ; Névroses et idées Jixes. 1898, I. Chapitre VI sur un cas d'allochirie, p. 284-262. p. 3o6, et p. /j28-/t36 ; The major symptoms oj'hysteria, 1907, p. 86-92, p. 2^3 ; Les névroses, 1909, p. a66.
Ja.net. — Hvstérie. 35
parufifraphes suivants do revenir sur certains j)oints j)ai'lieulièrenient intéressants.