U LE TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE DE L'HYSTÉRIE
mer un tout original'. Un groupe considérable d'observations et d'expériences mettent en évidence cette diminution de la synthèse mentale.
Les plus importantes de ces observations ont rapport aux anesthésies des hystériques. La suppression plus ou moins complète de certaines sensations, et bien souvent des images et des mouvements qui en dépendent, manifeste une véritable diminution de la pensée. Les malades sont loin de compenser par un développement plus grand des autres sensations, ou, si l'on veut, par une activité plus grande des autres sens, le vide causé par celles qui ont été perdues ou par l'engourdissement de certains centres. Il est facile de constater le rapport qui existe entre la disposition aux idées fixes, la suggestibilité et l'existence de ces anesthésies.
D. — La désagrégation de l'esprit.
Cette maladie de l'esprit, qui est d'ailleurs très banale, se rencontre dans une foule d états pathologiques différents, mais elle prend chez l'hystérique une forme particulière. La synthèse étant trop faible, certaines catégories de sensations, d'images ou d'idées sont laissées de coté d'une manière plus ou moins définitive et cessent d'être rattachées à la conscience personnelle.
Il y a dans l'esprit de l'hystérique une tendance à la division, il l'autonomie mentale, si on peut appliquer ici cette expression. C est pourquoi le dédoublement de l'esprit qui a tant surpris dans certains cas de somnambulisme naturel, loin d'être une exception, est la loi générale de l'hystérie et il se manifeste, non seulement dans les somnanibulismes, les attaques, les idées fixes subconscientes, mais encore dans les stigmates, les amnésies, les anesthésies. Sans doute les stigmates ne sont pas sans rapports avec les idées fixes : l'amnésie, l'anesthésie qui manifestent le rétrécissement du champ de conscience, augmentent beaucoup quand l'idée obsédante se développe. D'une part, parce que cette idée prend pour elle une partie considérable pour l'attention disponible, de l'autre parce que cette idée détermine des émotions
I. Cf. Étude sur un cas d'aboulie et d'idées fixes. Revue philosophique, 189 1, I, p. 389, Névroses et idées fixes, 1898, I, p. i.
LA FAIBLESSE DE SYNTHÈSE MENTALE 0:tô
dont le caractère est de dissocier l'esprit. Miiis il n'en est pas moins vrai que les stigmates dépendent surtout de cette faiblesse de synthèse mentale qui était de beaucoup antérieure et qui était également la condition des idées fixes.
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Cette faiblesse mentale est évidente. De quoi dépend-elle ? Evidemment d'une certaine insuffisance des fonctions cérébrales qu'il est actuellement difficile de préciser. Il semble que la quantité d'activité cérébrale disponible ait été restreinte et que le sujet ne soit plus capable de mettre simultanément en exercice toute la surface corticale, mais seulement une petite partie à un moment, puis une autre petite partie au moment suivant. Si l'on envisage la mobilité des phénomènes hvstériques, leur remplacement facile par des phénomènes équivalents, la persistance presque générale à l'état subconscient des phénomènes en apparence supprimés, la dissociation qui se manifeste dans les somnambulismes et les écritures automatiques, on arrivera, à mon avis, à une supposition qui doit être, bien entendu, exprimée avec toutes réserves. C'est que la lésion, l'engourdissement si l'on veut, porte non exclusivement sans doute, mais d'une façon prédominante sur les régions de i'écorce qui ont pour rôle de synthétiser, d'associer les divers phénomènes psychologiques. Ce n'est que secondairement que l'engourdissement porte sur les centres sensoriels qui sont d'abord dissociés et continuent à fonctionner isolément, puis dont le fonctionnement se pervertit et s'altère par son isolement même.
A quoi faut-il rattacher cette insuffisance cérébrale elle-même ? A une malformation congénitale et héréditaire des circonvolutions cérébrales, cela est quehjuefois très vraisemblable. Certains malades sont évidemment des infirmes mentaux qui n'ont pas perdu certaines facultés élémentaires et brillantes, la mémoire, l'association et l'imagination automatiques, mais qui sont presque dépourvus de volonté, de synthèse mentale. Leur cerveau est suffisant dans l'enfance, dans la vie simple, régulière et facile; mais dans la jeunesse, quand commencent à se poser les problèmes de la vie matérielle et morale, les soucis d'avenir, les préoccupations de l'amour, l'insuffisance de l'organe cérébral éclate. Ces petits
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prodiges deviennent tristes, fatigués, incapables d'attonlion, ils ne peuvent plus rien apprendre de nouveau et ils se laissent aller à d'interminables rêveries. Plus tard une émotion, un choc quelconque, va semer l'idée fixe et l'hystérie sera complète.
Il est certain aussi que dans certains cas, des intoxications, des maladies accidentelles, surtout des maladies infectieuses comme la fièvre typhoïde, peuvent déterminer cette altération cérébrale chez des individus j)rimitivement bien doués. Lesrecherches futures démontrercuit quelle altération histologique ou chimique, quel trouble de circulation ou de nutrition détermine cette insuffisance mentale, et ces recherches, loin d'être opposées aux études psychologiques, ne feront que les continuer.
En résumé deux conditions paraissent jouer un grand rùlc dans la pathogénie des accidents hystériques : i" un état émotif précis et permanent qui localise les phénomènes d'une manière particulière suivant les lois de l'émotion et de la suggestion; 2" une prédisposition mentale originelle ou acquise à la diminution de la synthèse et à la désagrégation de l'esprit, ou, si l'on préfère ces expressions, une disposition à l'engourdissement des centres d'association, une tendance au fonctionnement indépendant et par suite à l'arrêt de fonctionnement des centres sensoriels.
Il est probable que ces deux conditions interviennent presque toujours simultanément, mais il est certain que, suivant les cas, leur importance est bien inégale. Sans doute une certaine faiblesse mentale, une certaine diminution de la synthèse existe toujours au début pour permettre le développement de la suggestibilité, mais dans certains cas, cette faiblesse était peu importante par elle-même et ne troublait guère la vie du malade. L'événement initial a été au contraire fort grave, il a déterminé une violente émotion ; celle-ci se conserve et se répète indéfiniment, non seulement elle détermine des accidents précis en rapport avec elle, mais elle contribue puissamment à dissocier l'esprit, accroît énormément sa faiblesse originelle. Dans ce cas, c'est la permanence de l'idée fixe émotive qui joue le rôle essentiel. Dans d'autres cas, au contraire, on remarque, au début des accidents, que des émotions insignifiantes par elles-mêmes. Les idées fixes qui en résultent sont peu nettes et surtout peu durables, elles se modifient incessamment sans que l'esprit se reconstitue, sans que les stigmates s'effacent après leur disparition. Le défaut d'équi-