LE TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE DE L HYSTERIE
Délirer pendant ileux ans, essavov île inouiii- vu lelusant toute nourriture et tout eela par amour j>our un musieien que l'on a vu une fois et dont on ne sait même pas le nom, avoir pendant trois ans des attaques violentes avee hallueinati(»ns terrifiantes parce que l'on a rencontré une fois un rat dans la cuisine, s'enfuir de la maison en état de somnambulisme, accomplir à sept reprises diflérentes des fugues de deux ou trois mois dont on ne conserve aucun souvenir, parce que l'on a entendu une fois un vieux niarin décrire les charmes des vovages, ce n'est guère la marque d'un esprit solide. Si l'idée et l'émotion déterminent l'amour, l'anorexie, l'attaque, la fugue, en se développant d une façon subconsciente, il n'en est pas moins vrai que l'idée a dû rencontrer un terrain singulièrement favorable à son développement indépendant. C'est pourquoi je crois qu'il existe dans l'hystérie d'autres troubles psvchologiques antérieurs à l'idée fixe, « les hystériques vrais, disait très bien ^I. Pitres, sont hystérifjues avant de présenter les accidents éclatants de la névrose, et ils reste^nt hystériques après que ces accidents ont disparu ' ».
L'observation clinique vient encore confirmer cette réflexion, on peut constater. chez des jeunes filles, chez des enfants, une prédisposition à l'hystérie sans qu'il y ait d'accidents caractérisés. Bien des symptômes que présentent ces malades ne sont pas encore en rapport avec une grande idée fixe, le sujet semble attendre une occasion pour commencer l'idée fixe dont le développement va remplir sa vie ; mais il n'en présente pas moins un état mental déjà anormal.
B. La SUGGESTIBILITÉ.
Il est difficile de caractériser avec précision ce trouble mental qui constitue la grande prédisposition aux accidents hystériques. On a souvent répété depuis les études récentes sur la suggestion, que le grand caractèi-e des hystériques, c'est la siii^ges/il>dité. Cette remarfjue est évidemment juste, et il est facile de constater chez ces malades tous les phénomènes de la suggestion. On sait que la plupart des accidents hvstériques peuvent être reproduits
I. Pitres, Leçons cUnif/ues sur l'hystérie. I. 07. Cf. notre rtiulf sur \cs Stigmates mentaux de l'Iiystérie, 189.^.
LA FA1I5LESSE DE SYNTHfiSE MENTALE 63a
p'ir sugfTCstioii, (|ufllf' que soit 1 (»j)iiiinii (juf 1 On adopte sur le mécanisme cérébral de ces phénomènes, cette remarque n'en reste pas moins importante pour nous montrer le rapport de ces accidents avec les idées et les émotions du sujet. Il faut encore se souvenir de cette puissance de la suggestion chez les hystériques pour éviter les dangers de l'imitation, du dressage en commun qui sont si redoutables quand ces malades sont réunis. Mais le mot « suggestibilité » ne répond pas complètement à notre problème ; dire que les hystériques sont suggestibles, c'est se borner à répéter le fait même que l'on veut expliquer. On sait fort bien que les idées fixes et la suggestion sont tous deux des phénomènes du même genre, dépendent tous les deux du développement exagéré et indépendant des idées dans l'esprit, et. expliquer les idées fixes des hystériques par la suggestibilité, c'est comme si l'on disait rju'elles ont des idées fixes parce qu'elles sont disposées à en avoir.
C. — Le rétrécissement du champ de conscience. Les axesthésies.
Aussi ai-je cherché depuis hmgtemps quelle était dans l'esprit des hvstériques, la condition de la suggestibilité elle-même et je crois avoir montré' qu'un certain nombre d'autres phénomènes psychologiques accompagnent la suggestibilité et varient avec elle. Le fait de la suggestion, c'est-à-dire le développement exagéré des éléments contenus dans une idée, se produit quand l'idée reste isolée dans l'esprit. Car c'est l'antagonisme des idées réunies dans un même champ de conscience qui produit le doute, la critique et la liberté. C'est ce que l'on peut exprimer sommairement en disant que les individus suggestibles n ont jamais qu'une idée à la fois, que leur champ de conscience est rétréci. Ce rétrécissement lui-même se ratta-che à un affaiblissement, une diminution des fonctions psychologiques les plus élevées telles que l'attention, la volonté. Il y a chez ces malades un affaiblissement notable de la synthèse mentale, de cette fonction qui consiste à réunir et une même pensée, en une même conscience, des images, des idées d'origine différente et à en for-