‹ L'état mental des hystériquesChapitre 255 sur 290 · TRAITEMENT DES IDÉES FI\ES. PROCÉDÉS D ÉDUCATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES IDÉES FI\ES. PROCÉDÉS D ÉDUCATION

Malhoiireusement, ce soiit-là des conceptions théoriques et des expériences de laboratoire. Cet état complet, si intéressant poui' l'étude, que l'on obtient en excitant et en dirigeant les ellorts d'attention tlii sujet . est le plus souvent de peu de durée. Les stigmates, les amnésies et la sug^estibilité ne tardent pas a réapparaître, si bien que cet état, tout en étant en lui-môme identique à un étal de veille normale, toulen représentant l'étatuormal dans lequel les malades devraient être continuellement, prend l'apparence d'un somnambulisme'. Quelquefois l'insuHisancc cérébrale réapparaît spontanément sous l'influence delà plus petite émotion ;icei(lontelle. (piand la prédisposition générale à l'engourdissement hystérique est très forte, mais bien souvent à la moindre fatigue, réapparaît l'idée fixe qui n'a pas été détiuite et c'est celle-ci qui amène ii sa suite le rétrécissement considérable du champ de conscience, la dissociation de l'esprit par l'émotion qu'elle reproduit. Bien souvent il est impossible de déterminer la restauration de l'état mental en général à cause de cette idée fixe, de cette lésion locale. Si je puis reprendre la comparaison précédente, vous n'arriverez pas à restaurer l'état général d'un tuberculeux, si vous laissez subsister de vastes foyers purulents ; au contraire, si vous enlevez une tumeur locale, vous pouvez rétablir les forces et peut-être même créer un état réfractaire. Un exemple peut être emprunté aux observations auxquelles je viens de faire allusion. Cette pauvre fille, qui avait été èi l'insu de tous la maîtresse de son père, fut soumise pendant huit ans à tous les traitements généraux, hydrothérapie, séjours prolongés dans des villes d'eaux, toniques, électricité, massage pour réveiller les sensibilités, etc. Aucun procédé n'eut d'action. C'est que le remords, l'inquiétude, simplement le secret lui-même, déterminaient des troubles émotifs, des dissociations perpétuelles de la pensée. Quand on s'occupa de ce point essentiel, toute la maladie guérit en quelques semaines. J'insiste sur ce point : les stigmates euxmêmes, l'affaiblissement cérébral, etc., disparurent définitivement par le simple traitement local. La prédisposition était ici minime, point d'antécédents héréditaires, ni personnels ; l'idée fixe et l'émotion initiale jouant le principal rôle et amenant l'épuisement à leur suite, il suffit de modifier celles-ci pour déterminer une restauration de l'état général.

I. Accidents mentaux <lcs liystériijiies. p. 226, :i'^ l'dit., p. 383.

t>»0 LE TRAITEMENT PSYCHOLOGIQUE DE L'HYSTÉRIE

Sans insister sur ces diseussions, je conclur;u que nous n'avons pas le droit, dans le traitement psychologique de 1 hystérie, de négliger le traitement local de l'idée fixe en rapport avec une émotion plus ou moins lointaine qui joue un grand rôle dans la forme qu'a prise la maladie. Ce traitement sera quelquefois, mais rarement sulllsant, il sera souvent utile et quelquefois absolument nécessaire.

B. — La hécompe.nse, l\ menace, l'émotio>' religieuse.

Quels sont les procédés qui peuvent avoir quelque action sur ces idées d'un genre particulier que présentent ces hystériques ? Examinons d'abord les plus simples avant d'étudier les plus complexes.

On sait depuis longtemps que certains procédés empruntés aux méthodes vulgaires d'éducation des enfants peuvent avoir une très heureuse influence sur les accidents hvstériques. Cette influence se comprend bien puisque nous savons que ces accidents dépendent d'idées fixes et que celles-ci peuvent être modifiées par des idées antagonistes.

Ces procédés ont en effet toujours comme caractère essentiel de chercher à faire naître dans l'esprit du sujet, des idées fortes, éraotionnantes, opposées à l'idée fixe elle-même. On se sert pour V arriver, des encouragements, des récompenses, plus souvent des menaces, de la punition, de la peur, de la douleur même. On se souvient que la menace d'une application de fer rouge servait autrefois à arrêter les épidémies de convulsions, elle aurait encore son efîlcacité aujourd'hui. Sans aller aussi loin, les méthodes classiques du jet d'eau de Seltz à la figure, des coups avec une serviette mouillée reposent sur le même principe. Une giflle appliquée à propos a bien souvent guéri des chorées hystériques ou des délires. Beaucoup de procédés considérés comme physiologiques, la respiration dasafœtida, les verres d'eau que Cruveilhier faisait avaler coup sur coup aux malades, avaient une action du même genre.

Voici un cas qui m'a semblé curieux, dans lequel un procédé brutal a eu un résultat inattendu. On avait amené dans le service de Charcot une femme de trente-cinq ans, affaiblie et très émaciée par une anorexie grave déjà prolongée depuis plusieurs mois et par des vomissements incoercibles. Furieuse de son interne-

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