‹ L'état mental des hystériquesChapitre 46 sur 290 · I. Briquet, op. cil . p. jv · texte numérisé non relu

I. Briquet, op. cil . p. jv

LES ABOULIES lOo

l'hvstérlo fr;i|)()('rait tuujours dos |)ers()nnes paresseuses et, d'autre part, il est facile do se renseigner et d'apprenflre que ces mômes jeunes lilles ont été extrêmement actives. Parmi celles que je \iens de signaler. I une t'tait une institutrice de talent, l'autre une domestitpie exc<'llente, la troisième une ouvrière très travailleuse, et leur activité passé-e est appréciée par tous ceux (pii parlent d elles ; c est ile|)uis (ju (dies sont malades (|u elles ne peuvent plus rien faire et I état hvstérique seul est responsable de leur paresse.

Le travail, saul dans (juchpies cas très rares de travail puiement autoinati(|ue. est la plus frrande rnanilestation de I activitévol()ntaire, et s il disparait, c est (jue la vcdonté est l)ien atteinte chez les hvstériques. Un médecin anglais, \\illiani Page, a exprimé ce lait d'une manière saisissante : « L'état hystéritjue, dit-il, est constitué essentiellement par la perte du contrôle et rafTaihlissement du pouvoir de la volonté... le défaut se trouve plutôt dans une Ijiiblesse de la volonté que dans une obstination <le ne pas vouloir. Le malade dit souvent : « Je ne j)eux pas, » comme s'il disait : « .le ne veux pas ; » mais cela sioiiifie : « Je ne peux pas vouloir'. » « Les hvstériques s agitent, disait aussi M. lluchard. et les liassions les mènent. Toutes les diverses modalités de leur état mental peuvent se résumer dans ces mots : elles ne savent pas, elles ne peuvent pas, elles ne veulent pas vouloir'. » Ce que ces auteurs expriment ainsi, les malatles le disent à chaque instant à leur manière : « Je vais, je viens, je crie, me dit Marguerite, mais sans rien faire, sans arriver l\ rien, sans rien vouloir, je suis comme une machine qui n"a plus de ressort. » C'est lii ce que je désigne d une façon générale sous le nom d aboulie, et c est ce caractère dont il faut anaivser les détails.

On peut, pour étudier les aboulies, adopter la division qui nous a rendu quelques services et distinguer des aboulies systématisées, localisées et générales. Mais il faut remanjuer ici que, probablement ii cause de notre peu de connaissances sur ce

I . Tlic palifiits savs, as ail sucli patients do : « I can not. » il looks likc : « I «ill not. » but it is : « I can not >vill. » ^^ . Page, Injuries of Ihe spine and spinal conl U'ithoul apparent mechanical lésion and nervous shock in their surgical and medico-Iegal aspects, i88.'î

3. M. Huchard, Etat montai, mœurs dos hvslôriqnes. .trc/iiivs <le neurolnijie, 1882, I, \i. 9o3.

phénomène, les deux premiers f^roiipes sont innl déterniiiiés et dilUciles à (Ii:iti^m)sll(|ner. et que le troisième seul est important.

Les aboulies systématisées sont des impuissances de la volonté portant non sur l'ensemble des actions mais sur un acte particulier ou un système d'actes spéciaux. Sans doute, de telles impuissances se rencontrent et les actes supprimés ne sont pas toujours ce qui nous paraissent 6tre les plus diinciles. Renée, par exemple (je parle d'elle, car je crois que dans ce cas il s'agit bien d aboulies systématisées), cesse tout d un coup de pouvoir parler ou de pouvoir écrire ; elle ne peut plus arriver ii dire « bonjour » à une certaine personne, tandis (ju ClIe salue bien toutes les autres.

Mais, en général, il est très difficile de porter avec précision le diagnostic d'aboulie systématisée. En efTet, quand il ne s'agit que d'une action déterminée, on sait qu'elle peut être supprimée de bien des manières. D'abord une action peut être supprimée jnir une idée fixe (jui s'y oppose : quand Isabelle, à la suite dune attacpie pendant laquelle elle a parlé de mourir de faim, se met à refuser de manger, je ne songerai pas ii un phénomène d'aboulie. Mais c'est encore là un cas assez facilement reconnaissable. Ce qui est plus embarrassant, c'est que toute action est un phénomène psychologique fort complexe et renferme surtout deux parties principales, la volonté de l'action et son exécution. Quand un acte isolé a disj)aru, il n'est pas facile de dire laquelle des deux fonctions est lésée. C'est le sujet de la querelle entre le u non-vouloir- » et le « non-pouvoir » qui a diviséen deux camj)s les auteurs qui ont étudié l'aboulie'.

Sans doute ces phénomènes se touchent de très près, et chez l'homme normal ils se confondent presque absolument. Cette confusion peut aussi exister chez le malade, et l'on peut quelquefois dire avec M. Féré : « Le non-savoir, le non-vouloir, le non-pouvoir sont, en réalité des écjuivalents de la paralysie jjsychique du mouvementé » Mais on est forcé aussi dans certains cas de faire une distinction nécessaire. Un individu tjui sait ce (ju il laut faire, ce qui représente l'action à accomplir, mais qui ne trouve plus dans son esprit les moyens de lefl'ectuer, qui a simplement

1. D.-J. Kivière, Contribution à l'étude clinique des aboulies, i8()i, j). ri.

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