Briquet, op. cit.. p. 'nj
liO LKS STIGM VTKS MENTAUX
je fixais sans quelle pût le voir son bras sur le lit et lui disais de porter la main à sa tète, il v avait un moment tlelVort, puis elle restait tranquille, croyant avoir exécuté le mouvement'. » On voit (]ue les phénomènes quels qu'ils soient, (jui précèdent l'acte, la volonté et la représentation mentale du mouvement à accomplir, sont intacts, mais que la sensation du mouvement accomj)li (|ui ouide le sujet et lui apprend rexéoution du mouvement n'existf^ j)lus dans la conscience normale. \\u d autres termes, le malade semble avoir conservé la faculté de se représenter les images kinesthésiques (|ui provo(jueiit les mouvements, mais a perdu cette sensatien musculaire « en retour » qui nous apprend comment nos mouvements sont exécutés et nous prévient quand une résistance les arrête.
Cette indécision est une conséquence de l'anesthésie hystérique. On peut retrouver, en elTet, dans ce phénomène tous les caractères de Tanesthésie. Si Maria, ou Isabelle, porte sa main à son oreille consciemment et volontairement, elle \a au hasard et frappe ses chpveux. Mais si, par les procédés déjà souvent décrits, je provoque ce même acte d'une manière subconsciente, le bras qui se lève à son insu va toucher directement l'oreille. L'indécision et « l'ataxie » du mouvement n'existe donc que dans l'acte personnel et conscient, de même que l'anesthésie ne se manifestait que dans la perception personnelle.
3" Les mouvements volontaires sonl si/?/ /)li/!c.s. .le veux dire par là que l'hystérique n'est plus capable d'exécuter des actes com plexes, des actes qui nécessitent simullanéinent plusieurs mouvements di/Jerents: elle ne sait plus faire consciemment qu'un seul mouvement à la fois. Cette remarque faisait autiefois le fond de mon travail sur l'automatisme psvchologi(|ue, elle a été reprise depuis par j)lusieurs auteurs. « Lors(ju'oii invite ces malades, disait M. Binet, à faire simultanément plusieurs mouvements, tout l'eflort de leur attention se porte sur un seul mouvement... ; les sujets eux-mêmes font l'observation qu'il leur est fort difficile de penser à la fois à leurs deux mains quand ils serrent des deux côtés-. «Dans un travail plus récent, M. A. Pick, de Prague, a précisé cette remarque générale par une (juantité
r . Thi'Sf; (\c I)cncaiix.
2. Hinct, I^fs moiivftiTifntb volonfain-s dfs livsl<'Ti(|iics, Hrviir iiltihisdiiliiijiie. i88y, II, p. 470.
LES TROUHLES DU MOUVEMENT lil
d'observations de détails'. Il examine les mouvements d'une hvstérique dont le champ visuel est très rétréci et qui est anesthésique à droite ; pour les étudier, il prie son sujet de remuer les doigts de la main droite comme s'il jouait du piano. Ces m(»u\<'ments sont bien exécutés si (»n piMinct au sujet de rei^aider sa main droite pendant qu'elle remue : c'est une condition dont l'importance sera étudiée dans Ir |(ara(rraplit' suisanl. .\ ce moment, il sudit de demander an sujet un aulie nuuivement, si petit qu'il soit, pour Ircuibler ou arrêter complètement le mouvement des doists de la main di-oile. Il sullit de faire lever le bras gauche", étendre uik' jambe, (Uivrir la Ixtuche, prononcer quelques paroles, lermer un o'il, etc. ; immédiatement les mouvements de la main droite sont altérés ou supprimés. Détail intéressant et ([ue iu)s études précédentes nous permettent de comprendre; les sensations provo(juées dans l'esprit du sujet ont exactement le même résultat. Il sullit de piquer le sujet sur le côté gauche sensible, de lui faire respirer une odeur, de lui mettre un objet ou une lunette de couleur devant un œ'i\, pour que ces impressions acca|)arent une partie considérable de l'attention disponible r\ rendent im|)ossibles les mouvements de la main droite. Ce lait n est pas dû a 1 anesthésie de la main, car les choses se passent absolument de même pour les uu)uvements^ de la main gauche sensible ; ceux-ci sont éualement très altérés ou supprimés par tout autre mouvement ou toute sensation simultanée.
M. Pick résume ses expériences en disant : « A côté du rétrécissement du champ de la conscience, on doit admettre un rctvccissement de V impulsion motrice, et c'est pour cette raison que les impulsions motrices simultanées ne peuvent réussir à se développer*. » Je crois que ces deux phénomènes sont abs(»lument identiques : ce que M. Pick appelle un rétrécissement de limpulsion* motrice n'est, en somme, qu'une réduction du nombre des images kinesthésiques ou autres que le sujet peut réunir simultanément dans une même perception personnelle, qu'il peut, à un. moment donné, assimiler à sa personnalité. TJes faits de ce genre
1. A. Pick, Uber die sogeiiannto i< conscience musculaire « (Duchonne). Zrilschrift fur [tsycholoijic und psysioloifie dcr sinnesorijane. hcrausijciieben vun II. Ebbinijliaus tiiiil A. Koniy, I\ , 1892.
a. Pick, op. cit., p. i^ii.