I. Hriquet. o[>. cit., p. '.\X
leur façon d reouter ou de lire, sur la iliiïiculté qu'elles éprouvent à comprendre une notion nouvelle, sur leurs distractions perpétuelles et vraiment spécifiques. Elle dépend encore de leurs amnésies continues qui existent à un certain degi-é chez presque toutes les malades, de l'hésitation avec laquelle elles perçoivent et saisissent les événements nouveaux, dr leurs doutes, de leurs étonnements, en un mot, de tous les allaiblissements de la synthèse intellectuelle.
Pai- une sorte de contraste perpétuel dans I hystérie, tous les phénomènes d'automatisme intellectuel sont, au contraire, exaf(érés. Toutes les fois que, par exception, elles arrivent à comprendre une idée nouvelle, ou quand elles se souviennent d'une idée ancienne, cette pensée prend dans leur esprit un développement énorme. .1 ai déciit autrefois, en étudiant le caractère des individus sHueesliMes ', la manière singulière dont T.ucie racontait une histoire : elle ne tardait pas à voir devant elle le tableau des événements qui se déroulaient sur le mur. Au lieu de raconter, elle décrivait avec des exclamations naïves comme en ont les enfants au spectacle. Renée remarque sur la peau de sa joue des petits points noirs, des tannes ; on lui dit que ce sont des petits vers. Depuis, elle a pendant un mois un spectacle horrible devant les yeux : elle voit devant elle un morceau de sa joue saignant et dévoré par des asticots. Berthe ne peut penser à une personne sans la voir et I entendre parler. Quand il lui arrive de bien comprendre ce qu'on lui dit, elle a une crédulité énorme qui nécessite même des précautions. Une personne la voyant manger lentement son déjeuner lui dit en riant : « Tu as donc empoisonné ta soupe. » Et la voici poursuivie par l'idée du poison et se demandant si elle s'est empoisonnée ou si elle a empoisonné les autres. Ces laits seront étudiés avec plus de détails à propos de la suggestion ■ ; il suffit de les signaler ici.
Mais il existe une manifestation de l'automatisme intellectuel plus importante pratiquement que toutes les autres, c est la tendance à rêver sans cesse. Les hystériques ne se contentent pas de rêver énormément la nuit, elles rêvent toute la journée.
1. Autiiinalisinc psychologique, jp. 20C). J'ai décrit dans ce cliapilre tous ces pliénomènes avec bca>icoup plus de détails et d'antres exemples.
2. Cf. La suggestion chez les hvstériques, conférence faite à la Salpétrii're. Archives de neurologie, novembre 1892. La sugireslion sera étudiée dans la seconde section de cette élude, ayant pour sujet « les accidents mentaux de l 'hystérie ».
\:\ LtS STIGMATES MENTAUX .
Qu elles marclient, iiu'elies travaillent ou cju elles cousent, elles ne sont jamais entièrement à ce cjnelles font. Toujours elles ont en tt^te une histoire interminable qui se déroule en spectacles visuels ou qui se raconte par ht parole intérieure, ^'ous croyez que Justine vous écoute pendant (jue vous lui parlez et tout d'un coup vous l'entendez murmurer tout bas : u Non, Monsieur, vous êtes un sauvage... » Quand on la secoue, elle s'excuse et raconte qu'elle pensait à un alTreux sergent de ville qui avait voulu enlever un petit chien pour le conduire à la fourrière. Berthe me fait sans cesse répéter ce que je lui dit et ajoute : u Ce n'est pas ma faute, je n'y étais plus, je croyais que je déterrais maman et je me vovais avec elle dans les nuages. » Ses yeux semblent lire un livre, mais la tèle raconte une autre histoire : « Quand je mourrai, j'aurai un petit bouquet blanc sur mon petit tombeau..., les fleurs parlent, ce sont des personnes bien douces, je causerai avec elles, car elles ne sont pas méchantes... » Et voilà ses larmes qui coulent sur un livre qui était fort gai et qui n'en peut mais. Il est certain qu'il n'est pas facile de comprendre ce qu'on lit, quand on se raconte des histoires semblables.
Quelquefois ces rêveries n'ont pas de suite, ce sont des images variables, incohérentes, qui défilent comme les couleurs d'un kaléidoscope, mais souvent elles ont une certaine unité fort vague. C'est toujours la même histoire monotone que la malade reprend au point où elle a été interrompue ou qu'elle recommence sans cesse. Que cette histoire soit heureuse ou pénible, peu importe, elle devient agréable à ces esprits latigués, parce que c'est une rêverie facile : « Que je suis malheureuse... Cette idée est affreuse, mais elle me bcice, et je suis prête à disputer quelqu'un qui voudrait lue l'enlever; laissez-moi pensera mon petit tombeau, cela me fait tant de plaisir... » Quand les rêveries arrivent à se systématiser ainsi, elles deviennent plus dangereuses et ne tardent pas à se transformer en idées fixes. La prédisposition aux idées fixes dont nous voyons ici le germe est un des grands traits de l'intelligence hystérique.
Il faudrait déciire ici les modifications parallèles que présente l'activité si nous n'avions pas insisté longuement sur l'aboulie des hystériques. Le défaut de volonté donne aux hystériques un aspect général qui rentre seul dans notre étude actuelle. Elles deviennent indifîérentes a tout et se laissent conduire comme des -enfants : un mari constatait que sa femme devenait trop docile
et que ce n'était pas nonnal. Elles cessent de travailler spontanément, mais, pendant quelque temps, font encore quel(jue chose quand on les dirige incessamment. Elles sont semblables à ces arriérés dont parle M. Bourneville « qui sont incapables de travailler avec un peu d'esprit de suite lors(ju"ils sont libi-es. mais peuvent ^tre utilisés quand ils sont soumis à une discipline' ». Celte obéissance chez les hystériques ne donne guère de résultats, car elles ne (ont plus rien sérieusement, elles n'ont plus aucune persévérance" et abandonnent une entreprise à la plus petite dilHculté nouvelle. Elles ne savent plus adapter le présent à l'avenir et, dans leur imprévoyance, elles rétrécissent |)our ainsi dire l'existence humaine au moment présent.
Pour ne pas revenir sur des faits connus, je ne signalerai ici qu'une seule des grandes conséquences de l'aboulie, c'est Vcnmii. « L'ennui est une peste que l'on cherche à éviter dans la société et que plus d'un infortuné rencontre partout, même au milieu du monde. C'est le vide de l'âme, l'extinction de toute notre activité et de toute notre vigueur, un appesantissement, une paresse, une? lassitude, un engourdissement, un dégoût et, ce qu'il v a de pis, un coup mortel porté à l'intelligence et ii toutes les sensations agréables'. » L'ennui vient parce que l'on n'a ni le pouvoir ni la volonté de sentir, « parce que l'on a la tète assez vide pour chercher partout des divertissements et l'esprit trop émoussé pour en trouver nulle part^ ». N'est-ce pas une description parfaite des lîvstériques? Nous ne serons pas étonnés de trouver chez elles le véritable ennui, celui qu'aucun amusement ne peut dissiper et qui est une maladie de l'esprit faite de désir et d'impuissance.
En même temps que l'aboulie, se rencontre toujours le phénomène en apparence opposé, l'exagération de l'activité automatique, la durée imlédnie d'une action une fois commencé. « Il s'avisa, raconte J.-J. Rousseau dans ses Confessions^, de me proposer d'apprendre les échecs cp'il jouait un peu. J'essavai presque malgré moi, et, après avoir tant bien ((ue mal appris la marche, mon progrès fut si rapide (juavant la fin de la première
I. Bourneville. Les enfants arriérés. Archives de neuroloyie, 1^92. II. p. 1 4((.
3. M. Iluchard, Mœurs des livsfériques, Archives de neiiriiloyie. it<H'j. I. p. i()(|.