‹ L'état mental des hystériquesChapitre 8 sur 290 · Pitres, op. cit.. I, p. i · texte numérisé non relu

Pitres, op. cit.. I, p. i

3. Charcot, Leçons sur les maladies du systcnie nerveux. III. p. 3^5. !{. Autcmatisine psycholoijique, p. 3t2.

lu LES STIGMATES MENTAUX

lanesthésle nolte sur tout un côté, mais olles ont conservé des bracelets île sensibilité intacte autour ilo toutes les articulations. Inversement un malade ii demi-guéri d une monoplégie brachiale avait recouvré la sensibilité du bras, mais gardait un bracelet d'anesthésie fort net au niveau de son poignet encore peu mobile. Enfin, M. Gilles de la Tourette ' a appelé l'attention sur une répartition bien intéressante au point de vue psvcholot^^ique : souvent une tache d'anesthésie vient se superposer à l'endroit du corps où siège déjà un autre accident hvstérique, comme une parésie ou un spasme. Isabelle, par exemple, une malade que nous citerons quelquefois, a normalement une hémianesthésie gauche qui s'arrête nettement sur la ligne médiane du cou, comme sur le tronc. Souvent, après une attaque, elle a des spasmes de la région du larynx et des muscles hyoïdiens et elle ne peut plus parler. A ce moment, l'anesthésie gauche forme une encoche sur le côté sensible et recouvre la région du larynx et la région hyoïdienne.

Ces répartitions de 1 anesthésie ne correspondent évidemment pas à des régions anatomiquement distinctes. Ce n'est pas le territoire innervé par le cubital ou le médian qui est anesthésique, c'est la main ou le poignet. C'est le bras tout entier, y compris la région de l'épaule, qui est insensible et non le territoire innervé par le plexus brachial. Cette partie insensible ne correspond pas non plus à une aire vasculaire ou irriguée par une môme artère ainsi que l'avait autrefois supposé Briquet". Non, cette localisation n'est pas anatomique, elle est physiologique, comme le dit justement M. Charcot. Mais je voudrais ajouter un mot : cette répartition correspond à une physiologie bien grossière, bien populaire. Quand une hystérique a la main paralysée, où devrait être son insensibilité? Sur les muscles qui ne fonctionnent pas, c'est-à-dire sur lavant-bras. Et cependant l'anesthésie est presque toujours limitée à la main elle-même et au poignet. Dans la cécité hvstérique, l'anesthésie ne porte pas seulement sur la rétine, mais sur la conjonctive et même sur les paupières : l'hystérique amaurotique a une lunette d'anesthésie sur la face'*. Elle a perdu 1 œil, non pas seulement dans le sens

I. Gilles <jf: la Tourelle, 0/). cil., p. i.jS. 3. Briquet, 0/). cit., p. 281.

3. Féré, Notes pour ser\'ir à l'iiisloire de l'hystéro-épilepsie. Archives de neurologie, 1882, p. 282.

LES ANESTHÉSIES |.",

physiologique, mais dans le sons [)u|nihiii(' du mot, cVsl-ii-clir»' tout ce qui remplit lorhite. Il semble donc f[m>, mrmo dans ces anesthésies localisées, les associalions habituelles île nos sensations, les idées (jue nous nous faisons de nos organes jouent un rôle important el déterminent ces répartitions.

Anesthésies générales. — En troisième lieu, quoique ce soit certainenient moins Iréquent, les anesthésies peuvent envahir toute la surface du corps et supprimer plus ou moins complètement telle ou telle catégorie de sensations. Il faut faire ici une remarque importante qui s'appliquait déjà aux faits précédents, mais qui maintenant devient l>ien plus frappante. Cette anesthésie peut être complète et générale sans produire de perturbations bien notables, ni objectwemenl, ni suhjectivenwnf, dans les sentiments que le sujet peut éprouver.

Examinons d'abord les faits d'une manière eu quelque sorte objective, en étudiant l'aspect extérieur des membres anesthésies. Sans doute, il arrive quelquefois que l'anesthésie hystérique se superpose à d'autres accidents, des spasmes, des paraivsies, des œdèmes, des atrophies même, comme cela a été étudié récemment'. Quelquefois elle s'accompagne d'un certain spasme des vaisseaux sanguins ; en cfTet, M. Charcot" a souvent remarqué autrefois un phénomène qui a été depuis analysé avec soin par M. Pitres-. C est l'absence d'hémorragie notable et le peu de réaction de la peau anesthésique après des piqûres qui produisent du côté sensible de la rougeur et une goutte de sang. .lai été frappé de ce phénomène en examinant une malade, Berthe ; je lui avais fait des piqûres d'épingle sur tout le front pour voir où s'arrêtait l'anesthésie. Je fus fort étonné de la rencontrer quelques minutes après avec un singulier aspect : toute la moitié droite du front était parsemée de taches rouges peu étendues, mais très nettes, tandis que la moitié gauche était restée absolument blanche. On observe aussi quelquefois certaines modifications dans les ft)nctions d élimination : j ai vu des hystériques qui n'avaient plus de sueur du côté anesthésicjue, ou qui inversement suaient de ce côté d'une manière exagérée. Une obser-

1. Babinski, de l'atrophie mu«ciilaire dans les paralysies hystériques. Archives de neurologie, 1886, I. — Diitil et Gilles de la Tourette, Contribution à l'étude des troubles trophiques dans l'hystérie. Nouvelle iconographie de laSalpètrière, 1889, aôo

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