Giivau, la Genèse de l'idée de leiiifjs, i^go, p
ces sensations les images du souvenir qui ressuscitent, les numvements tle toute espèce (jui sont commencés, produits ou aiTÙlés, et on aura la notion de cette complexité d'un état émotil.
S'il en est ainsi, je j)iiis appliquer aux é'niotiuns les remar(|u<'s que j'ai déjà si souvent signalées sur les svnlhèses psvchol(»giques. Il faut, pour les émotions comme pour les sensations, les souvenirs et les actes, distinguer les synthèses actuelles et nouvelles dans les(ju<'lles doit être exécutée consciemment une combinaison nouvelle de sensations et d'images très complexes qui n'ont pas encoie été présentées de cette manière et les répétitions plus ou moins automatiques des synthèses anciennes. Il y a des émoti«»ns incessamment nouvelles, dillerant sans doute U's unes des antres par des nuances et que nous pouvons percevoir, c'est-à-dire lattacher ii notre personnalité ii propos de clia(|iie situation nouvelle, et des émotions anciennes aulielois constituées et qui se répètent aujourd'hui sans rapport avec la situation présente. Ces notions ne sont pas purement théoriques, elles correspondent a des laits (|ue l'on peut (diseiver chez les malades.
Sans vouloii' recheicher le paradoxe, je crois pou\(iii' dire (pif les hystériques ont en réalité moins d émotions (juoii ne le croit généralement et (jue leur caractère principal est ici, comme toujours, une diminution des phénomènes psychologiques. Ces malades sont, en général, fort indifférentes, au moins pour tout ce (pii ne se rattache pas directement à un petit nombre d idées fixes.
Chez Renée, on a vu disparaître peu à peu le goiU de la parure, la coquetterie, la vanité même. (]hez d autres, lamour de la propriété n'existe plus, elles perdent tout ce qui leur appartient et ne s'en préoccupent pas. Berthe. autrefois très peureuse, s'étonne elle-même de son calme; elle va et vient la nuit, regarde des ossements qui I effrayaient jadis l't me demande : « Pourquoi cela ne me fait-il plus rien ? u Maria surtout est très curieuse à ce point de vue. Elle ne s'intéresse plus en aucune manière aux choses ni aux gens ; accablée de malheurs, consécjuences de sa maladie, et réduite à la dernière misère après avoir été dans l'aisance, elle ne s'aperçoit pas (pie sa situation est grave. Elle perd de I argent; quand il ne lui reste plus que quel- (|ues sous, elle égare ses vêtements, conserve à peine la rol)e (|u'elle a sur le corps et ne s'en émotionne aucunement. Il lànt Jankt. — llvslcrie. lu
remarquer qu'elle est cependant encore intelligente et qu'elle pourr;iit calculer cette situation ; elle le lait peu, mais assez pour s'étonner elle-même île son indilVérence : « Autrefois, je tenais tant à mes alVaires, maintenant tout m est égal. » Mais il faut remarquer chez cette même malade quelques laits l)ien plus caractéristiques encore. Autrefois, elle aimait son mari et s'en montrait surtout Ibrt jalouse, elle adorait ses deux enfants. Depuis qu'elle est malade, elle a peu à peu abandonné ses enfants qui ont été élevés par ses sœurs et elle a fini par quitter son mari. Depuis trois ans. au lieu de sa vie heureuse de jadis, elle traîne à Paris l'existence la plus misérable. Pas une fois elle ne s'est préoccupée de son mari ou de ses enfants; elle a appris indirectement la mort de son mari : « C'est drôle, cela ne m'a rien fait du tout, je n'en ai pas été affligée, mais je vous assure que je n'en ai pas été contente non plus... Cela m'est égal, voilà tout. — Et si je venais vous dire que votre petit Louis (son enfant préféré autrefois) vient de mourir? — Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse ? ,1e l'ai oublié. »
Une autre observation va préciser encore le caractère de cet • état. De temps en temps, comme cela arrive chez toutes les hystériques, Maria sort momentanément de son état de faiblesse psvchologique. Grâce au repos, à l'alimentation, à la suite de sommeils prolongés, elle perd ses stigmates, retrouve la sensibilité tactile et musculaire, les souvenirs, etc. On assiste alors à un singulier spectacle. Voici cette pauvre femme au désespoir, réclamant son mari, ses enfants, sa maison. Personne ne peut la renseigner; alors elle pleure, refuse de manger, parle de suicide. On la croirait bien plus malade, alors que précisément elle commence à aller mieux. J'ai souvent remarqué ce fait, en essayant de traiter les aliénés : la première lueur de raison, la lutte contre leurs rêves, les bouleversent et leur amènent des troubles en apparence beaucoup plus graves que leur maladie calme antérieure. Maria est ainsi désolée de l'abandon de ses enfants, honteuse de toute ses fautes, épouvantée de sa misère, jusqu'à ce que l'état hvstérique revienne avec ses insensibilités et son indifférence. Il y a là une véritable apathie psychologique, une psychapathie, si l'on peut ainsi dire, qui mérite d'être rattachée aux stigmates qu'elle accompagne.
A propos de cette indifiérence de Maria pour son mari et ses enfants, je désire signaler incidemment un petit fait qui m'a
î)eaiicou|) li;i()pé, mais (|iio je signale avec toutes sortes de réserves coiiiinc une observatioji curieuse à laquelle je ne donne aucune portée générale. Il a été nécessaire de pratiquer chez Maria l'examen vaginal pour une raétrite, et cet examen m'a permis de constater deux caractères psychologiques qui sont frappants pendant les périodes de grande psvchapathie. i" Elle n'a absolument aucune pudeur, (juoi(ju'elle ait reçu une éducation délicate; elle n'est j)as ohcène, elle est profondément indillérente; a" elle est absolument anesthésique îles j)arties génitales et, probablement depuis fort longtemps, elle n'a pas la moindre notion de ce (ju'on appelle le sens génital. J'ai surpris des conversations bizarres sur ce point. D'autres femmes soutenaient devant elle que le plaisir était nécessaire pour la fécondation. « Mais, dit Maria, j ai eu des enfants et je ne sais pas encore pourquoi on prétend qu'il y a là un jtlaisir. »
Examinons maintenant les mêmes faits dans l'autre période que j'ai signalée. Constatant que la sensibilité revenait sur tout le corps, j'ai voulu vérifier s'il y avait une modification semblable sur les parties génitales. La vérification a présenté une diiriculté imprévue, car la pudeur de cette malade était devenue très délicate. La sensibilité génitale, comme je m'y attendais, était complète et, à ce même moment. Maria pleurait son mari et ses enfants. Que l'on interprète l'observation comme on voudra, je n'insiste que sur une seule chose : Les sentiments de famille, les émotions alTectives, la pudeur et la sensibilité génitale disparaissent et réapparaissent simultanément chez cette femme. Lequel de ces phénomènes amène les autres à sa suite? La sensibilité génitale est-elle un centre autour du(juel les autres svnthèses psychologiques se construisent? Je ne veux tirer aucune concliision. Il faudrait rencontrer beaucoup de faits du même genre et les mieux analyser que je n ai pu faire pour entreprendre l'étude de ces émotions.
C'est là, sans doute, un cas fort exagéré et c'est pour cela que je l'ai choisi; mais si on examine les autres malades à ce point de vue, on verra plus souvent (|u'on ne le croit des faits semblables. Les hystériques perdent surtout rapidement les sentiments sociaux, les émotion^ altruistes, peut-être parce qu'elles sont les plus complexes de toutes. Berthe, qui a conservé quelque temps de l'alTection pour son frère, finit par s'en désintéresser complètement; elle se plaint elle-même de ne plus pouvoi?
180 LES SÏUtMATES MENTAUX
aimer sérieusenienl. Marcelle, dès le délmt de sa maladie, se séoarait de tout le monde. On a remarqué trt's vite (|u"lsabelle voulait s'isoler. Toutes, en effet , arrivent très vite à une sorte de sauva<;erie, tle misanthiopie t|u'elles essayent en vain de dissimuler. Elles veulent, disent-elles, penser toutes seules; et en efTet leur penchant à la rêverie entre pour quelque chose dans leur isolement. Mais, en réalité, elles n'aiment pas la société, elles perdent peu ii peu leurs amilli-s et leurs allections. Durant leur maladie, elles sont ordinairement incapables d'acquérir des sentiments sérieux de reconnaissance et de sympathie. Kn exceptant la passion somnaml>uli(|iit' (jui est un phénomène tout spécial, elles oublient les personnes en cjuelques instants et en réalité ne les ont jamais aimées.
Il est bien évident qu'il y a ici, comme toujours, des variantes et des degrés selon la gravité de la maladie. Au début, Marcelle garde ses allections anciennes, mais ne peut faire la connaissance de personnes étrangères. D'autres auront simplement de la peine à comprendre les personnes qui les entourent, à pénétrer leurs sentiments, a svmpathiser avec elles. « C'est étonnant, répète Berthe à chaque instant, combien le monde est changé ; autrefois je rencontrais souvent des personnes bonnes et affectueuses, maintenant je n'en vois plus jamais. » Elle ne soupçonne pas qu'elle paraphrase un mot de Rousseau : « Pourquoi faut-il qu'avant trouvé tant de bonnes gens dans ma jeunesse, j'en trouve si peu dans mon âge mur? Leur race est-elle épuisée'? »
Cette disposition générale plus ou moins développée explique un caractère (pii est bien connu : c'est l'égoïsme des hystériques. Despine l'avait déjii bien remarqué dans son observation d'Estelle. « Cette jeune fdle, dit-il, ne s'occupe que d'elle; elle ne s'occupe des autres que par rapport à elle, ou bien elle ne le fait que par complaisance et toujours avec répugnance et fatigue, parce que le moi est le mobile de toutes se/ actions-. » « C'est toujours leur personnalité qui domine, disait plus tard M. IIuchard, leur moi qui est en jeu ; c'est qu'elles sont souvent égoïstes, ne pensant qu'à elles, ii leurs petites comme à leurs grandes misères^. » Cet égoïste se manifeste de diverses façons;