‹ L'état mental des hystériquesChapitre 85 sur 290 · I. Jlijcbard, ojj. cil., p · texte numérisé non relu

I. Jlijcbard, ojj. cil., p

a. .{idomaiisrne psycliologiqun, p. aiCi.

?). Gilles do la Tourette, Considéralioiis sur les ecchymoses spontanées et sur l'état mental des hystériques. Nouvelle konorjraphie, iHyo, p. ^9 et Traité de l'hysiérie, 1X91, p. 4%-

observateurs érnineiits, roinmc Legrand du Saulle', ont compris l'état mental de ces malades d une façon qui nous |)arail aujourd'hui très sln<^ulière, cl nous devons rechercher (|uels sont les laits (jui ont birii jui (ioniici' naissance à de semblables illusions.

M. Pitres dit justement que celte croyance à la simulation hystéri(|ue repose sur des erreurs d'interprétation. « D'une manière générale, dit-il, on a beaucoup exagéré l'amour de ces malades pour la simulation, et cela parce f[ue l'on a svstémaliquement attribué à des supercheries les phénomènes (|u'on ne comprenait pas^. » Cela me parait d'autant plus vraisemblable que les phénomènes psychologiques de l'hvstérie présentent presque tous, au premier abord, un aspect contradictoire et sont fort difficiles à analyser. Une observation superficielle des stigmates montrera simplement une chose, c'est que tantôt la malade sent et tantôt elle ne sent pas, que tantôt elle remue, tantôt elle ne remue pas. Si on n'a pas remarqué la régularité des conditions qui accompagnent l'un ou l'autre fait, on se lassera d'examiner ces stigmates capricieux et on les considérera comme de simples plaisanteries. L'amnésie surtout, comme M. Charcot la remarqué ', va mettre dans les récits des malades des lacunes et des contradictions qui les rendent justement suspects. La même accusation n"a-t-elle pas été adressée aux malades atteints de névrites alcooliques, qui présentent précisément une amnésie du même genre ?

Enfin, chez les hystéri((ues, la plupart des perceptions soit intérieures, soit extérieures, sont très insuffisantes, les rêveries plus ou moins conscientes, les hallucinations mêmes se mélangent avec la perception normale. Peut-on espérer cjue, dans leurs interrogations, elles vont faire minutieusement le départ de tous ces phénomènes? Sauront-elles toujours séparer ce qui est un rêve et ce qui est réel ? Que de gens à peu près normaux ne savent pas le faire : « Je n'ose plus parler, me disait une malade, je sens bien que je ne vois plus les choses comme elles sont. Ne croyez pas ce que je vous dis, c'est peut-être faux. » Les mêmes dilHcultés se présentent dans l'examen de tous les alié-

I. Legrand du Saulle, Ekit pltysiquc et étal mental des hystérujues, i-'^S,'-».

a. Pitres, op. cit., II, p. 55.

A. Cliarcot, Leçons du mardi, i>^f^~, p. 'i{)~-

188 LES STIGMATES MLNTAL\

liés; cependant, ou ne tlira pas (jiio 1 esprit île sinuilatloii est caractérlstitjiie des mélancoliques ou des persécutés.

J'ajouterai encore une remarque, c'est (jue ce sont les hystériques elles-mêmes qui ont contribué à établir cette réputation' et qui s'accusent très souvent de mensono;e à tort et à travers. Renée a aujourd'hui à chaque instant des idées fixes et des tics dont nous constatons bien la réalité et voici cependant comment elle s'exprime à propos des idées fixes plus anciennes (jui ont disparu : « Je me tenais de travers, je ne sais pas pourquoi. Mes camarades de pension m ont dit que j'avais une hanche plus grosse que l'autre et que j'étais malade. Elles m'ont si bien persuadée qu elles m'ont envovée consulter un médecin. Vous ligurez-vous que j y ai été et que je lui ai demandé pourquoi j'avais la hanche plus grosse d'un côté. Le médecin me dit : « ^ ous ne vous tenez pas droite. >> Et moi, c'est par trop fort, je lui ai soutenu que je me tenais droite. Je sais pourtant bien maintenant que je me tenais de travers ; pourquoi ai-je dit le contraire? Que voulez-vous, j ai menti, c est évident. » Mai& non, ce n'est pas évident du tout; elle était dans un état d'esprit particulier qu'elle ne comprend pas et qu'elle explique ellemême par l'hypothèse grossière du mensonge, comme le ferait encore aujourd'hui un ignorant en présence d'un spasme par idée fixe. M. Paul Richer' a publié une lettre lort intéressante d'une hvstérique qui devait présenter des phénomènes du même genre et qui veut, elle aussi, tout expliquer par la simulation, tout en reconnaissant cependant (ju'elle n'avait pas les idées très claires. On verra de nombreux faits de ce genre chez les malades qui essayent d'expliquer leur somnambulisme ou leurs suggestions. Les médiums du spiritisme, quand ils sont devenus vieux et sont guéris de leur écriture automati(|ue, prétendent euxmêmes qu'ils ont simulé*. Il ne faut j)as toujouis (jue le médecin accepte sans contrôle rinlerprélation naïve f(ue le malade donne de sa propre maladie mentale.

Ce problème de la simulation hystéi'i<jue est, à mon avis, eu grande partie une question de mots. Que doit-on entendre par mensonge, par simulation? Prend-on le mot comme on doit le faire dans son sens précis, comme désignant une tromj)erie ré

I. Paul Ricli'T, Paralysies el conlrar turcs, p. iiu. ■i. Automatisme [tsyrholoyi'iue. ji. .3'i4-

fléchie et volontaire? .le dis (|ii Clle existe alors chez ces malades, comme chez les autres [x-rsoiiiies, ii titre de caractère individuel, ■ou comme résultat d uiu; mauvaise éducation. Je crois aussi (|ue, dans des cas exceptionnels, elle peut exister ii titre d'idée fixe suggérée et très accidentelle. Mais je ne pense pas (|ue l'on puisse en faire un caractère spécifi(|ue de la maladie. Prend-on. ïui contraire, comme cela arrive trop souvent, ce mot simulation dans un sens infiniment vaj^ne, comme une modification (juelconcjue de la vérité, comme une altération j»svch(do<:<i(]ue indéterminée, je dis (|ue, dans ce cas, la simulation j)eut resuniei' toute l'hystérie et même toutes les maladies mentales possibles. II est clair que toutes ces maladies consistent à penser et ;i sentir ce ({u'un homme normal ne devrait ni penser ni sentir. Le mot ■devient vrai, si l'on veut, parce (|u il a perdu toute valeur, (|u il <*onfond tous les phénomènes et n est plus bon (ju à nous tromper. Le mensonge, comme le péché, sont des mots de la langue <lu moraliste (pii ne doivent pas avoir de place dans la langue médicale.

Un dernier problème, enlin, a été soulevé lré(|uemment. Que faut-il penser du suicide des hystériques? .le ne puis (jue renvoyer le lecteur à la leçon de M. Pitres' sur ce sujet, dont je partage les opinions. I^es idées de suicide sont fréquentes chez ces malades et semblent un aboutissant naturel de leur disposition à la mélancolie et au désespoir. On peut aussi les rattacher à l'aboulie des hvstéricjues : la mort semble un moven si facile pour les paresseux de trancher tous les problèmes de la vie. Quant à l'exécution de cette idée, elle est analogue à celle de toutes les autres idées fixes impulsives. Si la désagrégation de l'esprit est grave, si l'idée fixe est forte, elle se réalise parfaitement. Legrand du Saulle a rapporté trois cas de suicide suivi de mort chez des hvstériques. M. Pitres en a rapporté un. M. Gilles de la Tourette un; j)armi les malades que j'ai citées, jMaria a été retirée de la rivière ii demi asphyxiée. Cette idée de suicide n'est donc aucunement une plaisanterie et je pense (|u'un médecin doit prendre des précautions contre une semblable idée même quand elle se présente dans l'esprit d'une hystéri(|ue.

Très souvent, heureusement, les idées fixes impulsives ne sont pas exécutées. De même que Célestine ne casse pas les carreaux

I. Pilros. o/). cit.. II, p. !x-. Gilles tle la Tourelle, op. cit.. p. Ô37.

aussi souvent qu'elle en a envie, de nirnic une malade ne se tue pas toujours parce qu'elle pense au suicide. En fçénéral, comme le dit M. Pitres, ces actes impulsifs sont mal préparés, précisément parce (juils ne sont ni rélléchis ni volontaires. \a\ moindre dilliculté, la moindre émotion intercurrente pei-met à la conscience de se ressaisir et change le coui-s des idées. Le récit suivant, lait par une malade, Berthe, dont j'ai souvent parlé, me dispensera de commentaires. « Je l'aimais tant et grand'maman ne voulait pas!. ..Oh! j'aurais résisté à tout, car je le sentais toujours à côté de moi pour me soutenir... Il fallait en finir... .le suis sortie de la maison la nuit, sans faire de bruit, pour aller me nover dans le grand étang. Oh ! que c'était joli ; la mcnitagne toute noire en face, la lune au ti-avers des sapins et, dans l'eau bi'illante, des fleurs blanches qui riaient do moi. .le me suis mise iï pleurer comme une bête et je suis rentrée sans plus savoir ce que j'étais venue faire. »

En étudiant ce caractère que je viens de résumer et d'attribuer aux hvstériques, le lecteur fera sans doute une réflexion qui m'est souvent venue h l'esprit. Ces traits appartiennent peut-être aux hvstériques, mais ils appartiennent aussi à bien d autres malades, c'est là un caractère, en somme, assez banal. L'inattention, la faiblesse de pensée, la rêverie, l'aboulie, l'idée fixe, l'absence d'émotions nouvelles et l'excès des émotions banales sont des choses que Ion retrouve bien souvent. Les malades atteints de la folie du doute, les obsédés, les impulsifs, nous présentent le même tableau : il est vrai qu'ils sont tout à fait les proches parents des hvstériques. Bien mieux, si on lit les belles descriptions de M, Lombroso sur les criminels, on sera étonné de retrouver exactement les mêmes observations; il semble que très souvent M. Lombroso fasse allusion à des hystériques abouliques. Les imbéciles, que décrivait récemment M. Sollier, quand ils ne sont pas trop inférieurs, ont les mêmes faiblesses et les mêmes défauts. Enfin il est une dernière comparaison qui s'impose. Ce défaut de svnthèse, cette instabilité, cet égoïsme naïf acconïj)af'-né de ialousie et de colère, se retrouvent exactement dans un état (lui n'est aucunement maladil, dans l'enfance, (^ui donc n'a pas dit cent fois, en examinant une hystérique, (jue ce n'est (]u'uii enfant? L'hystéricjue, comme une grande catégorie de malades, n'a plus fju'une puissance de pensée égale à celle de l'enfant>

LES MODIFICATIONS DU CARACTÈRE 19f

Mais ce fjui, chez l'enfant, est ncirmal, parce (ju'il n'agit pas seul, parce (pi'il a j)eu de pensées à comprendre, devient maladif à vingt ans, (juand l'esprit tiop (ail)le ne sait plus coordonner des souvenirs et des sentiments accumulés par les années. I,e caractère de l'hystéricpie n'est rien d'autre (jue le caractère des esj)rits faibles, des enfants.

Si l'on cherche à retirer des descriptions précédentes les traits de caractères (|ni ne se retrouvent pas aussi nettement chez tous les esprits laibles en général et (|ui appartiennent à peu près en pro])re à l'hvsterie, on remar(|uera surtout deux traits particuliers : le caractère est mobile et contradictoire. La malade ne reste pas longtemps dans une même disposition morale, elle passe à chaque instant de l'afTection ;i l'Indiflerence, de la gaieté h la tristesse, de l'espérance au désespoir; elle semble être dans un équilibre instable et tomber h chaque instant s<Mt d'un côté, soit de l'autre. D'autre part, il n'y a pas un seul trait de caractère qui ne soit h chaque instant contredit par quelque action en apparence tout à fait difl'érente ; les hystérifpies paraissent inintelligentes et très vives, apathi(|ucs et émotionnables, hésitantes et entêtées. Ces deux caractères ne doivent plus nous surprendre, puisqu'ils ont été décrits dans tous les chapitres de ce livre. Ils ont toujours, à notre avis, la même signification; ils montrent le défaut d'unité de l'esprit, la diminution de la synthèse personnelle et la conservation des phénomènes automatiques qui réapparaissent avec un développement exagéré.

Cet état mental se manifeste donc dans le caractère et dans les émotions comme dans les sensations et les souvenirs ; mais il nous a paru beaucoup plus net dans les phénomènes précis qui ont été étudiés à part.

C'est par l'étude des stigmates mentaux que doit être diagnostiquée et comprise la maladie de l'hystérie. Chacun tl'eux nous montre très bien (|ue le sujet est diminué dans sa personnalité et qu'il n'est plus maître de sa propre pensée.

DEUXIEME SECTION Accidents mentaux des ii\stéhiques

INTRODUCTION

Une môme m;il;ule, pendant le développement de l'hystérie, peut présenter toutes sortes d'accidents extrêmement nombreux et extrêmement variés. Nous n'avons aucunement la prétention de les décrire tous, ni d'étudier en détail les métliodes qui permettent de faire, dans chacjue cas particulier, le diagnostic difficile de tel ou tel accident hvstérique. D'innombrables mémoires ont été publiés sur ces études et les traités remarquables de l'hvstérie qui ont paru récemment les ont réunis et complétés. Nous désirons simplement attirer l'attention sur un caractère qui lait partie intégrante de la plupart des accidents hystériques. Un accident hvstérique n'est pas uniquement un accident phvsique, il est en même temps un accident moral. La perturbation n'existe pas seulement dans les membres ou dans les parties iniérieures du svstème nerveux, elle existe aussi dans les parties de l'écorce cérébrale qui président aux fonctions psychologiques, et un certain trouble de ces fonctions psychologiques joue un rôle important dans tout accident hystérique.

Ce trouble mental est évident dans certains accidents, tels que des'somnambulismes ou des délires, il se dissimule dans d'autres cas. M. Chaicot, dans ses leçons célèbres sur les paralysies hystériques de cause psychique, a montré qu'il fallait, même dans des cas de ce genre, rechercher le trouble psychologique et montrer son rôle extrêmement important. Nous voudrions, dans cet ouvrage, suivre le conseil qui lui a été donné par notre éminent maître, et, sans nier l'existence de toutes sortes d'altérations Jaxet. — Hvstéric. i.5

mi ACCIl>EM> Ml£NTAl\ HKS HYSTÉRIQUES

organiques qui peuvent se rencontrer dans l'hystérie, mettre en évidence la perturbation psychologique (|ui les accompagne touj«)urs. Cette étude nt)us permettra dabord de compléter la description clini(]ue d un acciilent hystérique, et ajoutant à la ilrscriptiou extérieure du malade l'analyse d'un svmptùme intérieur et moral qui ne doit pas être oublié.

Mais peut-être cette étude pourra-t-elle avoir un autre avantage. Les accidents de l'hystérie paraissent, au premier abord, indéfiniment variés et semblent, dans bien des cas, se rattacher dilllcilement les uns aux autres. Xous pensons ([ue ces accidents sont beaucoup moins dissemblables, présentent une bien plus grande unité, quand on examine leur aspect moral, au lieu d'étudier uniquement leur aspect extérietir et j)hysique. Cette ressemblance apj)araîtra. croyons- nous, très facilement ; il ne sera pas nécessaire, pour la faire voir, de réunir les faits par des théories ou des interprétations psychologiques, il sullira de juxtaposer les observations. Ce livre n'est qu'un recueil d'observations psychologiques recueillies sur les hystériques et rapprochées les unes des autres. Nous espérons apporter ainsi une légère contribution à l'étude de l'hvstérie et ajouter une nouvelle preuve ii cette conception de lunité de la maladie hystérique, (jui a été depuis longtemps soutenue par les plus éminents cliniciens.

Enfin l'analyse de ces phénomènes moraux nous permettra de les distinguer de tous les autres troubles de l'esprit dont ils semblent se rapprocher. Toutes les maladies mentales ne se conlondent pas les unes avec les autres. Si l'hvstérique présente dans ses divers accidents des troubles de l'esprit, ce n'est pas la caractériser suinsamment que de ra|)|)eler simplement une aliénée ; elle n'est pas une aliénée comme toutes les autres. Sans doute, ce diagnostic est dillicile, il demanderait une analyse psy-. chologique des différentes formes de l'aliénation qui est bien loin d'être achevée. Nous espérons seulement avoir indi(|ué <|uel(jues traits qui permettent de caractériser certains phénomènes hystérifjues. Le progrès de la psvchologie médicale ne tardeiont pas a préciser ces études. Celle science donnera la solulion d'un problème que nous avons seulement indiqué, et marquera la place de l'hystérie dans une classilication des maladies mentales.

Paris, i'"" juin i^<j-'>.

ciiAi'iTur. i'ri:.mii:k

LA SKÎGKSTION KT l.i;S AIJTKS SI liCON SC I KNTS

Si on oxainine l;i conduite et la pensée de certains malades el en particulier des hystériques, on remarque bien vite (|ue chez eux certaines idées ne se comportent pas comme les autres. Tan dis que les pensées ordinaires, les sensations provoquées par la vue des objets, les pensées éveillées continuellement par les conversations restent modérées, simples, en équilibre avec tous les autres phénomènes psychologiques, une pensée particulière prend tout à coup une importance démesurée, disproportionnée par rapport aux autres et joue dans la vie du sujet un rôle considérable. Ce fait a été bien souvent remarqué et signalé par tous les observateurs. Ils se sont attachés à décrire et à démontrer cette influence de certaines idées qu'ils ont désignée, suivant les époques, par diflérents noms : tantôt ils parlaient simplement d'une action du moral sur le physique, de l'esprit sur le corps, tantôt ils décrivaient la puissance de l'imaginafion, aujourd'hui ils emploient le mot plus à la mode de suggestion emprunté à la langue des magnétiseurs. La connaissance de ces suggestions provoquées artificiellement nous paraît l'introduction nécessaire à l'étude des idées fixes développées naturellement. Nous chercherons surtout à distinguer les suggestions de tout ce qui a été souvent confondu avec elles et nous essaverons de reconnaître les conditions dans lesquelles ces phénomènes se produi sent.

«^ 1 . — Description et ct.vssm-ication.

Beaucoup de philosophes et la plupart des anciens magnétiseurs, parmi lesquels se trouvaient des observateurs de grande valeur, ont très bien et très souvent signalé cette prépondérance

Je certaines idées. Nous ne pouvons reproduire iei les descriptions des Puvségur, des Deleu/.e, des Braid, des Charpignon, etc., ni reprendre un historique de la suggestion (jue nous avons déjà l'ait ailleurs' ; il faut se contenter d'en répéter la conclusion : u Rien ne serait plus facile pour tous les phénomènes sans exception qui ont été signalés comme des nouveautés dans les ouvrages d hvpnotismc moderne que d'cmpruntei- de nombreux exemples aux ouvi-ages des magnétiseurs Irançals. en particulier à ceux qui ont été publiés de i85o ;i 1870. »

Parmi les sujets qui ont été observés par ces auteurs, beaucoup, sans aucun doute, devaient être des hystériques, cela est quelquefois évident, tuais, en général, il n'est pas facile de faire ce diagnostic rétrospectif. Dans d'autres livres, où le caractère pathologl{}ue des sujets est plus évident et plus reconnu, on trouve également de nctmbreuses descriptions du phénomène de la suggestion. On m'accordera bien que les anciennes possédées qui se roulaient en convulsions et se courbaient en arc de cercle devant le prêtre étaient des hystériques et l'on peut considérer quelques-uns des comptes rendus des exorcismes comme la descrip tion d'une expérience de suggestion. On dit au démon: « Etends le pied droit de cette femme «, et il l'étendit tout raide ; un docteur de Sorbonnc lui dit : « Cause lui du iVuld aux. genouv », la femme répondit qu'elle y sentait un grand iroid. On lui commanda de faire sept fois le signe de la croix avec sa langue, il obéit, etc. ■ ».

Des faits de ce genre sont décrits dans beaucoup d'ouvrages anciens', mais il faut arriver à des péiiodes plus récentes pour que la véritable nature de ces phénomènes soit reconnue. Brodie, en 1837, montre l'importance que prouvent certaines idées chez les hystériques ; Despine en nS^o, montre chez une hystérique, Estelle, tous les genres d'automatisme, en particulier \ imitation spéculaire, « la main opposée de la malade suivait tous les mouvements de ma main' ». Russell Reynolds, en 1869, étudie

I. Automatisme psychologique . 18H9. ])j>. i '1 1 , a'j5, U71.

j.. Dom. Calmet, Traité sur l'aftparilion des esprits et sur les vam[)iresde Moravie, 1751, I, p. 212.

3. Par exf.-mplc, Boauchènc : de l'injluence des affections de Vùiiie..., an VII, p. i^i. — Demanpfon, De l'ima'jinalion dans ses effets sur l'homme et sur les animaux, 1839, p. 5«.

4. Despine (d'Aix), Le mafjnétisme animal dans le traitement des maladies nerveuses, 18^0, p. l'ii.

Ifs i)i\ri\\ys'\cs de/je/nlen/ of idea. Ilack Tuko en 1872, Ch. Richot en 187'), montrent de nombreux exemples de suggestions faites à des névropathes. M. Charcot, surtout dans ses grandes leçons de i88'» et iSS.j sur les nionoplégies hystériques', a réuni hi deseription et la théorie de ces phénomènes ; il a montré un o-rand nombre de paralysies et de eontraelures survenant chez des hysléri(|ues à la suite dinu; émotion et d un « shock » et a démontré leur véritable natuie en les n-pioduisant artiliciellement sur d'autres sujets. Depuis, M. Paul Hicher, dans « La grande hvslérie », 188.'), et tous les auteurs (jui ont parlé de ces malades ont mis en relief leur remarcjuable suggestibillté. Dans le dernier livre de ce «i-enre. M. Gilles de la Tourette résume tout l'état nienlal des hvsléricpies « en un seul mot gros de conséquences, la sui^^estihilité' ». Peut-être ne serions-nous pas aussi aiïlrmatif, car nous crovons (|u'il existe dans l'hvstérie un certain nombre d'altérations mentales antérieures ii la suggestion, mais nous croyons qu'il v a dans cette pensée une grande part de vérité.

La plupart des études sur les suggestions ont été faites d'abord pendant un état particulier des sujets, le somnambulisme. Mais beaucoup d auteurs ont remar([ué que ce fait se produit chez certains sujets sans (|u"il soit nécessaire de provoquer le somnambulisme. ^L Ch. Richet ' en i88a, M. Bernheim en i884\ M- Charcot en i885 ont décrit de nombreux exemples de suggestions faites pendant la veille. J'ai pu me convaincre que ce phénomène était très général chez les hystériques". Cette remarque, très importante pour la conception de l'hystérie, facilite aussi l'étude de la suggestion. Elle nous permet de séparer à peu près complètement la suggestion du somnambulisme, de l'étudier en ellemême pendant la veille, sans la compliquer en y ajoutant des éléments étrangers. Toutes les suggestions dont il sera parlé dans ce chapitre, h moins d'indications spéciales, sont donc faites pendant la veille. L'idée dont nous voulons étudier le développement anormal et exagéré et indiquée au sujet par un moyen

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