CHAPITRE PREMIER
TENDANCE DE L'ÉTAT A INTERVENIR DANS LE RÉGIME DU TRAVAIL ET DANS LES ASSURANCES.
Impossibilité de suivre TÉtat dans tous Jes domaines où Ton veut l'attirer, nécessité de choisir quelques exemples, page 315. — Ancienneté de l'immixtion de l'État dans les questions d'industrie et de travail, page 316. — Les deux causes qui tendent à reconstituer les anciennes entraves, page 31G.. — Idée fausse que le peuple n'a plus rien à craindre de l'intervention de l'État, parce que lui-même est devenu l'État, page 317. — Sorte de panthéisme politique ayant les allures d'une religion, page 317,
Si nous voulions suivre l'État dans Tinfînité des domaines où les politiciens contemporains et, surexcité par eux, le corps électoral cherchent à l'entraîner, notre tâche serait interminable. Il nous suffit ici d'établir d'abord, comme nous croyons l'avoir fait, la nature concrète de l'État moderne, si méconnue de la plupart des philanthropes qui le convient à des attributions chaque jour croissantes, puis, comme illustration, de décrire son procédé d'action dans quelques-uns des champs principaux dont il s'est emparé et qu'il rêve d'accaparer.
Celui qui s'est donné la peine, non pas de noter vague-
ment les contours flottants de l'État idéal, sorte d'ombre sans réalité, produit indécis de l'esprit et du sentiment^ mais d'étudier l'État vivant, agissant, la qualité et la mobilité des éléments qui le composent, les ressorts qui déterminent ses volontés et ceux qui les traduisent en actes, celui-là seul commence à se rendre compte de ce que Ton peut légitimement demander ù TÉtat et judicieusement attendre de lui.
L'examen impartial de quelques-uns des grands services dont il s'est chargé achève de fixer et de préciser la conception de l'État moderne; l'observateur qui a passé par ces attentives recherches se trouve alors à l'aise, dans chaque cas particulier, pour se prononcer entre l'action, si souvent invoquée, de TÉtat, celle des individus agissant isolément, ou celle de la société, qui, par une inépuisable force spontanée et instinctive, en dehors de tout organisme de contrainte, crée tant de groupements libres, tant d'associations de toute taille, tant d'agencements variés et de combinaisons diverses.
Il nous a paru qu'il convenait d'observer le rôle que l'État a assumé dans la réglementation du régime du travail et dans l'application du principe de l'assurance.
L'immixtion de l'État dans les questions d'industrie et de travail a de profondes racines dans le pas^é. Sous l'ancien régime, les corporations, les jurandes, les maîtrises, les règlements professionnels reconnus et adoptés par l'État, ayant à leur appui la police et les tribunaux, constituaient, dans le monde industriel, une intervention d'État en quelque sorte continue et normale. Puis toutes ces lisières ou presque toutes avaient été déchirées : l'industrie et le travail s'étaient trouvés rendus au régime de la liberté.
Aujourd'hui l'on tend à reconstituer ces entraves; deux causes y contribuent : cette inconstance propre à l'humanité