‹ L'Etat moderne et ses fonctions (volume 2)Chapitre 37 sur 81 · LE RÉGIME DU TRAVAIL ET LES ASSURANCES · texte numérisé non relu

LE RÉGIME DU TRAVAIL ET LES ASSURANCES

civilisée qui la rend singulièrement sensible aux déceptions et fait qu'elle se lasse, après quelques générations, des idées et du régime auxquels elle avait eu le plus de foi ; ensuite une tendance, qui s'accentue de plus en plus, sous l'impulsion démocratique, dans ce dernier quart de siècle, et qui consiste à mettre la conscience collective et la volonté collective, définies par un parlement élu, à la place de la contscience et de la volonté individuelle.

' L'idée de la liberté personnelle est remplacée par Tidée d'une sorte de liberté commune et fictive consistant en ce que le peuple détei mine lui-même à chaque instant, directement ou par des représentants, le régime auquel tous devront se plier. Ce n'est pas l'individu que l'on veut libre, c'est en quelque sorte le corps social considéré comme une unité vivante.

Un homme d'État anglais, dont le radicalisme est peutêtre aujourd'hui un peu assagi, M. Chamberlain, disait, il y a quelques années, que le peuple n'a plus rien à craindre de l'intervention de l'Etat, parce que lui-même est devenu l'État (1). Cette sorte de panthéisme politique qui perd de vue les citoyens isolés pour ne plus considérer que Tagrégat qu'ils forment, qui oublie la vie réelle des premiers pour la vie fictive du second, tend à devenir la religion démocratique. C'est bien d'une religion, en effet, qu'il s'agit, c'est-à-dire d'une croyance comportant à la fois des mystères, une exaltation sentimentale et des formules qu'aucun adepte ne s'avise de vérifier.

(l) He told the people that there was no longer anything to fear in State interférence, because they themselves had become the State {Liberty and Socialism, by the earl of Pembroke, page 20).

Page 1