CHAPITRE IV
L'assistance publique est un dos domaines que TÉtat moderne cherche le plus à accaparer, page 288. — L<3 remplacement de la conscience individuelle par la conscience sociale ou collective, page 281).
Fausse opinion que le paupérisme est un fléau nouveau, pnge 289. — Im[)atience des âmes contemporaines, page 2i?0. — Caractères généraux du paupérisme, page 2*J0. — Erreur de ramener le paupérisme à une seule cause, page 291. — Les plans artificiels pour son extinction, page, 291.
Les dillérentes formes de fanatisme dont TÉtat moderne est menacé de devenir la proie, page 292.
Ancienneté du paupérisme, page 292. — Aucune organisation sociale n'en a été et n'en peut être exempte, page 293. — Les quatre causes principales de la pauvreté, page 295. — La première cause de pauvreté, celle qui tient à la nature seule, peut Cijmporter une certaiue intervention des pouvoirs publics, sans qu'elle aille jusqu'à Taccaparement, page 295. — La seconde cause de pauvreté, qui provient de certaines circonstances sociales, a pour principaux remèdes les institutions de patronage et de prévo\'ance, page 296. — La troisième cause de pauvreté, l'hérédité, constitue le vrai paupérisme, page 297.
— Kole de la loi et de Tinitiative privée en cette matière, page 298 La quatrième cause de pauvreté, celle qui tient aux vices humains, ne
peut qu'être accrue par l'assistance publique organisée légalement, page 299. — Une expérience philanthropique faite sur les mendiants de Paris, page 3uO. — Inconvénients de la charité légale, page 301.
— Mauvais effets de la loi des pauvres en Angleterre, page 301. Dangers du projet de créer une assistance officielle dans les campagnes,
page 302. — Les grands abus des bureaux de bienfaisance en France, page 1503.
Diflicultés inextricables qu'offre l'organisation du travail des indigents ofliciellement secourus, page 305. — Les expédients dégradants auxquels on recourt dans les Workhoiiscs anglais, page 30G. — Les excès de Tassistance privée sont limités par les ressources volorxUiires qu'elle peut recueillir, page 30G. — L'État, organe de généralisation et de fixation, universalise et perpétue les abus, page 30C.
Après rinstruction, l'assistance publique est un des do-
maines que l'Etat moderne se sent le plus disposé à accaparer. Il y entre avec des illusions généreuses, croyant que rien ne peut résister au double pouvoir dont il dispose : la contrainte légale et la contrainte fiscale.
Dans tous les pays, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, une partie de l'opinion publique considère que l'existence d'une classe de pauvres est incompatible avec un État bien gouverné. Il en résulte une tendance de rÉtat à intervenir à outrance dans les institutions charitables, à les généraliser sans mesure.
Il n'est pas difficile de remonter à l'origine de cette disposition d'esprit, qui part de bons motifs et conduit souvent à de déplorables résultats.
Un homme public anglais, économiste à ses heures, M. Goschen, a trouvé une formule ingénieuse, c'est (c le remplacement de la conscience individuelle par la conscience sociale ou collective». Il resterait à voir si ce remplacement est de nature à rehausser la dignité de l'homme et s'il peut vraiment diminuer la somme de misères dont gémit l'humanité.
A cette poussée que subit l'État moderne pour tenter, par tous les expédients, de supprimer ce que Ton appelle le paupérisme, Tobservalion peut découvrir des causes plus précises.
La généralité des hommes croit que le paupérisme est un fléau nouveau, qu'il a été enfanté par la civilisation contemporaine, particulièrement par le développement industriel; cette conception est erronée. Loin que le nombre des pauvres ait augmenté dans les sociétés civilisées, toutes les recherches exactes démontrent qu'il a diminué (1); il
(1) On nous permettra de renvoyer pour la preuve à notre Es^ai sur la vépcnHition des ricficsses et sur la tendance à une moindre iné(/alité de , conditions {Z^ édition).
î>90 L'ÉTAT MODERNE ET SES FONCTIONS.
csl vraisemblable, si TÉtat ne contribue pas à Tenlretenir par une intervention maladroite, qu'il se réduira encore.
Mais l'adaptation d'une société à des conditions nouvelles d'existence, le passage, par exemple, de la petite industrie à la grande, demande du temps; c'est une évolution lente. Au début, l'on n'en aperçoit que les effets perturbateurs; les effets compensateurs sont moins visibles au regard inatlentif. Or l'impatience des âmes contemporaines, sentimentales, fiévreuses, nerveuses, aux impressions rapides et superficielles, néglige les progrès accomplis, si considérables qu'ils soient, et s'imagine pouvoir d'un bond atteindre tout le progrès possible.
On se sent pris alors d'une sorte de mépris pour rinilialive privée, pour les œuvres lentes et partielles; on compte plus sur ces deux forces générales et soudaines : le pouvoir réglementaire et le pouvoir fiscal de l'État.
Ce recours séduit les esprits légers. Les gouvernements s'y sentent quelque inclination; comme tous les êtres^ ils n'ont aucun éloignement à accroître leur importance.
Les partis politiques qui se disputent l'État, quelle que soit l'étiquette sous laquelle ils combattent, radicaux, conservateurs, progressifs, libéraux, ont tous besoin d'augmenter leur prise sur le corps électoral; la promesse qu'il n'y aura plus de pauvres est une de celles qui, constamment démenties, caressent toujours les intérêts et les sentiments du grand nombre. Il est difficile de ne pas la prodiguer dans cette surencbère d'illusions qu'on appelle une lutte électorale.
Il faudrait, avant tout, étudier les données générales du problème. On entend spécialement par le paupérisme une situation sociale où la pauvreté s'offre avec une grande extensivité, une grande intensité et une fréquente hérédité : des indigents très nombreux, excessivement misérables,
beaucoup d'entre eux provenant de parents pauvres et faisant souche de pauvres.
Trop de personnes attribuent cette plaie à une cause unique, ou tout au moins à quelques circonstances qu'il dépendrait de la société d'écarter. Stuart Mill, par exemple, et toute une école avec lui, n'y voient que la conséquence d'un excès de population ou de l'imprévoyance avec laquelle des ouvriers, sans ressources assurées, fondent des familles
D'autres s'en prennent à l'indifférence sociale, au manque d'éducation, au poids des impôts, à ce que l'ouvrier ne possède pas ses instruments de travail, ou bien encore à ce qu'il est dépourvu des « quatre droits primitifs», dont la perte, aux yeux de Considérant, devait avoir pour compensation le droit positif au travail.
Ces prémisses admises, les remèdes devenaient aisés. Stuart Mill fait une hypothèse qui concorde avec sa conception de la cause principale du paupérisme; on pourrait, suppose-t-il, éteindre le paupérisme pour une génération et l'empêcher de renaître, en procurant de l'ouvrage aux pauvres, en les y contraignant môme, en les transportant dans des contrées neuves oîi la terre abonde, le climat est sain et le sol de bonne qualité, en rachetant même en Angleterre les latifundia pour les dépecer en petits domaines. Par la pratique de ce plan complexe, avec persévérance et méthode, on détruirait le paupérisme pour une génération; puis on l'empêcherait de renaître par la réglementation des mariages, l'interdiction des unions précoces ou sans ressources, la punition rigoureuse des excès de fécondité.
On sait qu'un des principaux hommes d'État anglais contemporains, M. Chamberlain, avec son projet « des 3 acres et de la vache », emboîtait le pas au grand théoricien, pour la première partie du moins de son projet. Quant à la seconde, on nous apprenait, ces jours-ci encore, ([u'une
Anglaise millionnaire, M*"^ Martin, zélatrice infatigable de diverses œuvres de charité et d'éducation, s'est consacrée à la tâche de «ramener un peu de bonheur sur notre pauvre terre », par l'interdiction légale du mariage aux gens atteints d'un vice physique on d'un vice moral^ d'une difformité quelconque, aux gens trop paresseux ou sans ressources. C'est la théorie du mariage-récompense, comme chez les Zoulous ; ou c'est la reprise du système de l'autorisation administrative pour les unions légales, qui a tant contribué^ avant son abolition relativement récente, à démoraliser la Bavière et quelques autres États allemands.
Si nous citons ces rêves, c'est que rien ne prouve qu'ils doivent toujours rester A l'état de rêves.
L'État moderne, qui est comme un bien précaire et sans maître permanent, est toujours menacé de devenir la proie, au moins temporaire, de fanatiques : fiinatiques de la dévotion, fanatiques du progros rapide et illimité, fanatiques des sciences naturelles et de leur transposition dans l'ordre social, fanatiques de la tempérance, fanatiques de la moralité, fanatiques de l'égalité, etc.
Tous ces fanatismes divers, les uns reposant sur l'exaltation de Tamour-propre, les autres sur l'exaltation de la sentimentalité, ne conçoivent jamais qu'une face des problèmes.
En ce qui concerne le paupérisme, le tort de tous les systèmes est de regarder cette plaie comme nouvelle et tenant uniquement ou principalement à des causes contemporaines.
La pauvreté, même avec un certain caractère d'hérédilé, apparaît dans toutes les sociétés, dans toutes les races, dans tous les siècles, dans tous les climats, avec tous les divers régimes terriens et tous les modes d'organisation du travail; d'autres maladies sociales également, la prostitution, par
exemple, se rencontrent dans toutes les civilisations, môme dans celles que nous considérons comme primitives et que nous appelons patriarcales.
Il n'est pas un législateur religieux qui ne parle du devoir de secourir les pauvres, ce qui est une preuve qu'il y en a toujours eu. Or, les législateurs religieux ont tous, de longtemps, précédé a l'ère du capitalisme . Job, sur son fumier, appartient à une société primitive, antérieure non seulement à l'âge de la grande industrie, mais môme à celui de l'agriculture proprement dite, à une société encore aux trois quarts engagée dans la période pastorale.
Allez en Afrique, au milieu de peuples à demi nomades, qui ne sont pas encore contaminés par le contact fréquent des aventuriers européens, vous y trouverez des pauvres sordides, repoussants, couverts d'ulcères, les échantillons les plus misérables de l'humanité. Môme chez les peuples chasseurs, où chaque individu jouit des fameux « quatre droits primitifs» de chasse, de pôche, de cueillette et de pâture, rindigence sévit, comme chez les peuples civilisés. Un individu peut y avoir perdu ses instruments de travail rudimentaire. La vieillesse, en engourdissant les membres, y amène l'indigence absolue; la mort du chef, la maladie, la blessure, jettent souvent certaines familles des peuples chasseurs dans une pauvreté irrémédiable.
L'indigence est effroyable chez les peuples primitifs ; dans mainte peuplade sauvage, c'est un acte de nécessité et presque de piété de tuer les parents vieux; eux-mômes fixent souvent le jour de leur immolation.
La propriété collective du sol n'empôche pas la pauvreté: il y a des pauvres dans les tribus d'Arabes nomades. On en trouve dans le >/nV russe, ces « familles faibles », celles qui ont perdu leurs instruments de travail, et, suivant le mot énergique, a vendu leur âme ».
29i L'ÉTAT MODERiNE ET SES FONCTIONS.
Dans les anciennes civilisations, la pauvreté est une des causes de l'esclavage volontaire. Les maux des débiteurs remplissent toutes les anciennes histoires.
L'organisation agricole appelée allmend^ débris de Tancicnne communauté primitive, ne prévient pas la pauvreté; pour faire paître son troupeau dans les Alpes communes, il faut avoir conservé un troupeau, il faut avoir une étable pour le garantir l'hiver; pour prendre du bois dans laforôt, n faut avoir son foyer.
\insi aucun état social, aucune organisation du travail, n'ont été exempts de paupérisme; il en est de même des vices, de certaines déchéances permanentes, comme la prostitution, que les esprits superficiels s'imaginent être l'un des effets de la civilisation moderne. Tous les législateurs religieux en parlent, quoique la plupart contemporains de la période pastorale ou des débuts de la période agricole.
Bien avant notre arrivée en Algérie, la tribu saharienne des Ouled-Naïl envoyait ses superbes filles gagner une dot parleurs appâts dans les villes de la côte. Pierre Loti décrivait, il y a quelques années, le quartier des femmes Somalis à Obock, qui ne le cède en rien pour l'impudicité cynique aux faubourgs de nos capitales.
Certains de nos publicistes vivent encore dans la croj^ance naïve à l'ancien âge d'or; quand ils attribuent si légèrement le paupérisme contemporain à l'instabilité de la grande industrie, â la division du travail, aux machines, à la disparition des corporations, â la séparation de l'ouvrier de s( s instruments de production, ils oublient les armées de gueux que l'on vit si souvent au moyen âge, la cour des Miracles, les râfles d'indigents sous Richelieu ou sous Louis XIV, pour fournir des habitants aux colonies; ils n'ont jamais entendu parler de la misère au temps de la Fronde.
Pour tout homme qui réfléchit et qui compare, Texlcnsivité du paupérisme, c'est-à-dire la proportion des pauvres au nombre d'habitants, ne devait guère, autrefois, être moindre qu'au temps présent ; Tintensilé de l'indigence était certainement beaucoup plus grande qu'aujourd'hui, et son hérédité au moins égale.
Le phénomène étant permanent, les causes ne peuvent être que permanentes. D'oii vient cette plaie dont l'humanité, sous toutes ses formes, dans toutes les phases de son développement, a toujours été affligée?
Un examen attentif conduit à classer en quatre catégories principales les causes de la pauvreté : celles qui proviennent de la nature seule; celles qui tiennent à certaines circonstances sociales; celles qui se rattachent aux parents ou aux prédécesseurs du pauvre; celles enfin qui résident dans le pauvre lui-même.
Toute pauvreté mérite commisération, et, dans une limite variable, des secours; mais, suivant leur origine, aux divers cas de pauvreté doivent correspondre des degrés divers de sympathie et d'aide; telle nature de pitié et d'assistance qui serait légitime et bienfaisante pour les malheureux dont l'indigence est due à Tune des trois premières causes serait, au contraire, imméritée et dangereuse pour les indigents devant à la dernière cause leur situation.
La pauvreté qui tient à la nature seule est surtout celle qui se manifeste par des infirmités de naissance ou d'accident : les sourds^muets, les aveugles, les aliénés môme, quoique l'aliénation mentale ait souvent été préparée parle vice. On y peut joindre aussi pour les familles la mort prématurée des parents. Dans tous ces cas, la pitié, si je puis m'exprimer ainsi, peut ôtre totale et sans réserve, le secours peut être intégral. Des arrangements sociaux divers, les uns volontaires, d'autres reposant sur l'action directe
des pouvoirs publics, peuvent légitimement soulager ou atténuer ces maux.
Des instituts de sourds-muets ou d'aveugles, surtout si l'on s'efTorce de donner à ces infirmes un gagne-pain, des asiles d'aliénés, honorent une civilisation; ils n'ont, en outre, pour peu qu'on y apporte une gestion exempte de gaspillage et de luxe intempestif, aucun grave inconvénient social. Personne, en effet, ne se rendra aveugle, ni sourd-muet, ni ^ou, simplement parce qu'il se trouvera des établissements pour recueillir ces malheureux. Tout au plus pourrait-on dire que les familles, comptant sur ces secours extérieurs, ne feront pas toujours pour leurs infirmes tous les sacrifices que régulièrement elles auraient pu faire; c'est un mal, mais toute charité entraîne des maux; et celui-ci n'est que secondaire.
Encore ne doit-on pas conférer aux seuls pouvoirs publics le soin de secourir ce genre de détresse ; il faut y admettre en participation l'initiative privée, qui apporte toujours avec elle d'inappréciables éléments de souplesse, d'ingéniosité, de variété et d'invention. Ce fut une institution purement privée que celle de l'abbé de l'Epée, et il n'est pas prouvé que, simple aumônier, je suppose, d'un établissement conduit suivant des règles bureaucratiques, ce saint homme eût pu accomplir la belle œuvre qui a illustré son nom. De môme, c'est à des établissements privés en général que sont dus les récents perfectionnements dans l'organisation des asiles d'aliénés et dans leur traitement, la dissémination de ces malheureux dans des maisonnettes à la campagne, y jouissant d'une liberté relative, au lieu de leur casernement dans d'énormes édifices urbains ou faubouriens.
La seconde cause de pauvreté provient de certaines circonstances sociales, comme les déplacements qu'amènent les machines, les changements de procédés industriels, tous
les aléas que comporte, suivant l'expression de Proudhon^ <( le travail divisé et engrené ». Il ne s'agit là, en général, que d'une pauvreté passagère, qu'auraient pu prévenir, soit totalement, soit partiellement, la prévoyance et l'économie.
I/interven lion des pouvoirs publics peut avoir ici des inconvénients graves: elle tendrait à enlever toute énergie, toute élasticité d'esprit à ceux qu'elle prétendrait soulager. 11 en résulterait une regrettable dépression de l'état mental de la population ouvrière. Tout au plus peut-on admettre que, dans des crises locales d'une exceptionnelle intensilé, comme celle qui, dans le courant de ce siècle, a frappé une ou deux fois la ville de Lyon, et qui, lors de la guerre de sécession, a affligé les districts cotonniers, l'État peut •ouvrir quelques chantiers de travaux publics utiles pour aider ;\ franchir la crise. Mais la mesure est difficile à garder, et l'excès a des inconvénients graves, aussi bien immédiats que lointains.
C'est ici que les institutions libres de secours mutuels et les œuvres diverses de patronage peuvent offrir de reffica» cité. Elles ont un grand mérite, qu'aucune entreprise d'r]tat ne pourra jamais posséder, celui de se prêter à des adaptations très nombreuses, très variables, suivant tous les besoins contingents auxquels elles doivent pourvoir. Les organisations d'assurance ont ici un rôle tout indiqué.
La pire prétention de la démocratie moderne, ce qui doit, si l'on n'y prend garde, la conduire à la servitude et à rabaissement, c'est la prétention de supprimer le patronage libre, soit individuel, soit collectif, le lien moral et méritoire entre les classes. Au patronage ingénieux, discret, persévérant et réservé, il appartient d'adoucir ou de prévenir beaucoup de misères, celles qui sont particulièrement excusables et intéressantes.
Beaucoup de victimes sont faites par la troisième cause
de pauvreté, celle qui tient aux parents et aux antécédents de la famille. L'indigence héréditaire constitue le vrai paupérisme. La société n'est pas dépourvue de tous les moyens d'action contre cette catégorie de pauvres. Par la société, j'entends toujours, non pas l'organisme coercitif qui s'appelle l'État et que tant d'esprits superficiels ont le tort de confondre avec elle, mais ce milieu social, si varié, si élastique, se prêtant aux concours librement associés des hommes aussi bien qu'aux simples efforts individuels.
On trouve partout, mais spécialement dans les villes, de ces familles dégradées, qui ont perdu tout ressort moral, qui se complaisent dans la fainéantise et la mendicité, et qui élèvent leurs enfants dans le goût et l'habitude de cette vie somnolente, dépendante, étouffant en eux tout germe d'énergie et d'aspiration à une vie meilleure. La loi peut ici intervenir par des prescriptions générales pour empêcher Texploitalion des enfants et pour substituer aux parents manifestement indignes des protecteurs recommandables (1).
C'est ici que Tinstruction obligatoire pourrait avoir quelque heureuse iniluence ; mais les politiciens modernes, dont certains ne conçoivent la philanthropie que comme un thème à déclamation, ne se sont jamais avisés en France, ni dans beaucoup d'autres pays, que l'instruction obligatoire devrait surtout être appliquée à tous ces malheureux enfants de huit à treize ou quatorze ans, accompagnateurs de prétendus culs-de-jatte ou de prétendus aveugles; ils ne
(I) On a voté en France, dans ces derniers temps, quelques lois à ce sujet; d'autre part, il s'est créé beaucoup d'entreprises privées pour recueillir les entants abandonnés ou coupables, ceux ayant des parents imiignes ou ceux encore livrés à des exploiteurs, par exemple à des entrepr^neurs de mendicité, de spectacles forains, etc. Le rôle de la loi consiste ici surtout à punir les parents qui se débarrassent de leurs enfants ou abusent d'eux manifestement; mais c'est à des sociétés privées, comme la charité en fail éclore partout, qu il convient de remettre les mineurs ainsi privés de leur famille.
se sont servis de celte loi que pour molester quelques parents dont les opinions n'étaient pas les leurs et qui donnaient à leurs enfants une instruction autre que celle des écoles publiques.
Un vaste champ est ici ouvert à l'initiative privée : les œuvres pour l'enfance abandonnée ou coupable sont devenues nombreuses. Il ne faut certes pas leur attribuer une vertu souveraine ; mais si le paupérisme peut être diminué, c'est par une action bienfaisante et intelligente exercée sur les enfants des misérables. Avec son uniformité et sa rigueur, ses fonctionnaires nommés par des considérations politiques, l'action publique se trouve, pour une entreprise si délicate, dans des conditions fort inférieures à celles de la plupart des œuvres indépendantes.
De toutes les catégories de pauvres, chacun avouera que la quatrième, celle qui doit la pauvreté à ses propres vices, est de beaucoup la moins intéressante. L'assistance publique a plus de chances de l'accroître que de la réduire.
Les vices humains peuvent se transformer, se modifier dans leurs manifestations ; peut-être certains peuvent-ils perdre de leur prise sur quelques catégories d'hommes: on ne voit plus guère les classes élevées et moyennes s'adonner à l'ivrognerie ; on peut rêver qu'à la longue, avec un certain régime, ce vice fera moins de victimes dans la classe ouvrière. On peut se flatter également que l'instruction et l'exemple développeront le sentiment de la prévoyance. Ce sont là des espérances permises, quoique sujettes à bien des déceptions.
11 est d'autres vices qu'il serait chimérique d'espérer vaincre : le principal, c'est la fainéantise.
11 y aura toujours sur cette terre des hommes sans courage, préférant l'incertitude du pain quotidien à l'effort régulier; il y aura des Diogènes pratiques, aimant la vie
animale, oisive, des sortes de philosophes cyniques qui, par conviction aussi bien que par faiblesse, ne voudront jamais acheter le confortable et la dignité au prix de la tension prolongée de leurs muscles ou de leur esprit. Tout ce que l'éducation peut faire pour combattre ces penchants, l'assistance, avec la régularité ou la probabilité de ses secours ou de ses aumônes, le détruit. L'assistance légale en Angleterre en 1887, secourait 110,000 pauvres capables de travail (adults ahlebodied).
En France, vme expérience des plus intéressantes a été faite dans ces temps récents. M. Monod, directeur au ministère de rinlérieur, la racontait Tété dernier à l'ouverture du conseil supérieur de l'assistance publique. Un homme de bien voulut se rendre compte de la part de vérité que contiennent les plaintes des mendiants valides. Il s'entendit avec quelques braves gens, négociants ou industriels, qui s'engagèrent à donner du travail avec un salaire de 4 francs par jour, pendant trois jours, à toute personne se présentant munie d'une lettre de lui. En huit mois, il eut à s'occuper de 727 mendiants valides, qui tous se lamentaient de n'avoir pas d'ouvrage. Chacun d'eux fut avisé de revenir le lendemain prendre une lettre qui le ferait emploj^er pour 4 francs par jour dans une usine ou dans un magasin. Plus de la moitié (415) ne vinrent môme pas prendre la lettre. D'autres en grand nombre (138) la prirent, mais ne la présentèrent pas au destinataire. D'autres vinrent, travaillèrent une demi-journée, réclamèrent 2 francs, et on ne les revit plus. Parmi le restant, la plupart disparurent, la première journée faite. En définitive, sur 727, on n'en trouvait que 18 au travail à la fin de la troisième journée. M. Monod en concluait que sur 40 mendiants valides, il ne s'en rencontrait qu'un qui fût sérieusement disposé à travailler moyennant un bon salaire.
On ne saurait nier que cette expérience et beaucoup d'autres analogues ne soient décisives. Elles devraient détourner les esprits de la charité légale dont tant de philanthropes superficiels demandent l'établissement.
Cette charité légale, voilà près de trois siècles qu'on l'appHque en Angleterre. Établie sous Elisabeth, dans des circonstances exceptionnelles, au lendemain de la suppression des couvents et au milieu d'une crise agricole, qui résultait de la substitution, dans de vastes districts, du pâturage au labourage, h\ Poor Law a fonctionné assez longtemps, sous des régimes assez divers, pour qu'on en puisse apprécier les eiïets.
Elle n'a pas supprimé le paupérisme ; on peut supposer qu'elle Ta plutôt augmenté ; elle a éteint le sentiment de la prévoyance, de la responsabilité personnelle, de la dignité; elle a étoufle les vertus de famille dans toute une partie de la classe ouvrière britannique. Les secours proportionnels au nombre d'enfants y encouragaient la débauche, au point que, dans certains districts, on ne rencontrait plus de jeunes filles d'une conduite régulière. Le rapport des commissaires des lois des pauvres en 1831 l'affirme avec netteté.
Quand on modifia la loi des pauvres en 1834, elle avait ruiné une partie des campagnes anglaises, et, par le poids des taxes, fait abandonner la culture de quantités de fermes. Réformée à cette époque, devenue plus dure, infligeant aux pauvres des ivorkhouses un traitement qui ne diffère guère de celui des condamnés dans les prisons, Tassistance légale, malgré quelques adoucissements dans ce:^ temps récents et le développement des secours à domicile, n'exece pas plus d'effet sur Textensivité et l'intensité du paupérisme en Angleterre que la plupart des spécifiques des charlatans n'en ont sur les maladiesi^bysiques les plus graves.
On a beaucoup prôné un système d'alliance de l'assistance publique et de la charité individuelle, qui est connu sous le nom de système d'Elberfeld et qui est pratiqué dans cette ville depuis 1853. Il aurait réduit la proportion des indigents dans cette ville de 1 sur 12 habitants à 1 sur 83. Les procédés suivis à Elberfeld n'ont rien de bien original ; ils consistent seulement dans des visites fréquentes aux pauvres et dans une sorte de direction morale exercée sur chacun d'eux; c'est l'opposé de l'organisation bureaucratique de l'assistance et de la charité légale dans le sens strict du mot.
Tout régime qui reconnaît à l'indigent un droit strict aux secours est essentiellement démoralisateur et multiplie le fléau qu'il prétend extirper. Étant donné le penchant de l'homme à l'indolence, sa tendance à sacrifier la sécurité du lendemain aux jouissances du jour présent, si les pauvres sont à peu près aussi assurés de vivre avec un minimum de bien-être que les gens qui travaillent, que les hommes du moins qui vivent des métiers inférieurs, le principal attrait au travail, qui est la nécessité, s'évanouit.
On produit ainsi deux maux : d'une part, on diminue la production, puisque des individus valides sont secourus sans travailler; d'une autre part, on fait un prélèvement sur celte production diminuée pour nourrir des fainéants. On accable le travailleur au profit du paresseux.
On menace la France, à Theure actuelle, de l'établissement d'une assistance officielle dans les campagnes. L'esprit des bureaucrates ou des parlementaires, également féconds en niaiseries nuisibles, pourrait difficilement inventer une mesure plus préjudiciable au pays. Autant vaut dire qu'on se propose de multiplier dans les campagnes les vauriens.
Cette population rurale qui est si éprouvée par le poids des im^JÔLs, ces terres dont le revenu tend à disparaître,
ces propriétés de toutes tailles, grandes, petites et moyennes, éy:alement épuisées par l'activité désordonnée des administrations scolaires et vicinales, auraient encore à supporter de nouvelles taxes pour des pauvres qui aujourd'hui sont peu nombreux, que les relations cordiales de bon voisinage secourent à peu de frais, sans aucuns fonctionnaires parasites.
Les bureaux de bienfaisance ruraux, qui fonctionnent aujourd'hui, ont déjà bien des inconvénients. Il est des villages, d'ailleurs aisés, où la moitié de la population s'y fait inscrire comme à une sorte de fonds commun qui doit être également réparti entre tous les salariés. Un des hommes qui ont appartenu à la haute administration de l'assistance, M. de AVatteville, dans un /{appoint su?- la situation du paupérisme en France, avait le courage d'écrire : « Depuis soixante ans que l'administration de l'assistance publique à domicile exerce son initiative, on n*a jamais vu un indigent retiré de la misère et pouvant subvenir à ses besoins par les moyens et l'aide de ce mode de charité. Au contraire, elle constitue souvent le paupérisme à l'état hi^réditaire. Aussi voyons-nous aujourd'hui inscrits sur les contrôles de cette administration les petits-fils des indigents admis aux secours publics en 1802, alors que les fils avaient été en 1830 également portés sur les tables fatales. » C'est ce régime que des administrateurs, jaloux d'accroître leurs attributions, proposent d'étendre aux campagnes (1).
(1) La Convention avait décrété la formation d'un « Grand livre de la bienfaisance publique » à opposer au ce Grand Livre de la dette publique ». Cl'Uc idée ne fut heureusement pas appliquée. Ce grand livre eût fait foisonner les fainéants.
Les Bureaux de bienfaisance, institutions officielles qui existent dans presque toutes les communes françaises de quelque importance, répartissent la charité de la manière la plus fantaisiste. Dans les communes pt* u populeuses et où le bureau a, par suite de fondations, des ressources aï^scz considérables, on inscrit commepauvres presque tous les habitants.
L'ÉTAT MODlilRNE ET SES FONCTIONS.
Impuissante à extirper le paupérisme, Tassistance pv\blique a une influence merveilleuse pour en développer les germes épars et inertes.
tous ceux du moins qui ne sont pas fort aisés. On consultera sur ce point avec profit les éludes publiées par M. Hubert Valleroux, sous le titre <ie La Charité officielle : les bureaux de bienfaisance^ dans V tJco no f?iis te français du 15 décembre 18S8 et du 12 janvier 1889. En voici quelques extraits :
« M. de Watteville ne donne de chiffres que par départements. 11 nous apprend que les secours distribués à chaque indigent avaient, en raunue IS^:^, varié de 1 fr. 27 à 40G fr. dans la Cote-d'Or; de 0 fr. 28 à 1U:> Ir. 81 dans la Gironde ; de 0 fr. 2 4 à 22» fr. dans la Marne; de 1 fr. 2G à 449 fr. 90 dans la Mayenne et enûn, dans le Doubs, de 1 fr. 40 à 8 .9 fr. 50.
« H nous donne aussi sur le nombre des indi^^ents secourus de? chillVes bien faits pour surprendre : la commune de Plagny (Cote-d'Or) avait iûscrit à son bureau de bienfaisance 340 pauvres sur G75 habitants et la Côte-d Or n'est pas un département pauvre; la commune de llottier (Drùme) avait 140 inscrits sur 200 habitants; celle de Clermont (Meuse) avait 1,142 pauvres sur 1,498 habitants, celle d'Astaing (Nord\ 430 pauvres sur 489 habitants.
« Venons à l'enquête de 1874. Nous y allons voir les plus extrêmes différences et les contrastes b^s plus surprenants.
« Voici, par exemple, dans le département de TAin, deux communes rurales dont Tune, Montracot, secourt 3 pauvres avec 6G francs, tandis^ que Taulre, Domsure, en assiste 40 pour 7 7 francs. Le bureau de bionlaisance d'une commune de l'Aisne, Verly, a 1,700 francs de revenu venant tout du produit d immeubles et de rentes sur l'État; aussi s'est-il donné le luxe d*inscrire 251 pauvres sur un total de 974 habitants, tandis qu'il côté le bureau de bienfaisance de Crépigny, commune de 514 habitants, n'a secouru que deux pauvres, pour lesquels il a dépensé 10 francs. Le bureau de Jjieniaisance de llobiou (Basses-Alpes) a 33't francs de recette et secourt 30 pauvres, celui de Montjustin, môme région, qui a 503 francs de revenu, n'en secourt que 5 (sur 178 habitants).
a Voici deux communes de TAriège pourvues de bureau de bienfaisance, dont Tune, Argen, a 150 pauvres inscrits sur 184 habitants, tandis^ que l'autre, Ignaux, n'eu a pas un seul, bien que son bureau possède 215 francs de revenu.
« A l'autre extrémité de la France, même diversité inexplicable. Arincourt, dans les Ardenues, a 400 haliitiints et son bureau de bienfaisance secourt 64 pauvres. La Neuville-les-Wasigny a 830 habitants et son bureau de bienfaisance assiste 390 personnes réparties en 75 ménages, presque la moitié de la population. Et puis, dans le même département, Frisole a 228 habitants et seulement 2 pauvres secourus; Brignon, sur 528 habitants, n'a que 4 pauvres inscrits, Herpy n'en a que 2 sur 409 habitants.
« Le nombre des pauvres secourus dépasse parfois la moitié de la population. Dans le Nord, Saint- Waast a 411 inscrits sur G9G habitants et Tillov en a 200 sur 350 âmes. Dans le Pas-de-Calais, le bureau dii
l'état et L'ASSISTANCE PUBLIQUE.
Elle est dépourvue, en effet, de tout moyen de combattre la pauvreté volontaire et opiniâtre. Partout où les administrations publiques ont voulu faire travailler les pauvres, elles ont échoué. Gomment pourraient-elles réussir?
On connaît déjà les difficultés presque inextricables du travail des prisons; or il n'y a qu'une cinquantaine de mille prisonniers. Les ouvriers libres se plaignent de la concurrence que leur font ces travailleurs d'État, de la dépréciation qui en résulte pour leurs salaires. Comment ferait l'État si, à ces 50,000 détenus pour crimes ou délits, il joignait un nombre triple et quadruple de pauvres valides des deux sexes?
bienfaisance de Rocquigny secourt 610 personnes sur OGO qui font la population de la commune; celui de Vêlez en secourt 260 sur 357 habitants, celui de Lorgies 293 sur 416 habitants.
« Voici des communes toutes rurales où nous trouvons aussi de gros chiffres d'inscrits. Coulivron, dans la Côte-d'Or, département oh Tai- «ance est assez générale, a 68 pauvres inscrits sur 263 habitants; plus du quart de sa population. Plaimbois-Vennes, dans le Doubs, olfre mieux encore : 70 pauvres secourus sur 246 habitants. Mais ici ce gros chiffre s'explique ; le bureau de bienfaisance est riche ; il a 1,894 francs de revenu et il a fait comme celui de Vcrly, déjà cité, il s'est montré facile pour les admissions.
a C'est le haut revenu de certains bureaux de bienfaisance qui explique le nombre surprenant d'indigents secourus que Ton constate en quelques communes rurales situées d'ailleurs dans des départements aisés. Ainsi Allemagne, dans le Calvados, a 270 indigents secourus sur ^93 habitants. C'est que son bureau de bienfaisance possède 1,293 francs de revenu. Saint-Maurice-Saint-Germain (Eure-et-Loir) compte 178 pauvres sur 518 habitants, plus du tiers, et pourtant TEure-et-Loir n'est pas un pays pauvre et encore ce gros chiffre est antérieur à la crise agricole. Que Ton cesse de s'étonner; le bureau de bienfaisance de Saint- Maurice a 9,216 francs de rentes. Avaray, dans le Loir-et-Cher, une région où l'indigence est rare, a 250 pauvres inscrits sur 803 habitants. Son bureau de bienfaisance a 2,189 francs de revenu. Dans tous ces départements, les communes voisines sont loin d'offrir une pareille i)roportion d indigents. Saint-Germain-des-Angles, dans TEure, a un bureau de bienfaisance jouissant d'un revenu annuel de 5,610 francs, 55 habitants, sur 83 que compte la commune, en proûtent. Mais le plus beau résultat nous est donné par le bureau de bienfaisance de la commune d'Oisy (Pas-de-Calais); il a 2,362 francs de revenu et les dépense, mais il en fait une sorte de distribution entre les habitants, car tous sauf quatre (256 sur 260) sont inscrits comme indigents. »
On en est venu, en Angleterre, à imaginer des expédients qui dégradent le travail et Thomme. On s'efforce de rendre improductif le labeur des inoy^khouses. On fait exécuter aux pauvres des exercices physiques fatigants, on les met dans des engrenages mécaniques, sortes de moulins à marcher, où ils doivent remuer leurs membres comme des écureuils, sans produire aucun résultat utile. Pour ne pas déprécier les salaires des ouvriers libres, pour ne pas laisser l'indigent dans l'indolence, qui est pour lui la jouissance suprôme, on le transforme en une sorte de Sisyphe.
L'assistance privée a souvent bien des défauts, mais au moins elle travaille avec des ressources volontaires ; elle satisfait l'âme et le cœur de ceux qui s'y associent. On peut créer trop d'ouvroirs, en vendre les produits à trop bas prix, on peut multiplier outre mesure les œuvres qui, isolées, pourraient faire quelque bien, l'Asile de nuit, la Bouchée de pain; mais les excès de l'assistance privée sont contenus parla limite même des recettes libres qu'elle peut recueillir ; ses fautes sont restreintes, en ce sens qu'elles sont partielles, qu'elles ne se rattachent pas h un système bureaucratique suivi automatiquement sur tout le territoire.
Les erreurs de l'assistance privée se corrigent plus vite^ parce qu'il n'est pas besoin de recourir à ce lent et pesant appareil appelé le parlement, de passer par toute la filière de cette procédure compliquée qui constitue la confection d'une loi, pour arrêter le développement d'institutions reconnues nuisibles. Quand le public s'aperçoit que les « Bouchées de pain » ou les « Asiles de nuit » se multiplient outre mesure, et que, au lieu de secourir seulement quelques infortunes intéressantes, leur pullulement fait pulluler la fainéantise, les cotisations privées diminuent et les donations disparaissent.
L'État, au contraire, est un organisme de généralisation
et de fixation, si Ton peut ainsi parler. Il répugne aux expériences de détail et aux adaptations successives. Il donne à tout ce qu'il louche un caractère d'universalité et de relative permanence.
Sa prétention de diriger et d'accaparer Tassistance est l'une des plus nuisibles qu'il puisse avoir, Tune de celles qui tendent le plus à dégrader la société et l'homme, en enlevant au riche le mérite d'une générosité spontanée, en donnant au pauvre l'idée fausse qu'il a un droit positif sur l'avoir de la société.