LE RÉGIME DU TRAVAIL ET LES ASSURANCES
civilisée qui la rend singulièrement sensible aux déceptions et fait qu'elle se lasse, après quelques générations, des idées et du régime auxquels elle avait eu leplus de foi ; ensuite une tendance, qui s'accentue de plus en plus, sous l'impulsion démocratique, dans ce dernier quart de siècle, et qui consiste à mettre la conscience collective et la volonté collective, définies par un parlement élu, à la place de la conscience et de la volonté individuelle.
L'idée de la liberté personnelle est remplacée par Tidée d'une sorte de liberté commune et fictive consistant en ce que le peuple détermine lui-môme à chaque instant, directement ou par des représentants, le régime auquel tous devront se plier. Ce n'est pas l'individu que l'on veut libre, c'est en quelque sorte le corps social considéré comme une unité vivante.
Un honmie d'Etat anglais, dont le radicalisme est peutêtre aujourd'hui un peu assagi, M. Chamberlain, disait, il y a quelques années, que le peuple n'a plus rien à craindre de l'intervention de l'État, parce que lui-môme est devenu rÉtat (1). Cette sorte de panthéisme politique qui perd de vue les citoyens isolés pour ne plus considérer que l'agrégat qu'ils forment, qui oublie la vie réelle des premiers pour la vie fictive du second, tend à devenir la religion démocratique. C'est bien d'une religion, en effet, qu'il s'agit, c'est-à-dire d'une croyance comportant à la fois des mystères, une exaltation sentimentale et des formules qu'aucun adepte ne s'avise de vérifier.
(l) He told the peoplc that there \vas uo louger anything to fear in State interférence, becaustî they themselves had become the State (Liberty and Sociaiism, hy ttie earl of Pembroke, page 20).