FONCTION DE CONSERVATION GÉNÉRALE
Comme représentant de la perpétuité sociale, l'État doit veiller à la conservation des conditions générales d'existence de la naliou, page 120. — Conservation du climat, du territoire cullivable, des richesses naturelles qui ne se reproduisent pas, page 121. — Dans cette lâche l'État peut être aidé par les particuliers ou les associations, mais il ne doit pas s'abstenir, page 121.
Merveilles de la Hollande dans sa lutte contre les eaux, page 121.
Exemples en France de belles études théoriques et de beaux travaux pratiques pour cette œuvre de conservation générale, page 192.
La politique hydraulique est chez les peuples de l'Europe à peine à son début, page 122. — Le rôle de l'État peut être considérable pour la conservation ou le repeuplement des forèts, page 193. — Son intervention en cette matière est beaucoup plus nécessaire dans les pays méridionaux que dans les septentrionaux, dans les pays démocratiques que dans les pays aristocratiques, page 124.
De l'infériorité de la France, relativement aux États allemands, pour l'entretien des forêts domaniales, page 125. — L'État doit faire observer les lois sur la chasse et sur la pêche, et préserver d'une exploitation destructive les richessés naturelles qui ne se reproduisent pas, page 126. — Insuffisance de l'État moderne pour l'accomplissez ment de cette tâche importante, page 121.
J'arrive à la troisième fonction de l'État, l'une des plus importantes et des moins bien remplies. Je ne ferai qu'en indiquer les grandes lignes.
L'État est le représentant de la perpétuité sociale, il doit veiller à ce que les conditions générales d'existence de la nation ne se détériorent pas; c'est là le minimum; ce qui vaudrait mieux encore, ce serait de les améliorer.
Les conditions générales d'existence de la nation sont des conditions physiques et des conditions morales, Je ne
SERVICE DE CONSERVATION GÉNÉRALE. at parlerai en ce moment que des premières, qui sont moins sujettes à contestation.
Elles consistent d'abord, autant que l'homme y peut réussir, dans le maintien ou l'amélioration du climat, dans la conservation du territoire cultivable, dans la protection des richesses naturelles qui ne se reproduisent pas. Pour l'accomplissement de celte tâche multiple, qui est l'une de celles que le passé a le plus négligées, l'État doit lutter tantôt contre certaines forces naturelles qui ne se laissent pas aisément contrôler, tantôt contre la cupidité ou l'imprévoyance des générations actuelles.
Maintenir intact le sol contre les fléaux de la nature qui sans cesse le menacent, c’est-à-dire, dans des contrées comme l'Europe, protéger le littoral contre les envahissements de la mer, les terres intérieures contre les inondations et les ravages des cours d'eau, préserver le pays de la sécheresse par la conservation des forêts, voilà des tâches qui n'incombent pas à l'Etat seul, mais pour lesquelles il a qualité, 11 peut être aidé par les particuliers et les associations; il ne doit pas se résigner, toutefois, à l'abstention.
La Hollande a fait des merveilles dans sa lulte contre la mer, Tous les éléments de la nation y ont contribué : M. de Laveleye, grand partisan en général de l'intrusion de l'État, a exposé, dans son ouvrage sur l'Agriculture belge, toutes les conquêtes agricoles que des particuliers entreprenants ont faites sur les flots dans les Flandres et en Néerlande : ces riches terres que l’on appelle des po/ders sont des triomphes de l'industrie privée; mais il avait fallu auparavant que soit des syndicats libres de propriétaires de tout un district, soit plus généralement des communes ou des provinces, construisissent des digues et fissent les ouvrages principaux. Le ministère des eaux est l'un des premiers départements ministériels de la Hollande.
Le profit actuel ou prochain n'est pas toujours suffisant pour pousser les particuliers à l’action en ces matières; puis, l'œuvre, pour être efficace, doit souvent s'étendre sur une surface considérable ; il faut parfois l'entente et le concours, non seulement d'un grand nombre d'habitants d'un district, mais de tous ou presque tous les détenteurs du sol dans ce district. Quand cette entente vient à manquer, l'intervention de l'État, soit sous la forme mitigée, soit sous la forme absolue, est justifiée. La France peut se vanter de quelques beaux travaux dans ce genre. L'inspecteur général des ponts-et-chaussées Brémontier trouva, vers la fin du xvm® siècle, le moyen de fixer les dunes du golfe de Gascogne entre la Gironde et l'Adour et les couvrit de fort belles forêts de pins, préservant ainsi les villages et les terres cultivées. Dans le courant de ce siècle un autre ingénieur du même corps, M. Chambrelent, sut faciliter l'écoulement des eaux dans les Landes, assainir le pays par de nouvelles plantations, de sorte que des terrains ont élé gagnés sur des marécages et sont devenus productifs pour la nation. On peut citer quelques autres exemples soit d'études théoriques, soit de travaux pratiques entrepris par des fonctionnaires de l'État pour des œuvres de conservation générale. Un ingénieur public, M. Surrel, a publié notamment un fort beau livre sur les torrents et a demandé le rehoisement des Alpes. Son appel a amené le gouvernement à faire voter des lois et à prendre des mesures, incomplètes encore, pour reboiser les montagnes et régulariser les eaux.
On peut dire que la politique hydraulique est chez les peuples de l'Europe encore en enfance. Les cours d'eau doivent être régularisés, endigués ; jusqu'ici, on les a considérés principalement au point de vue de la circulation des marchandises. Il y a un autre intérêt, celui des irrigations, celui de la régularisation du débit, de la création de réservoirs et