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CHAPITRE PREMIER

TENDANCE DE L'ÉTAT A INTERVENIR DANS LE RÊGIME DU TRAVAIL ET DANS LES ASSURANCES.

lmpossibilité de suivre l'État dans tous les domaines où l'on veut l'attirer, nécessité de choisir quelques exemples, page 413. — Ancienneté de l'immixtion de l'État dans les questions d'industrie et de travail,

page 314. — Les deux causes qui tendent à reconstituer les anciennes eutraves, page 314. — Idée fausse que le peuple n'a plus rien à craindre de l'intervention de l'État, parce que lui-mème est di l'État, page 315. — Sorte de panthéisme politique ayant les allures d'une religion, page 318.

Si nous voulions suivre l'État dans l'infinité des domaines où les politiciens contemporains et, surexcité par eux, le corps électoral cherchent à l’entraîner, notre tâche serait interminable, 11 nous suffit ici d'établir d'abord, comme nous croyons l'avoir fait, la nature concrète de l'État moderne, si méconnue de la plupart des philanthropes qui le convient à des attributions chaque jour croissantes, puis, comme illustration, de décrire son procédé d'action dans quelques-uns des champs principaux dont il s'est emparé et qu'il rêve d’accaparer,

Celui qui s'est donné la peine, non pas de noter vague-

ment les contours flottants de l'État idéal, sorte d'ombre sans réalité, produit indécis de l'esprit et du sentiment, mais d'étudier l'État vivant, agissant, la qualité et la mobilité des éléments qui le composent, les ressorts qui déterminent ses volontés et ceux qui les traduisent en actes, celui-là seul commence à se rendre compte de ce que l'on peut légitimement demander à l'État et judicieusement attendre de lui,

7 L'examen impartial de quelques-uns des grands services dont il s'est chargé achève de fixer et de préciser la con-

ï ception de l'État moderne; l'observateur qui a passé par ces attentives recherches se trouve alors à l'aise, dans chaque cas particulier, pour se prononcer entre l'action, si souvent invoquée, de l'État, celle des individus agissant isolément, ou celle de la société, qui, par une inépuisable force sponlanée et instinctive, en dehors de tout organisme de contrainte, crée tant de groupements libres, tant d'associations de toute taille, tant d'agencements variés et de combinaisons diverses.

Il nous à paru qu'il convenait d'observer le rôle que l'État. a assumé dans la réglementation du régime du travail et dans l'application du principe de l'assurance.

L'immixtion de dans les questions d'industrie et de travail a de profondes racines dans le passé. Sous l'ancien régime, les corporations, les jurandes, les maîtrises, les règlements professionnels reconnus et adoptés par l'État, ayant à leur appui la police et les tribunaux, constituaient, dans le monde industriel, une intervention d'Étaten quelque sorte continue et normale. Puis toutes ces lisières ou presque toutes avaient été déchirées : l'industrie et le travail s'étaient trouvés rendus au régime de la liberté.

Aujourd'hui l’on tend à reconstituer ces entraves; deux causes y contribuent : celle inconstance propre à l'humanité

LE RÉGIME DU TRAVAIL ET LES ASSURANCES. 315 civilisée qui la rend singulièrement sensible aux déceptions et fait qu’elle se lasse, après quelques générations, des idées et du régime auxquels elle avait eu le plus de foi ; ensuite une tendance, qui s'accentue de plus en plus, sous l'impulsion démocratique, dans ce dernier quart de siècle, et qui consiste à mettre la conscience collective et la volonté collective, définies par un parlement élu, à la place de la conscience et de la volonté individuelle.

L'idée de la liberté personnelle est remplacée par l'idée d'une sorte de liberté commune et fictive consistant en ce que le peuple détermine lui-même à chaque instant, directement ou par des représentants, le régime auquel tous devront se plier. Ce n'est pas l'individu que l'on veut libre, c'est en quelque sorte le corps social considéré comme une unité vivante.

Un homme d'État anglais, dont le radicalisme est peutêtre aujourd'hui un peu assagi, M. Chamberlain, disait, il y a quelques années, que le peuple n'a plus rien à craindre de l'intervention de l'État, parce que lui-même est devenu l'État (1). Cette sorte de panthéisme politique qui perd de vue les citoyens isolés pour ne plus considérer que l'agrégat qu'ils forment, qui oublie la vie réelle des premiers pour la vie fictive du second, tend à devenir la religion démocratique. C'est bien d'une religion, en effet, qu'il s'agit, c'est-à-dire d'une croyance comportant à la fois desmystères, une exaltation sentimentale et des formules qu'aucun adepte ne s'avise de vérifier.

{1) He told the people that there was no longer anything to fear in State interforgnce, because they themselves had become the State (Liberty and Socialinm, by the carl of Pembroke, page 2).

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