CARACTERES PARTICULIERS DE L'ÉTAT MODERNE. TA
il n'y a pas de doute que les peuples faibles, par vice d'organisation ou de direction, par lâcheté, ont été dans le passé la proie des peuples forts; el, n'en déplaise à ceux qui rfivent la paix universelle, rien ne prouve qu'il en doive Ctre autrement à l'avenir.
Mais ce mode de concurrence entre les peuples ne s'applique pas à l'ensemble de l'activité des nations ; il concerne unemanirestalion particulièredenette activité, l'organisalion militaire et l'organisation politique, dont, en dépit des jugements superficiels, la première dépend essentiellement. Puis, ce genre du concurrence n'agit qu'à d'assez longs inLervalles, qui n'ont pas une périodicité régulière; on l'oublie, on le perd de vue; il n'a sur la plupart des esprits que cette faible influence qu'exercent sur les natures peu prévoyantes les événements incertains et ù échéance indéterminée.
Un publiciste ingénieux a supposé qu'on pourrait un jour instituer entre les États une concurrence permanente, palpable, toujours agissante : il la voyait naître déjà, en l'absence même de l'hypothèse de guerre : « L'idée de soumettre les gouvernements au régime de la concurrence, écrit M. de Molinarî, est généralement encore regardée comme chimérique. Mais, sur ce point, les faits devancent peut-être la théorie. Le droit de sécession, qui se fraye aujourd'hui son chemin dans le monde, aura pour conséquence nécessaire l'établissement de la Hberlé de gouvernement. Le jour où ce droit sera reconnu et appliqué dans toute son étendue naturelle, la concuirence politique servira de complément k la concurrence agricole, industrielle et commerciale. » Et, plus loin, le spirituel auteur ajoute: X Pourquoi les monopoles politiques ne disparaîtraient-ils pas à leur tour comme sont en train de disparaître les monopoles industriels et commerciaux ? »