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CONSÉQUENCES DE LÀ NATURE PARTICULIÈRE DE L'ÉTAT MODERNE

L'Ltal moderne est lu proie successive île tous les eogoueinents, page 1)2.

— L'Étal moderne représente à sa plus haute puissance l'eDRoiiemeat moatentanè de la 'majorité de tu nation, page 62. — Les différentes aortes d'engouement dont l'État moderne peut être In proie, page (il. — Les électioDB lont comme une pEiotog raphia instantanée qui saisit UD clieval an galop et le repré.tcnte <^ternelleiuent galopant, page 63. — La législation, dans les États modernes, est, de nécessité, presquf^ toujours outrée dans le sens de l'action ou dans le sens de la réaction, page G4.

Le surmenage parlementaire ; heureux effets de l'obstruction et du référendum, page St.

L'État moderne a peu de suite dans les idées et dans le personnel, page es. — Le principe ; viclonbus spolia, page 65. — S'il évite ce péril. l'État tombe dans la gérontocratie, page 66.

L'État moderne manque par définition même d'impartialité, puisqu'il est le gouvernement d'un parti, page G7. — Le parti au pouvoir n'en a jamais que la possession précaire, pugt- 68. — Le principr delà division du travail crée la classe des politiciena avec tous leur» vices, p^igc US. — La possession précaire du pouvoir par les détenteurs de l'État moderne leur donne une activité papillonne, page 69.

— Effets analogues priidnita par les despotismes orientaux et par la démocratie contemporaine : pillage des ressources publiques, page G!).

L'État moderne ak conçoit presque jamais les intérêts sociaux sous leur [orme synthétique, page 10. — 11 est plus sensible aux intérêts immédiats, mgme secondaires, qu'à un grand intérêt éloigné, page 71. Les (onctjonu aires de l'État n'ont ni le stimulant ni le frein de l'intérêt personnel, page Tl. — L'État est soustrait aun conditions de la ^ page 71. — Réponse ù l'objection de la concurrence vi- ;s partis et entre tes États, page 72. — Du prétendu droit I, page 73. ~ L'émigration personnelle, page 74. — Motifs trop oubliés de modestie de l'Etat moderne, page 7â.

Descaraclëres géDérauz del'Élat moderne découlent des conséquences graves. Il esl absurde que la plupart des

gens qui traitenl du rôle de l'État les passent sous silence.

La première, c'est que l'Étal moderne sortaut, par des délégations à courte échéance, de la masse des citoyens, non seulement n'est pas en principe plus intelligentqu'eux, surtout que les plus éclairés d'entre eux, mais qu'il est assujetti à tous les préjugés successirs qui dominent le genre humain et qui l'entraînent : il est la proie tour à tour de tous les engouements.

Bien plus, il est à chaque moment particulier en quelque sorte le rësumé, l'accentuation, l'intensification du genre spécial d'engouement auquel était enclin le pays lors du plus récent renouvellement des pouvoirs publics, c'est-àdire lors de la dernière élection des chamliiea.

On n'a pas assez signalé ce caractère de l'État moderne : l'État moderne exprime pour quatre ans ou pour cinq ans la volonté, non pas de l'universalité de la nation, mais de la simple majorité, souvent d'une majorité purement apparente ; bien plus, il exprime cette volonté telle qu'elle s'est manifestée dans une période d'excitation et de lièvre. Les élections ne sont pas précédées de jcAnes, de prières, de retraites ; elles ne se Tont pas dans le silence et dans la méditation ; même alors elles seraient dérectueiises, parce qu'il est conforme h la nature humaine que les élections soient toujours influencées par l'intrigue et parce prestige dont jouissent les gens turbulents, les agités, les ambitieux, les politiciens professionnels auprès des Ames timides et molles qui forment, en définitive, la grande masse du corps électoral. Les élections se font dans le bruit, dans le vacarme, dans l'ahurissement.

L'électeur moderne ressemble assez au pauvre diable que le sergent racoleur happait autrefois dans un carrefour, qu'il grisait de promesses et de vin, et auquel il faisait signer un engagement pour l'armée. Ce sont les mêmes pro-

CARACTÈRES PARTICULIERS DE L'ÉTAT MODERNE. 6:t cédés que l'on emploie. Ainsi l'État moderne représente en général, élevé à sa plus haute puissaoee, l'engouement momentané de la majorité de la nation.

Or, il n'est aucun temps qui n'ait ses engouements : l'engouement de la force et de la répression, l'engouement pour la liberté individuelle illimitée ; l'engouement pour les les travaux publics ou pour une nature particulière de travaux publics, les chemins de fer, les canaux, les monuments ; l'engouement pour la religion ; l'engouement contre la religion ; l'engouement pour l'instruction publique sous toutes les formes ; l'engouement pour la tutelle et la réglementation ; l'engouement pour la liberté des échanges ; l'engouement pour la restriction des échanges et la protection, etc. 11 est mille formes d'engouements divers auxquels successivement cède une nation.

Chacun de ces engouements, c'est-à-dire chacune de ces conceptions incomplètes ou excessives, offre des périls pour la société, périls de toute nature. L'État devrait prendre à tâche de résister à ces entraînements, à ces caprices, de les dominer, de les contenir. Loin de là ; par la nature même de son origine, l'État moderne multiplie en quelque sorte et prolonge pendant quatre ans ou cinq ans un engouement momentané.

L'État moderne représente la nation à peu près comme la photographie instantanée représente un cheval qu'elle saisit au galop et qui reste pour elle éternellement galopant.

Aussi ta législation chez les États modernes va-t-ellc presque toujours plus loin que ne le désirerait l'opinion publique, devenue rassise après l'excitation des élections. De lu vient que souvent une chambre est suivie d'une autre qu'unime un esprit contraire ; ainsi s'expliquent également la contradiction fréquente, le démenti presque immédiat qu'en tou L pays les élections partielles infligent aux élections générales.

ftl L'ÉTAT MODERNE ET SES FONCTIONS.

La législation dans les Étals modernes est, de toute nécessité, presque toujours outrée, soit dans le sens do l'action, soit dans le sens de la réaction. Les trois quarts du temps d'une législature sont employés à défaire ce qu'a fait la législature précédente ou l'avant-dernière. A cette intempérance et h cet excès de législation, il y a deux remèdes : le premier, c'est l'obstruction dans le sein du parlement; le second, c'est le référendum, ou la ratification par le corps électoral entier des lois importantes que les chambres viennent de voter.

On n'appréciera jamais assez les énormes services que l'obstruction parlementaire rend aux nations; elle assure leur repos et la continuité de leurs conditions d'existence ; pour une bonne mesure peul-6tre dont elle retarde l'adoption, il en est neuf mauvaises ou inutiles qu'elle rejette dans les limbes. Le célèbre « massacre des innocents » auquel se livre, dans les derniers jours de la session, le parlement anglais, est le pins souvent la meilleure œuvre de la session. De même l'on aurait tort de se départir en France, comme on l'a proposé, de la prntique qui rend caduques toutes les propositions qui, à l'expiration des pouvoirs d'un parlement, n'ont été votées que par une seule chambre.

On a beaucoup parlé du h surmenage n scolaire, mais pas assez du « surmenage » parlementaire, qui est bien plus réel et plus dangereux. Contre le « surmenage <> scolaire, on antie ou pour refuge l'heureuse faculté d'inattenjouissent les enfants j leur corps est présent à la r esprit en est souvent absent; contre te « surmerlementaire, on a pour refuge et pour garantie obstruction, si calomniée, avec tous ses procédés, eux, soit naïfs. Il faudrait, cependant, h une soicratique qui veut être sérieuse, un autre frein, le 1, ou la sanction populaire aux lois principales : le

aRACTÉRES PAHtlCULlERS bE L'ÉTAt MODERNE. 65 référendum est l'arme défensive que les sociétés doivent lou- Jours garder en réserve contre les enlralocDients de leurs mandataires irrévocables.

Le premier grand vice de l'Élat moderne, qui consiste en ce qu'il inteasifle et prolonge pendant plusieurs années consécutives l'engouement ou l'entraînement qiis subissait le pays durant quelques jours, nous conduit à une seconde faiblesse qui dérive de la première. L'État moderne n'a pas une suite complète dans les idées, et il en a peu dans le personnel.

Mous pouvons nous contenter, croyons-nous, d'énoncer celte proposition sans qu'il soit bien nécessaire delà démontrer. Tous les pouvoirs sortant d'élections qui se déjugent souvent, le personnel qui représente l'État est très variable. Plus le principe électif lient de place dans l'État, plus cette instabilité se fait jour. Autrefois elle n'atteignait que les ministres et certaines hautes fonctions bien rémunérées ; elle tend maintenant à pénétrer le corps administratif tout entier. La lutte politique, dans lu plupart des pays, se livrant entre deux corps de doctrines sans doute, mais surtout en* tre deux armées de politiciens avides, la plupart sans ressources et affamés, il en résulte que le triomphe de chaque camp doit amener une épuration générale.

Plus la société approche du régime démocratique pur, plus celte instabilité s'accentue : elle finit par devenir une règle et trouver une formule. Quand l'un des présidents les plus fougueux des États-Unis, le général Jackson, prononça le fameux mot Victoribus spolia, aux vainqueurs les dépouilles, il parlait une langue qui est comprise des politiciens des deux mondes, et qui tend ù devenir universelle.

La France, sur ce point, se fait américaine. Pour ne citer qu'un petit fait, qui est singulièrement significatif, en 1887, à l'enterrement d'un haut fonctionnaire du ministère des

finances, l'un de ses collègues, bien connu d'ailleurs, prenait la parole en qualité de doyen, disait-il, des directeurs généraux du ministère: ce doyen avait quarante-cinq ou quarante-six ans, sinon moins. Que de révocations ou de mises prématurées à la retraite n'avait-il pas Tallu pour amener ce décanat précoce!

Les anciennes monarchies, ou même une monarchie contemporaine autoritaire, comme celle de Prusse, sont dans de tout autres conditions. Là on tombe plutôt dans la gérontocratie. L'État, en effet, échappant, pour le recrutement de ses Tonclionnaires, à ce choix éclairé, réfléchi, indépendant, auquel se livrent en général les particuliers pour les personnes qu'ils emploient, il lui est difflcile d'éviter l'un de ces défauts : ou lecaprice qui substitue chaque jourde nouveaux venus, sans apprentissage, aux hommes expérimentés; ou une fixité qui Fait de l'avancement à l'ancienneté la règle habituelle, qui décourage la plupart des natures d'élite, et qui maintient souvent au delà de leurs forces, dans de hauts postes, des personnages vieillis. Ce dernier inconvénient, toutefois, est moindre que le premier.

Mieux vaut encore, pour la bonne composition des services publics, que le fonctionnaire soit considéré comme le propriétaire de sa fonction ; c'est le cas en Prusse, ou plutôt dans toute l'Allemagne. L'emploi une fois obtenu y est possédé, sinon à vie, du moins pour une longue période fixée d'avance, sauf le cas très rare de fautes professionnelles évidentes (1). Le fonctionnaire prussien est à peu près aussi "aire de son rang et de son traitement, nous ne disons isément de son poste, que l'ofRcier français l'est de

Ernennung gUbI, sofort odtr iiifters] nacli eintr besltmmlen finen Rtektsansprach aufdas klaglos verœalUle Aint, be:. aiif sol'liing [Ge'iall), Iheili dit Lebensieil. theih auc'i nur fur ■ langere Perioden, etc. (Wagner, Finans- Witiemchafl, I, p. 09].

CARACTÈRES PARTICULIERS KE L'ÉTAT MODERNE. 67 son grade. Même alors, il reste toujours le reproche de f;érontocratie et de l'insufAsance des coDcours pour juger du mérite à l'entrée et aux divers échelons d'une carrière.

De l'instabilité du personnel de l'État moderne, en dehors des monarchies fermement autoritaires, il résulte une certaine îDcohérence dans l'action de l'État, ou du moins une diniculté à Taire mouvoir la machine avec régularité, avec précision, avec souplesse, avec ménagement, de manière à lui faire produire tout son efTet, sans lésion ni trouble pour personne. Pour la netteté de la volonté et la continuité intelligente de l'effort, l'État moderne reste ainsi fort au-dessous des individus bien doués et des corporations bien conduites.

Nous arrivons à un troisième défaut, qui est, à certains égards, le plus grave de tous, et qui, se mêlant aux autres, contribue à les développer et h les rendre plus nuisibles encore. En théorie, l'Étatreprésentel'universalité des citoyens; l'État est donc théoriquement l'être impartial par excellence. Or, dans l'État moderne, cette impartialité est une pure illusion ; elle n'existe pas, elle ne peut pas exister. Les monarchies absolues et incontestées peuvent prétendre à cet idéal de la souveraine impartiaUté; il n'est guère possible qu'elles l'atteignent complètement; mais il n'y a rien dans leur constitution même qui les en éloigne. Au contraire, constitutionnellement l'État moderne, l'État reposant sur l'élection, ne peut pas être impartial : cela est contraire à sa définition même, puisqu'il est le gouvernement d'un parti.

L'État, tel que le conçoivent aujourd'hui les peuples occidentaux, est le mandataire réel, non pas de l'universalité des citoyens, mais de la simple majorité, en général d'une faible majorité, instantanée, momentanée, précaire, variable. NOQ seulement c'est un parti au pouvoir, mais un parti tou-

es L'ÉTAT MOtlERNE BT SES PONCTIONS,

jours menacé par le parti rivnl, craignanl toujours de perdre ce pouTOir qu'il a dirBcilement conquis. Or, ce ne sont pas seulement des idées, des sentiments, ce sont aussi des intérêts qui, dans nos Apres sociétés contemporaines, peuvent être favorisés par la possession du pouvoir.

Un ministre célèbre, grand théoricien, disait un jour que la politique n'est pas l'œuvre des saints. Devançant cet aveu, l'Écrilure, toujours si merveilleusement perspicace, a assigné aux violents la conquête même du ciel : violenti raphmt illud. La violence dans les luttes politiques modernes se dissimule le pins souvent sous la ruse et l'intrigue, mais la partialité reste. Elle est encore accrue par un des efietsdece principe si actif, la division du travail et la spécialisation des professions. La conduite des affaires d'État devient un métier, non pas gratuit; on vit de l'État, comme on vit de l'autel; mais il y a partout deux personnels rivaux, sinon trois ou quatre, qui se disputent cette pitance, l'un jeûnant pendant que l'autre se repatt, chacun ayant sa clientèle et tenu de la satisfaire.

Ainsi, l'Élal moderne, que les philosophes et les abstracteurs considèrent comme la plus désintéressée de toutes les personnalités, est, en fait, voué à la partialité, à la partialité sans rel&che. Quelques hommes d'État, d'un esprit élevé, d'un cœur personnellement détaché des intérêts purement pécuniaires, peuvent essayer d'échapper à cette tendance on de la modérer; ils n'y réussissent guère, ils sont obligés de faire de constants sacrifices au parti qui les a portés et qui les soutient; s'ils ne sont pas partiaux par inclination, ils sont obligés de le devenir par tactique et avec résignation. Si l'on s'en tenait à la simple théorie, on croirait aussi que l'État est la personnalité la moins pressée qui suit, celle qui, pour l'exécution de ses volontés, a devant elle le temps le plus étendu, qui peut ne pas se hftter, faire tout avec mesure

CARACTERES PARTICULIERS DE L'ËTAT MODERNE. 69 et avec poids. C'est encore là une erreur : les détenteurs de l'État modernesont des détenteurs précaires ; ils savent qu'ils n'auront que deux, trois ou quatre ans, rarement sept ou huit, pour exécuter leurs plans, pour satisfaire leur parti. Des ministères de dix, quinze ou vingt années, comme ceux de Sully, de Richelieu, de Colbert, de Louvois, sont en dehors de leurs visées. II faut qu'ils agissent vile, sans hésitation, sans repos, sinon le rival qui les talonne, le successeur présomptif, qui est l'ennemi, les surprendra, les renversera avant qu'ils aient rien Tait. De là cette activité papillonne qui crOeure tout à la fois, qui s'étourdit de son perpétuel bourdonnement.

On sait combien la possession précaire est fatale à une terre, à une entreprise ; cette possession précaire a pour les États des inconvénients analogues, moindres, si l'on veut, quand est bornée la sphère d'acLion que la coutume ou les lois ouvrent aux pouvoirs publics, mais énormes quand cette sphère d'action est étendue et qu'elle tend à devenir illimitée.

Voyez comment des institutions contraires en apparence, mais assez semblables au Tond, conduisent à des résultats analogues. On sait que certaines monarchies de l'Orient ont des ministres qui changent à chaque instant : le désordre' administratif et le pillage du trésor en sont ta conséquence. Les États modernes ont, eux aussi, un personnel variable, et qui tend chaque jour à le devenir davantage ; il en dériva les mêmes elTets : la dissolution administrative et le pillage des ressources publiques.

Ce pillage, il est vrai, s'opère d'une autre manière, suivant une méthode plus hypocrite, avec des formes plus douces, en général avec des formes légales. On s'approprie le bien de la communauté par des créations de places superQues, parla mise prématurée à la retraite de fonclion-

naires parraitemeot valides et capables. De là, en France, les 100 millions d'aogmentation du chiffre annuel des pensions depuis quinze ans; de là encore l'insUlutton de 200,000 fonctionnaires nouveaux au moins, dans la mSme période. Ainsi, malgré l'opposition des étiquettes gouvernementales, les intrigues et les caprices des despotes d'Orient, les intrigues et les caprices du corps électoral produisent des effets de même nature.

Nous n'avons pas épuisé l'énumération de tous les traits particuliers qui caractérisent l'État moderne et qui influent sur tous ses actes. L'un de ces traits les moins connus, et dont les conséquences sont les plus graves, c'est la façon générale dont l'Etat moderne, l'État électif, conçoit les intérêts de la société, et dont il cherche par conséquent à les satisfaire.

Par suite de son origine, qui est l'élection incessante, toujours disputée et & peu près indécise,' l'État moderne ne conçoit presque jamais les intérêts sociaux sous leur forme synthétique; il ne les aperçoit que morcelés, dans la situation d'antagonisme les uns avec les autres. Il n'a, pour ainsi dire, jamais en vue que des intérêts particuliers; l'intérêt absolument collectif lui échappe. 11 se figure, comme le vul- ■gaire, que l'intérêt général n'est que la somme des divers intérêts particuliers, ce qui est une proposition d'ordinaire vraie, mais qui ne peut pas être toujours admise sans réserve. S'agit-il d'une des questions les plus débattiieFi de notre temps, celle des relations douanières avec l'étranger? Chacun des intérêts particuliers engagés dans la protection, ou du moins qui s'y croient engagés (car ces intérêts particuliers se trompent souvent eux-mêmes et sont parfois la dupe d'apparences), frappera beaucoup plus l'État moderne que le stimulant général, le surcroît graduel de vitalité qu'un régime commercial libéral assurerait à l'ensemble du

CARACTÈRES PARTICULIERS DE L'ÉTAT MODERNE. Il

pays. De même pour les travaux publics, de même aussi pour l'instruction, de même pour la force nationale.

Ainsi qu'il est plus Trappe des intérêts particuliers que de l'intérêt synthétique de la nation, l'Etat moderne, par les mêmes raisons d'origine et de pouvoir précaire, est aussi plus sensible aux intérêts immédiats et présents qu'à un intérêt plus grand, maisdiiféré ou lointain. En cela il est en contradiction avec une des plus importantes missions de l'État, qui est de préserver l'avenir, même l'avenir fort

Voici encore deux autres faiblesses qui, celles-ci, na s'appliquent pas seulement à l'Élat moderne, l'Etat électif, mais ù tous les Étals. Au point de vue strictement professionnel, dans les œuvres techniques qu'ils dirigent, les fonctionnaires publics n'ontni le stimulant ni le frein de l'inlérét personnel.

Dans les conditions habituelles où ils op&rent^ ils se trouvent, dans une certaine mesure, détachés de leur œuvre, ou du moins de certaines des conséquences de leur œuvre. Sans doute, ils peuvent être animés de sentiments élevés, de zèle pour le bien général ; mais ce zèle n'a pas cette sanclion qui consiste dans le conlre-coup immédiat et nécessaire des résultats pratiques de leurs travaux. L'honneur même, qui de tous les sentiments dont ils sont inspirés est le plus haut et le plus efficace, peut quelquefois les induire en faute. Ils prennent souvent le change sur le caractère de leur mission ; ils cherchent le grand au lieu de l'utile, ce qui peut tes distinguer et les honorer, au lieu des tAches vulgaires et banales qui conviennent au train de chaque Jour. Ils se placent, m6me pour des entreprises communes, à un point de vue esthétique qui conduit à un gaspillage de forces ; on le voit pour les routes, les chemins, les écoles.

LÊTAT MODEBNE ET SBS KONCTIONS.

'arrive i la dernière des faiblesses de l'État, quel qu'il ., moderne ou aociei), républicain ou monarchique, ipéré ou despotique. L'État est soustrait aux conditions la concurrence, la plus énergique de toutes les forces aies, celle qui tend le plus au perfeclionnement de la été et de l'indiridu.

vec ce double pouvoir de contrainte légale et de con- Dte fiscale qui lui est dévolu, l'État, quand il agit sur errituire de la nation, n'a pas à redouter qu'on le supite, qu'on l'annule, qu'on le supprime. Étant une pernalité sans rivale, puisqu'il est la seule de son espèce, st à l'abri de cette éviction, de cet anéantissement, [[uels sont exposés les individus ou les associations libres remplissent mal ou médiocrement leur t&cbe.

n fera peut-être ici quelques objections : on dira que, État, considéré in aèslracto, est soustrait à toute con- 'ence, les partis politiques qui se disputent l'État et qui ossëdenttour à tour sont, au contraire, dans la situation loncurrents constants et acharnés. Cela est vrai; mais jecUon, pour n'être pas absolument dépourvue de ée, n'en a qu'une insuffisante. Ces partis en lutte sont i des critiques sévères les uns des autres, des ennemis I merci; mais, en dehors des idées générales qu'ils ser- : et qui diffèrent, leurs procédés pratiques d'adminision, leurs défauts qui tiennent à leur nature, sont, avec [que diversité d'inLensité, à peu près les mêmes, ne autre objection plus fondée, c'est que la concurrence le existe pour l'Etat, sinon dans l'intérieur même de jue État, du moins dans ses relations avec les étal« ins; elle se manifeste même de la façon la plus énerle, la plus dramatique, par la guerre, l'iovasion, le dénbrement ou l'annexion. Ici l'objection est exacte : la rre est l'un des modes de In concurrence entre les États ;

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