‹ L'État moderne et ses fonctions (volume 5)Chapitre 15 sur 89 · SEHVICES DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE. K · texte numérisé non relu

SEHVICES DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE. K

tice. L'nppareil obligatoire, coercitir, est ici de rigueur. Si l'État ne s'en chargeait pas, il faudrait que dex particuliers ou des sociétés privées le constituassent, empiriquement, partiellement, insuffisamment.

Une certaine intervention dans la préparation, sinon dans l'exécution des travaux publics, rentre aussi dans les besoins communs de la nation : je veux parler de l'exercice du droit d'expropriation, qui ne peut être confié qu'à l'État.

On a souvent confondu, à tort, les besoins généraux, relevant de l'initiative privée, et les besoins communs, relevant, parleur nature, de la communauté. C'est une Tante de ce genre que l'on commettait, il y a quelques années, dans l'État de Zurich, quand on consultait le peuple pour la constitution en monopole du commerce des grains. Les électeurs zurichois, souvent mal inspirés, eurent le bon sens de repousser aux deux tiers des suffrages cette proposition socialiste. Le socialisme consiste proprement à dépouiller l'individu d'une partie des fonctions qui lui appartiennent naturellement pour les conférer à l'État.

De tous les besoins communs d'une nation ou même de l'humanité, celui de justice est, après celui de sécurité, le plus considérable. Sécurité et justice ne sont pas identiques. Le second terme est beaucoup plus vaste.

L'État est, par essence, le délJnisseur des droits et des responsabilités juridiques; c'est on rôle énorme qui lui incombe ; nous verrons dans quel esprit, par quelle méthode, avec quelle prudence, il s'en doit acquitter.

Un autre caractère de l'État, c'est qu'il possède la perpétuité, ou qu'il est censé la posséder. Il dure des séries de siècles II doit donc représenter les intérêts perpétuels et les sauvegarder contre l'imprévoyance des intérêts présents. C'est une îles fonctions les plus importantes de l'État.

L'individu, on plul6t un grand nombre d'individus, les

moins prévoyants, ceux qui se possèdent [e moins euxmêmes, cèdent souvent à la tentation des jouissances immédiates, et leur sacritlent un bien-être Tutur. Quand ils ne se lèsent ainsi qu'eux-mêmes, l'État n'a pas en général à intervenir. Mais quand ils détériorent les conditions générales d'existence de la nation dans l'avenir, l'État manque à son évidente mission en s'abstenant.

L'Etat représentant ainsi la perpétuité, divers devoirs nombreux en découlent pour lui, parfois d'action, plus souvent de contrôle. Il est fort rare que l'État moderne s'en acquitte bien. Cependant, il a supprimé, souvent par jalousie, la plupart des grandes corporations durables qui autrefois suppléaient à son abstention.

L'État est le gardien naturel, le prolecteur des êtres faibles qui sont destitués d'appui. C'est un devoir auquel l'État moderne n'a aucune tendance à se dérober. Il tend même à s'en exagérer l'étendue. 11 n'est pas tenu de procurer le bonheur universel. Cette mission de l'Etat comporte des diflicultés très grandes d'application; quand on y mêle une sentimentalité excessive, quand on perd de vue la nature des choses qui veut que chacun soit responsable de ses fai* blesses et en souffre, on risque d'énerver la société et de la rendre moins apte au progrès.

L'État enfin, dans une mesure très variable, suivant les temps, les lieux, peut prêter un concours accessoire, secondaire, au développement des œuvres diverses qui composent la civilisation et qui émanent de l'initiative individuelle ou des groupements libres d'individus.

Il n'échappera pas au lecteur que, tandis que les premières fonctions que nous venons d'indiquer, la sécurité, la conservation des conditions favorables du milieu physique oii se meut la nation, sont susceptibles de beaucoup de précision et de netteté, les deux dernières, au contraire, la pro-

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