‹ L'État moderne et ses fonctions (volume 5)Chapitre 19 sur 89 · SEHVICES DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE · texte numérisé non relu

SEHVICES DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE

considérer comme type la nation qui a passé longtemps pour la plus économe, la Grande-Bretagne, les dépenses de la magistrature, de la police et des prisons {law andjuslice) ne demandaient au pouvoir central que S millions de Trancs en 1817, 8 millions 1/2 en 1837 : on les voit soudainement absorber 62,500,000 francs en 1857, puis 80 millions en 1867, m millions en 1877, et enfin, en chiffres ronds, 200 millions de francs en 1887,

Certains indices, toutefois, semblent démontrer que ce service de sécurité, qui a tellement gagné en étendue et en intensité chez les peuples modernes, souffre par certains c6Lés, subit des atteintes qui pourraient 6lre graves, qu'il tend h revenir, par certains points, à la barbarie primitive. Oue dirait, par exemple, Richelieu, le proscripteur des duels, si, revenant en ce monde, il contemplait son successeur, premier ministre en exercice, et le ministre de la guerre de la veille, entrain de se couper la gorge, sous l'œil complaisant du directeur de la sûreté générale faisant le guet pour écarter la police ?

Que diraient aussi nos anciens jurisconsultes s'ils assistaient à tous ces extraordinaires acquittements de gens qui se tuent ou se blessent sous le prétexte que, étant époux ou amants ou rivaux, ou bien encore ayant quelque motif de rancune et de haine, leurs démêlés échappent à la justice des hommes?

Que pense raient- ils de cette théorie, que tout coupable, étant un malade, a droit à de l'intérêt et à des soins, non à un châtiment?

Quelle idée auraient également de nos progrès nos anciens administrateurs, s'ils voyaient dans chaque foule et dans chaque bagarre des individus sortir de leur poche un revolver, s'en servir ou en menacer, témoignant ainsi que des classes entières de citoyens sont toujours clandestinement

armées, ce qui est peut-être pire que de l'fitre ouvertement ? Notre civilisation, qui a bien des raisons de s'enorgueillir, en aurait beaucoup aussi d'Être modeste : le civilisé, m6me occidental, laisse, & mainte occasion oii il s'oublie, reparaître le barbare.

Si des Tilles on passait aux campagnes, on verrait aussi s'y épanouir le maraudage impuni, sinon protégé, presque toléré, témoignant, en tout cas, que, au point de vue de la sécurité purement matérielle, on est loin d'approcher de la perrection.

A. ce point de vue, l'État moderne, engagé dans les liens électoraux, courbé sous le joug électoral perpétuel, ne jouit que d'une médiocre liberté et franchise d'allures. C'est là un mal secondaire et auquel, si agaçant qu'il soit, on peut se résigner, car il n'entame pas profondément le corps social.

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