LES SERVICES D'USAC.E COLLECTIF ET' LES MUNICIPALITÉS
Dussent-elles ne pas verser dans ces abus comme Paris
et Saint-Ouen aujourd'hui, comme beaucoup d'autres în-
pourvu qu'oD lai accordât uae proIoagatioD modirêe de «a cooceMion qui expire en I90b.
Si l'on avait traité sur cette Iiase avec la Compagnie, cd digcutsat ses propositions et en obtenant quelques modiâcatioDS de détail, ce qui eât été aisé, le public parisien ne payerait aujourd'hui le gaz que 31 ou !1 ceotimea le mètre cube, au lieu de 30 centimes, taux absolumeat déraiaonuable. Les consommateurs parisiens perdent doac, par l'obstinatioD du CoDseil rouoiclpal, S ù 9 rentimee sur chaque métré cube de gaz qu'ils coDEommenl ; la ville de Paris perd, elle aussi, 2 ou 3 ceutimes flur le prix moitié moindre qu'elle paye h la Compagoie et qui eût été abaissé, dans le cas d'une entente avec elle.
Or, l'on consomme 300 million» de métrés cubes de gaz, les trois quarta environ pour tes particuliers et un quart pour la Ville. L'eulètement du CoDseil municipal Tait doac perdra aux consommateur* parisiens et à la Ville approximativement IS à 30 millions par an. La perte que la présomption municipale a inOigéo aux Parisiens est déjà d'une centaine de millioos en chiffrée ronds.
Cetu perte va se prolonger, peut-être en s'aggravant, jusqu'à 1005. Ainsi le Conseil municipal de Paris aura, de I8S0 à 1905, imposé à ce pauvre peuple parisien un sacriSce de tOO à 500 millions de francs, uniquement pour ta satisfaction do dire qu'il ne veut jamais traiter avec nue Sodété anonyme.
Notez, d'ailleurs, l'absurdité du refus de s'entendre avec la Compagnie du gai pour une prolongation de la concession moyennant un abaissement des tarifs. Le Conseil municipal se Cnnde sur ce que, la concession expirant en 100&, il sera alors maître de l'industrie du gaz, pnisque, d'après les traités, il lui reviendra gratuitement toute la canalisation et, en outre, la moitièderacUrdelaCompagaie, usines et terrains compris. Uais, du train dont vont les invenUons, qui sait si, dans seize ans, le gaz sera encore le principal mode d'éclairage! En tout cas, il est bien probable que, dans le courant du vingtième siècle, la concurrence, Boîl de procédés perfectionnés de l'éclairage électrique, soit de toute autre découverte nouvelle, forcera les Compagnies de gaz à diminuer amplement leurs tarifs, Ainsi, en Mcri&ant la génération présente Jusqu'en 1005, sous prétexte de sauvegarder les intérêts des gens qui vivront dans la vingtième siècle, le Conseil municipal de Paris fait une bétÏM manifeste : il abandonne un bien présent, certain, l'abaissemeid actuel du prix du gaz qui est aujourd'hui le principal agent d'éclairage, sous le prétexte de ménager un prix du gaz plus réduit aux Parisien* du vingtième siéde, alors que le gaz sera peut-être devenu un procédé d'éclairage subalterne.
Le Conseil n'a pas procédé autrement pour l'éclairage électrique; tl voulait d'ahord n'accorder que des concessions d'une demi-douiaine d'années, il a consenti à tripler à peu près cette période, ce qui est très iiuufSsant, puisque le Pailemeatonglus a porté cette durée, après uns
S3S L'ÉTAT KODERNE ET SES rONCTIONS.
connues, il n'en resterait pas moins les grands inconvénients politiques et sociaux. Il importe de s'élever à une
longue e>t>irieDce, comme oa l'a *u dans le texte, & qnarante-deni ans.
Lei Compagoici n'ont que des charge* et presque pat de chances de bénéfices : des périodes de concession d'une esceisire brièTcté qui resserrent sur une période beaucoup trop courte l'amortissement des capilaux engagés; l'obligation d'étendre leurs services i des rues ou & des quartiers où il est notoire qu'elles ne pourront recruter qu'un nombre insignifiant d'abonnés; la faculté de rachat réservée à la Ville dans des conditions qui ne laissent à l'actionnaire aucune chance notable de profits.
On sait auSFi que )e Conseil mnnicipat s'est avisé de vouloir crier, pour l'eiploîter directemeut, une usine centrale d'électricité.
Si mal desservi pour l'éclairage. Pari* ne prend pas sa revanche pour les moyens de communication. Cest uu des points noirs de l'or* ganisation parUieone. On sait déjà comment l'affaire du Métropolitain, étudiée, remsuiée pendant dix ans, a été rejetée dans les limbes ob elle attendra longtemps qu'on vienne l'y rechercher. La conceplion qu'on s'était taite de cettd entreprise, c'est qu'il fallait absolument ruiuer la Société qui s'en chargerait : aueei avait-on accumulé lee charges, renchéri par des clauses soclelisles te prii des Iravaui, limité les bénéfices éventuel!, purement éventuels, é un taux très bas. Il eu résulte que les Parisiens n'auront pas de Métropolitain.
Il leur reste, comme consolation, le* tramways, les omnibus et le* fiacres. Mais ici encore le Conseil municipal intervient pour empêcher que t'nn quelconque de ces moyens de Imnaport puisse se développer. Il y a, dans toutes lee décisions dn Conseil municipal, un fond de malignité simieeque. Jouer des tours aux Compagnies, c'est le premier et le dernier mot de sa politique. Plusieurs des principalee lignes de tramways sont actuellement sans maître, livrées à une exploitation précaire : les Compagnie* étant tombées en Taillita, on avait traité avec la Compagnie des omnibus; mais le Conseil municipal ou le Conseil général de la Seine, ce qui eat à peu prés la même chose, rSve de se faire exploiteur de tramways, et, comme les lois ne le permettent pas, tout demeure eo suspens.
En ce moment il est dans le plein de la lutte, une lutte homérique avec la Compagnie des omnibus. Cette Compagnie ne consent pas à multiplier Indéllnimetit les voilures dans les .quartiers excentriques où il n'ya pas de voyageur*. Elleoffrait d'améliorer eon service en augmentant le nombre des départs; on D'à pas voulu examiner seulement ses propositions. La formule que veut appliquer le Conseil municipal aux Société* avec lesquelles il traite, ce n'est mGme paa : se soumettre ou se démclire. c'est simplement : se soumettre, toulours, perpétuellement, de plus en plus.
La Compagnie des omnibus a un monopole; mais elle ne demanderait pas mieux que do s'en démettre et de recouvrer sa liberté. Nous préférerions de beaucoup aussi la simple liberté au régime actuel. La solution
LES SERVICES D'USAGS COLLECTIF ET LES HUNICIPALITSS. 339 vue synthétique des choses : le c6té purement technique ne doit pas seul retenir l'obserrateiir ; les conséquences, soit indirectes, soit différées, générales et lointaines, doivent être aussi pesées.
La transformation d'une Toule de services de l'industrie privée en entreprises publiques ne se pout effectuer sans un certain et regrettable affaiblissement de l'indépendance électorale d'une part et, de l'autre, des habitudes d'association
de la question «erut dans la riduction des taies époiiTontalilei qne la Ville Impose aux Omnibus; chaque voiture doit payer 3,000 ttanca par an, ce qui est au moins quatre fois trop; en outre, les dép&ts et les icuiies de la Goinpagiiie doiveot fitrs situas dans rinlérienr de la ville, ce qui renchirit i la loii les installations par le prix du terrain, et les fournii{es par les droits d'octroi.
Il n'; a pas de monopole pour tes voitures de place, mais la ville de Paris travaille à créer un monopole pour les cochers. Sous l'impulsion de quelques cnltectiviates, on a orgeoisË, depuis peu de temps, un examen obligatoire pour les cochers de Bacre. Le jury que l'on a in sti lue se compose, en majorité, d'individus qui seproposenlpour but de diminuer, autant que possible, l'offre des cochers, aSn de taire hausser les salaires de ceux-ci. 11 on résulte qu'il refuse, comme ne connaissant pas aaseï Paria on ne sachant pas le nom exact de chaque objet du harnachement, ta moitié environ des candidats; dans les deux derniers mois, on en a refusé 300, soit 43 p. 100. Ces candidats évincés s'en retournent chei eux et éloignent tous les gens de leur entourage de venir se placer comme cochers de fiacre i Puris.
On manque donc de cochers de Sacre. Qnq cents voitures environ de Compagnies diverses ou de loueurs particuliers n'altendeol que des cochers pour être mi»es en circulation; mais l'ingénieux Jurf, institué BU mois d'août dernier par le Conseil municipal, apports le plus grand soini empËcher le recrutem'^nt. L'Exposition de 1889 s'ouvrira mus que Paris ait de? voitures publiques en nombre suffisant.
Pourquoi ne supprime-I-oii pas cet examen des cochers de Bacre et ce jury, puisque ks cochi^rs de uiallre, les camionneurs et autre* ne sont soumis A aucun examen de ce genrel
Le Conseil municipal ne s'en tient pas i ses luttes, soit ouvertes, soit sournoises, avec les Compagnips d'Éclairage et de looomotiou. Il en veut tout autant, ou A peu près, à la Compagnie de régie des eaux de Paris. Il s'est avisé de décréter l'atiounemcnl obligatoire aux eaux pour chaque babllant; miiis. cDinme toujours. A celte preuiière manie il en joint une seconile : le rnctint de la régie intAreadée,,exercée par la Compagnie des eaux, Société qui jouit, d'ailleurs, d'une excellente réputation.
Voila comtnent tons les services collectirs sont désorganisés & Paris OU incapables de se développer.
voloDlaire. La tyrannie du sollan est moins redontable qoe la Qmaiiie d'une paroisse.
Pour résumer ces obseirations, voici quelques formules dont l'exactitade ne parait guère pouvoir être contestée : le développement rapide et rexploïtation progresâve des grandes œarres d'utilité publique semblent dépendre Burtoal :
1* De la Torce de l'esprit d'initiative libre et des habitudes d'association volootaire ; ces conditions ont plus d'importance même que l'abondance des capitaux ; S* Du minimum des formalités administratives requises; 3* De la bienveillance, tout au moins de l'équité et de l'absence de jalousie des pouvoirs publics de tout ordre envers les sociétés privées et les capitalistes;
4* Là où l'initiative privée est somnolente et où l'intervention du gouvernement est active, du maximum d'esprit de saite et, par conséquent, de stabilité dans le gouvernement, soit général, soit local, et du minimum d'esprit de parti dans l'opposition.
Voilà pourquoi certaias États & organisme fortement biérarchisé et puissamment aatoritaire, comme l'État prussien, ont pu, avec un moindre dommage pour la communauté, jooer un rAle actif dans la constitution ou l'exploitation des travaux publics.
Hais nous, peuples occidentaux, à gouvernements précaires et changeants, nous ne pouvons prétendre aux avantages d'unité et de continuité d'action d'une monarcbie demi-despotique. Conservons au moins les mérites et les bienfaits d'une initiative privée, agile, souple, entreprenante ; sinon, nous perdrons notre bien, sans gagner, comme com- ^ pensation, celui d'autruî.