‹ L'État moderne et ses fonctions (volume 5)Chapitre 40 sur 89 · L'ÉTAT ET LES RELIGIONS · texte numérisé non relu

L'ÉTAT ET LES RELIGIONS

qu'elles donnent à l'enrant, par l'iofluence qu'elle conservent dans tous les actes du ménage, conlribuenl, pour une bonne part, à la direction réelle d'une sociéld.

On pourrait faire un parallèle, frappant par les con* trastes, entre le simple curé ou le pasteur de village et l'instituteur public tel qu'on chercbe à le former depuis dis ans : l'un devant sa culture d'esprit et de cœur aux deux grandes sources qui ont fécondé la civilisation occidentale, la source chrétienne et la source latine; l'autre, dont l'intelligence, h peine dégrossie par une instruction souvent interrompue, toujours incohérente, surchargée de détails sans lien, ne possède que des embryons confus et indistincts de sciences abstraites; l'un qui cherche à contenir les appétits désordonnés, qui enseigne la patience, l'amour du travail et la résignation ; l'autre qui répand dans toutes les couches du peuple la théorie nouvelle de la lutte pour l'existence, qui suscite les ambitions immodérées, la convoitiso des hauts emplois ou des professions réputées plus élevées, et qui, inconsciemment, par la direction que lui impriment ses chefs et qu'il suit avec empressement, travaille au déclassement et presque au mécontentement universels.

D'une part, le curé de village de Balzac, de l'autre, le Homais de Flaubert, représentent ces deux types d'agents auxquels les pouvoirs publics font un sort si inégal.

L'État devrait avoir un parti pris général de bienveillance pour tout ce qui est respectable. Il a tant de crimes ou de délits réels à chAtier ou à prévenir qu'il ne devrait jamais créer dos crimes ou des délits artificiels.

Comment les idées du peuple sur la justice, sur le bien et sur le mal ne seraient-elles pas troublées, quand, dans un paya qui se dit libre, ou voit plusieurs jeunes Dlles tuées par des gendarmes pour s'obstiner à prier dans une cha*

pelle vieille de vingt ans, mais non régulièrement autorisée, et que, d'aventure, à la même beure, le chef du gouvernement fait gr&ce de la vie à des misérables convaincus d'avoir tué leur père et mèro (1)?

L'État moderne n'a pas le droit d'apporter dans les problèmes religieux la frivolité dont firent preuve nos aocfitres inexpérimentés de la fin du siècle dernier.

Tous les esprits un peu impartiaux de ce temps, quelles que fussent leurs idées philosophiques, ont compris que, si l'État moderne ne doit pas être le serviteur de la religion, il ne saurait, sans pousser l'imprudence à son comble, en devenir l'ennemi. Un ministre des cultes ne doit pas se déclarer, comme on prétend que certain le fit naguère, te geAlier des cultes.

Littré, qui pressentait le discrédit où le gouvernement delà république allait se jeter, écrivit d'admirables pages, non pas de chrétien, mais d'honnête homme et de politique clairvoyant, sur « le catholicisme selon le suffrage universel ■■

Michel Chevalier, à peine échappé encore de la doctrine saint-siroonienne, dans ses Lettres sur C Amérique du Nord, en 1804, signalait à bien des reprises l'influence du sentiment chrétien et des pratiques chrétiennes aux États-Unis. Il notait les signes nombreux et éclatants de la puissance des habitudes religieuses dans cette démocratie. Il citait des faits de pression de l'opinion religieuses sur la liberté individuelle qui nous paraissent invraisemblables.

L'État et les religions sont séparés aux États-Unis ; mais cette séparation n'implique de la part du premier aucun

(1) On ae rappelle l'affaire de ChàteauTillain en 1887. Le goure rntment trançais a £té, de 1S7S A 1889, aux mains d'une sorts de confrérie de tBDatiques libres penseurs qui se sont appliqué à semer dans toute la France la haiue et la discorde. Jamais on n'a vu un plut étrange oubli de la mission essentiellement paciBcsirice qui s'impose à l'État.

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