‹ L'État moderne et ses fonctions (volume 5)Chapitre 8 sur 89 · NATURE DE L'ÉTAT MODERNE. — L'ÉTAT ÉLECTIF ET A PERSONNEL VARIABLE · texte numérisé non relu

NATURE DE L'ÉTAT MODERNE. — L'ÉTAT ÉLECTIF ET A PERSONNEL VARIABLE

L'Élat moderae et occidental offre des caractères particuliers qui le distinguent de beaucoup d'Étate ancleas ot de tous les États orientaux, page 56. — L'Étal moderne reposa sur la délËgation temporaire de l'autorité par ceui qui la doivent subir, page â7. — Idée que la volonté du grand nombre fait lu loi, que les forces gouvernementales doivent l'être employées daus l'intérêt des classer laborieuses; dédain de la tradition, confiance naive dans les changements législatifs, page SB. — Le préjugé général est contre les mœurs anciennes et les anciennes institutions, page SB. — Action décisive qu'ont sur la direction de l'Ëtal moderne tes génërations les plus jeunes, page 59. — Soumission des ptres aux enfants, page &9. — L'expérience historique est loin de a'étre prononcée en faveur de cette organisation, page 60.

Un appareil de coercition, soumettant tous les citoyens à la double contrainte de la loi qui règle certains actes de leur vie et del'impAt qui prélève une forte partie de leurs ressources; une machine, nécessairement compliquée en proportion de l'extension et de la variété des t&ches auxquelles on la destine, comprenantun nombre généralement croissant do rouages superposés on enchevêtrés, ne pou-

3; L'CTIT MùbEBSe ET SES FONCTION?.

Tant a^r, sods peine de se détraquer, qu'arec lenteur et onirormité, roill ce qu'est essentielleraeni l'État, dès que la société a franchi les premières étapes de la barbarie.

Nous arons recoono que, par sa nature, cet organisme manqae de l'on des plus beanz attributs qui soient échus à l'homme : l'esprit d'iovention.

Aussi l'État nous a-t-il apparu dans l'histoire comme ayant surtout poor objet la cooserration de la société ; plus tard lui est incombée la généralisation graduelle et prudente de quelques règles ou de quelques procédés que découvre riDÎtiatire des particuliers on des associations libres, et qui, pour que ta nation en retire tout le profit qu'elle en peut attendre, ont besoin du concours non seulement de la généralttédes habitants, mais de l'aniTersalité.

Cette seconde l&cbe comporte une réserve importante : comme la société humaine ne se développe et ne progresse que par l'esprit d'invention, et que ce don manque absolument à l'État, qu'il appartient en monopole à l'individu seul et aux groupements variés et infinis que forme librement l'individu, l'État doit veiller avec un souci attentif, ininterrompu, à circonscrire son action propre, de sorte que, sauf les cas d'évidente nécessité, il ne porte aucune atteinte à l'énergie individuelle et à la liberté des associations privées.

J'ai dit que dans ces études je ne me propose pas de parler de l'État en soi, abstraction difficilement saisissable, mais de l'État moderne. Je n'ai pas à rechercher ce qui convenait au temps de Lycui^ue ou de Constantin, non plus qu'à m'occuper de la mission qui acluellemenl peut échoir à l'état chinois ou thibétain.

Sans doute, le fond de l'homme étant toujours le mfime, et les règles qui déterminent son activité ayant, sauf des diO'érences d'intensité, partout la même nature, on peut

CARACTERES PARTICULIERS DE l/ETAT MODERNE. Vr,

dire que la gêoéralité des observations que suggère, quant à la spbëre de son action, l'État moderne et occidental, pourraient, quoique à des degrés divers, s'appliquer à l'Ëtat ancien et à l'élat asiatique. Il est bon de se circonscrire, toutefois, d&ns l'espace et dan^ le temps. L'Etat moderne et occidenlal offre des caractéristiques particulières qui le rendent tantbt plus qualifié et plus apte, tantôt moins aple et moins qualifié pour certaines taches.

Que doit-on entendre par l'État moderne et occidental ? C'est l'État reposant principalement sur la délégation temporaire de l'autorité par ceux qui la doivent subir. C'est l'État électif et h personnel variable.

Sans doute, dans tous les temps et à peu près dans tous les pays, l'élection a joué un certain rôle dans la conslilu* tion de l'État. Mais, pour l'Elut moderne et occidenlal, il ne s'agit plus d'un r6le accessoire, subordonné, d'un simple contr6le;le principe électify a tout envahi et tout absorbé.

Dans le vieux monde, la France et la Suisse, dans le nouveau-monde, tous les États, sauf le Brésil, sont ceux qui présentent, de la façon la plus accentuée, ces traits propres à l'État moderne et occidental. Les autres pays ap< partenant à notre groupe de civilisation, la Russie seule exceptée, se trouvent dans des conditions, sinon identiques, du moins assez analogues ; il existe chez certains d'entre eux quelque contrepoids au régime électif; ce sont, toutefois, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, dans les États Scandinaves, en Portugal, en Espagne, en Italie, au Brésil, en Autriche même, des contrepoids assez faibles et qui n'empêchent pas le principe électif d'avoir la direction générale de la politique dans ces États.

L'Allemagne, ou plutôt la Prusse, est placée aujourd'hui dans des conditions dilTérentes. Le principe électif y a été sérieusement contenu, plus encore par les événements et

par l'ascendant de certains hommes, exceptionneltemenl bien doués et exceptionnellement beureux, que par les constitutions. Celles-ci laissent la porte ouverte h des aspirations qui nécessairement se feront jour tdt ou tard et ne pourront manquer d'obtenir quelque satisfaction.

Quels que soient les rouages gouvernementaux, l'opinion publique, chez tous les peuples chrétiens, obéit aujourd'hui aux mêmes impulsions générales : l'idée que la volonté du grand nombre fait la loi, que les forces gouvernementales doivent être employées autant que possible à soulager les classes laborieuses, un certain dédain de la tradition, une conllance naïve dans les changements législatifs. Telle est l'atmosphère sociale oh se meuvent les peuples modernes occidentaux.

Le plus vieux poète latin dont des lambeaux d'ouvrages nous soient restés, Ennius, pouvait écrire :

Moribus aaliquis rci »ti\l Romana virisqu-'.

Aujourd'hui, bien peu de gens se soucient des mœurs antiques; le préjugé général est contre elles. Un réformateur ""'■'"' " *»■ ^'ay, pouvait prêcher aux peuples conlempojer à la vieillesse l'influence prédominante ique. Je ne sais si cela serait désirable, mais l'apparence que cette doctrine convertisse

'e, sans doute, dans la politique, quelques tiennent une place éminente, naguère en B présente en Allemagne, en Angleterre et en sont, d'ordinaire, des hommes au tempéet audacieux, qui, par une de ces fantaisies parfois le grand Age, se font les serviteurs génération la plus récente et sont souvent, lus amoureux des nouveautés qu'ils ne Tc-

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