CARACTÈRES PARTICULIERS DE L'ÉTAT HODËHNE
laienl dans leur jeunesse ou leur maturité. M. Gladstone en fournit la preuve, peut-être aussi M. Thiers.
Les générations récentes ont, sur la direction générale de l'État moderne, une action décisive ; elles pèsent d'abord du poids de leurs suffrages : de vingt et un an à vingl-cînq ans, il y a en France 1,400,000 électeurs, et, en défalquant ceux qui sont retenus dans les rangs de l'armée, il reslc encore 1 million déjeunes hommes, presque des adolescents, citoyens tous actifs, dont bien peu s'abstiennent, qui forment le dixième du corps électoral inscrit, et le huitième environ du corps électoral pratiquant.
Ces générations nouvelles pèsent encore plus par leur influence : on sait que dans la famille moderne, ce n'est pas en général le père qui dirige l'enfant adulte, mais ce dernier qui dirige le père (1) ; si l'on tient compte, en outre, de ce que, dans tous les pays, les partis politiques en lutte ne sont séparés que par un nombre assez restreint de suffrages, on en peut conclure que la partie la plus Jeune et la moins expérimentée de ta nation se trouve, chez les peuples modernes, en possession réelle de la conduite des affaires.
Je n'examine pas ici si cet état de choses doit être considéré comme définitif. Il ofire quelques avantages et beaucoup d'inconvénients.
Il est difficile de penser que cette organisation sera le régime où l'humanité fera son lit pour ne le plus changer. Uutre que les peuples orientaux, dont certains, notamment les Chinois, semblent appelés ;\ faire prochainement leur
(1) Celle tendance n'est pas propre uniquement à la France et aux ËÙts-UnU d'Amérique : on la retrouve même eu Russie ; ou peut s'en convaincre par le roman de Tourguéaer, Pèi-eset £n/ant.!; l'auteur russe vu Jusqu'à reprâseotar comme des vieillards, en admiration béate devant leurs enfants, des hommes de quarante i'i quarmitr-cinq ans appartenant  la classe «levée ou moyenne.
«0 L'ËTAT MODERNt: ET SES FONCTIONS.
entrée sur la scène de la politique universelle, obëiRsent à une conceplion toute difTérenle de la vie sociale, l'étude de l'histoire ne fait pas augurer très ravorabloment de l'organisation que nos pèresounos grands-pères ont accueillie avec tant d'entbousiasine.
Le passé parait démontrer que les rois ou les aristocraties font les États et que, abandonnés à eux-mêmes, les peuples les défoni.
Je me garderai bien de faire des prévisions précises sur l'avenir. Mais il ne me semble pas invraisemblable que, après un temps fort long peut-être, des tâtonnements pénibles et des secousses diverses, les nations aux territoires très peuplés, entourées de voisins dangereux, reviennent aux grandes monarchies administratives, comme celle de l'ancienne France, avec plus de centrale et de contrepoids, ou plutùt comme la monarchie prussienne actuelle, ou encore comme l'empire romain dans ses beaux jours, qui durèrent bien deux siècles.
Mais ce sont là des conjectures : voyons ce que l'Ëtat moderne, l'État, plus ou moins électif et à personnel instable, peut et doit faire pour la conservation des sociétés et pour la civilisation.
Comparons les vastes ambitions qu'on lui soufDe aux moyens dont il dispose et aux résultats qu'il peut atteindre.